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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Alimentation : les mirages du localisme et de « l'indépendance agricole »

26 Avril 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Alimentation

Alimentation : les mirages du localisme et de « l'indépendance agricole »

 

 

« Ensemble nous allons rebâtir notre indépendance agricole » a récemment gazouillé le Président Emmanuel Macron. Sait-il ce qu'il a écrit et, surtout, sait-il les espoirs – les illusions – que cette forme de communication, largement prégnante, suscite ?

 

La revue Nature Food a publié le 17 avril 2020 « Local food crop production can fulfil demand for less than one-third of the population » (la production vivrière locale peut répondre à la demande de moins d'un tiers de la population) de Pekka Kinnunen, Joseph H. A. Guillaume, Maija Taka, Paolo D'Odorico, Stefan Siebert, Michael J. Puma, Mika Jalava & Matti Kummu, essentiellement de l'Aalto University, Espoo, Finlande.

 

En voici le résumé :

 

« La distance entre l'origine et le point final des chaînes d'approvisionnement alimentaire, et la "proximité" des systèmes alimentaires, sont des considérations clés de nombreux récits associés à la durabilité. Pourtant, les informations sur la distance minimale aux cultures vivrières sont encore rares au niveau mondial. En utilisant un modèle d'optimisation basé sur des "bassins alimentaires" [foodsheds] (c'est-à-dire des zones autosuffisantes avec des dépendances internes), nous calculons la distance minimale potentielle entre la production et la consommation alimentaires pour six types de cultures à travers le monde. Nous montrons que seulement 11 à 28 % de la population mondiale peut satisfaire sa demande de cultures spécifiques dans un rayon de 100 km, avec des variations substantielles entre les différentes régions et cultures. Pour 26 à 64 % de la population, cette distance est supérieure à 1 000 km. Même si des bassins alimentaires transnationaux étaient en place, de grandes parties du globe dépendraient toujours du commerce pour se nourrir. Bien que la réduction de l'écart de rendement et la réduction des pertes alimentaires pourraient favoriser davantage les systèmes alimentaires locaux, en particulier en Afrique et en Asie, des chaînes d'approvisionnement mondiales seraient encore nécessaires pour garantir un approvisionnement alimentaire adéquat et stable. »

 

C'est très vague – ce qui n'est pas étonnant vu qu'il s'agit d'une simulation à l'échelle mondiale. Mais cela a le mérite d'apporter des points de référence pour préciser (avec une énorme imprécision...) nos connaissances intuitives.

 

Les auteurs écrivent par exemple :

 

« Distance minimale à la consommation. Dans plusieurs régions, les cultures produites localement sont insuffisantes pour satisfaire la demande locale, rendant les flux alimentaires nécessaires pour équilibrer les zones d'excédent et de déficit (Fig. 1). À l'échelle mondiale, 22 à 28 % de la population pourrait satisfaire sa demande de céréales des climats tempérés, de riz, de céréales tropicales et de légumineuses à moins de 100 km de son emplacement. Cependant, en ce qui concerne les racines de climats tropicaux et le maïs, seulement 11 à 16 % environ de la population pourrait satisfaire sa demande dans un rayon de 100 km. La répartition géographique de l'autosuffisance alimentaire est similaire pour la plupart des cultures analysées, les distances de transport nécessaires pour satisfaire le reste de la demande sont spécifiques à la culture et à la région (Fig. 2 et 3).

 

Pour les céréales de climats tempérés (Fig. 2a), les distances sont fortement contrôlées par les conditions climatiques propices à la culture ; sur la base de nos simulations, la distance minimale moyenne pondérée en fonction de la population est d'environ 3.800 km. La moitié de la population mondiale pourrait satisfaire sa demande dans un rayon de 900 km, tandis que les 25 % supérieurs de la population mondiale auraient besoin d'une distance supérieure à 5.200 km (Fig. 3a). La plupart des régions d'Amérique du Nord et d'Europe pourraient satisfaire leur demande à moins de 500 km de la région de production, mais cette distance pourrait atteindre 5.000 km presque partout en Afrique subsaharienne (Fig. 2).

 

 

Colonne de gauche : distance simulée optimisée entre production et consommation pour (de haut en bas) les céréales des climats tempérés, le riz, le maïs et une combinaison de six cultures pondérées par leur utilisation totale dans chaque cellule (tenant donc compte des habitudes alimentaires.

Colonne de droite : la même chose mais dans un scénario de réduction de l'écart de rendement et de réduction des pertes alimentaires.

 

 

L'étude a porté sur ce qui remplit nos estomacs et nous donne du tonus : les céréales des climats tempérés, le riz, le maïs, les racines et tubercules, les céréales des climats tropicaux, les racines et tubercules des climats tropicaux.

 

 

(Source)

 

 

Il n'y est pas question des dadas des doux rêveurs, notamment des idéologues du bio : les – forcément sains, bons, délicieux et climato-favorables et de saison – fruits et légumes.

 

Rappelons que, tant sur le plan de l'économie que de l'écologie, les équations ne sont pas simples et les analyses peuvent produire des résultats qui heurtent les opinions des gens non informés. Les circuits courts peuvent avoir une empreinte carbone plus grande que les longs avec des marchandises transportées en grosses quantités sur de grandes distances. Les productions bio peuvent paraître vertueuses à l'hectare, mais dispendieuses à la quantité produite (voir pas exemple ici).

 

« Rebâtir » – ce qui implique que nous avons préalablement détruit... et c'est le cas – « l'indépendance agricole » et notre souveraineté alimentaire est un objectif indiscutablement à poursuivre. Mais cela doit être fait de manière raisonnable, intelligente, sans compromettre notre participation – stratégique à plusieurs points de vue – à l'alimentation de nos voisins plus ou moins proches.

 

Et cela demandera des choix politiques qui, pour l'heure, s'avèrent déchirants.

 

On peut utilement s'instruire à la lecture de ce fil Twitter.

 

 

(Source)

 

 

 

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Commenter cet article

Marc 26/04/2020 17:27

Bonjour, il y a un moment que Mr Macron et les gouvernents et les Encartes ne connaissent rien du bas peuple et surtout du monde paysan, si ce n'est des clichets des bobos parisiens; dehors tous ces profiteurs ! dans 10jours, ils se rueront dans les mac-dos, kebabs, pizzérias et livreurs à domicile. Ce ne sont que des bou-fouffons !

un physicien 26/04/2020 11:20

Curieusement, ce sont les mêmes qui clament que l'Amazonie doive servir au bien mondial plus qu'à celui du Brésil et qui demandent que les plaines françaises serve l'intérêt des français au mépris des autres nations.

Fm06 26/04/2020 11:42

En effet. Et ce sont encore les mêmes qui voudraient interdire aux Indonésiens de défricher la forêt pour y faire pousser des palmiers à huile ou autres cultures. Leurs préconisations sont non seulement néocolonialistes (ils veulent dicter sa politique à l’Indonésie) mais encore criminelles (ils veulent leur interdire de développer leur agriculture).