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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les agriculteurs se racontent pour réduire les dommages causés par « l'allergie aux faits »

1 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

Les agriculteurs se racontent pour réduire les dommages causés par « l'allergie aux faits »

 

Jane Smith*

 

 

 

 

Seuls les agriculteurs peuvent mettre fin à « l'allergie aux faits ».

 

C’est le terme que j’utilise pour décrire « l’ignorance commode » des gens qui critiquent injustement l’agriculture moderne, ne voyant pas les bonnes choses qui se produisent dans l’agriculture durable.

 

Ici en Nouvelle-Zélande, nous voyons beaucoup d'expressions d'« allergie aux faits », en particulier de la part des citadins qui ne savent pas ce que font les agriculteurs. Pourtant, c'est un phénomène mondial. Tout le monde a une opinion sur l'alimentation – et il semble donc que beaucoup aient également une opinion sur la production alimentaire.

 

Les gens ont droit à leurs propres opinions, mais pas à leurs propres faits.

 

Il n’y a qu’une seule solution au fléau de « l’allergie aux faits » : les agriculteurs doivent s’exprimer. Nous avons de belles histoires intergénérationnelles à raconter. Nous devons partager les faits de l’agriculture « du fond du cœur ».

 

J'essaie de faire cela autant que possible. J'ai voyagé à travers la Nouvelle-Zélande, en parlant à tous ceux qui veulent bien écouter. J'ai participé à des émissions de radio. Je me suis rendue disponible pour des entretiens. J'ai écrit des tribunes.

 

Les réseaux sociaux sont un outil essentiel. Bien qu'ils soient utilisés pour animer de nombreux débats dans lesquels les émotions menacent de l'emporter sur la science, nous pouvons les utiliser pour révéler la vérité sur l'agriculture. C'est pourquoi j'ai rejoint le Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network). J'ai contribué à Ag Proud NZ [fier d'être agriculteur NZ]. J'ai également fait la promotion du bon travail d'autres agriculteurs comme les vidéos de Tangaroa Walker.

 

Nous ne pouvons pas sous-traiter nos histoires à d'autres, pas même les groupes qui nous représentent. Nous devons les raconter nous-mêmes. Personne n'a plus de crédibilité en matière de production alimentaire que les agriculteurs.

 

Ma propre histoire est assez simple. Je produis avec mon mari et nos trois petits enfants sur l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande. Nous élevons des moutons et des bovins sur environ 1.400 hectares. J'ai également travaillé dans l'industrie des engrais et dans les banques rurales. Nous travaillons dur pour gérer une exploitation durable qui répond aux exigences des consommateurs et de nos concitoyens, et même les dépasse.

 

J'ai découvert que la plupart des non-agriculteurs sont curieux de l'agriculture. Ils ne savent peut-être pas grand-chose à ce sujet, mais ils ont faim de faits sur ce que nous faisons dans nos fermes.

 

L'une des questions les plus intéressantes que j'ai reçues concerne nos moutons : pourquoi les tondons-nous en hiver ? N'ont-ils pas froid ? Cela ne viole-t-il pas les principes du bien-être animal ?

 

C’est une excellente question – et beaucoup d’entre nous qui élevons des moutons ont probablement cessé de réfléchir aux raisons pour lesquelles cette pratique conventionnelle intrigue les personnes étrangères à l'élevage.

 

La première chose que j'aime à dire à propos de la tonte des moutons, c'est que les moutons l'adorent. Ils veulent être tondus. Si vous avez déjà apprécié une bonne coupe de cheveux, vous pouvez avoir une idée de ce que les moutons ressentent après avoir été tondus.

 

La deuxième chose que je dis est contre-intuitive : nous les tondons en hiver pour les aider à se réchauffer !

 

La tonte ne les laisse pas nus. Ils gardent quelques millimètres de laine, qui sert plus ou moins de maillot protégeant du froid. Ensuite, nous leur offrons les meilleurs abris possibles, comme des bosquets quand ils prennent du poids et commencent à produire leur laine. Pendant cette période, libérés des grosses toisons, ils ont beaucoup plus de liberté pour se déplacer. De plus, nos hivers sont tempérés, ce qui signifie que nos moutons ne sont pas confrontés aux mêmes périodes de gel intense que tant d'Américains et d'Européens associent à l'hiver.

 

La troisième chose que je dis est cependant la plus importante : il s'agit des petits agneaux. Lorsque les mères mettent bas, elles ont des toisons plus courtes après la tonte qui les gardent au chaud mais les alertent également du froid – et elles savent donc quand leur progéniture a besoin d'un abri approprié. Sans leur coupe de cheveux hivernale, les brebis porteraient l'équivalent de grosses vestes matelassées à un moment où leurs agneaux n'ont presque pas de vêtements. Par conséquent, elles cherchent un abri.

 

La tonte hivernale a donc de nombreuses raisons – et l'une d'elles est la survie.

 

Ce n'est qu'un exemple de la façon dont une narration factuelle peut transformer le scepticisme en soutien. Il y en a d'autres, bien-sûr. Les gens demandent parfois pourquoi nous coupons la queue. La réponse rapide est que cela aide à prévenir les maladies. Ils se demandent également ce que nous faisons pour protéger l'environnement. Une réponse complète pourrait remplir un livre, mais en bref, nous mettons des clôtures près des cours d'eau pour empêcher le bétail de brouter près des rives, nous plantons des milliards d'arbres et contribuons à la santé économique des communautés rurales.

 

Nous n'éliminerons jamais « l'allergie aux faits », mais nous pouvons réduire ses dommages. Ce qu’il faut, c’est un engagement à fournir des faits et à raconter des histoires – et à reconnaître qu’aujourd’hui, partager nos véritables « histoires d'agriculteurs et d'éleveurs » est un élément essentiel des bonnes pratiques agricoles.

 

_____________

 

Jane Smith

 

Agricultrice, Nouvelle-Zélande

 

Exploitation ovine et bovine – export de génétique vers l'Australie et le Bangladesh. Cultures fourragères. Membre du conseil d'administration du Conseil Vétérinaire de Nouvelle-Zélande et de The Red Meat Partnership.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2020/01/farmers-tell-their-stories-to-reduce-the-damage-of-factose-intolerance/

 

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Il est là 01/03/2020 14:12

Ce réseau est une bénédiction pour le monde agricole. Est-ce qu'il en existe une branche en France ?

Dites @Seppi je voulais vous demander, selon vous que puis-je faire moi citadin dépourvu de toutes expériences en agronomie et en agriculture pour aider à valoriser l'image des agriculteurs ?