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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'INRAE, le syndicat SUD-Recherche et le Monde de M. Stéphane Foucart...

9 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #élevage

L'INRAE, le syndicat SUD-Recherche et le Monde de M. Stéphane Foucart...

 

 

(Source)

 

 

Ce titre vous inspire-t-il des pensées vagabondes ? Un autre titre... de film par exemple ? En tout cas, voici le décryptage d'une belle ouvrage de journalisme d'insinuation.

 

Outre le titre, « Le nouvel Inrae attaqué pour sa communication sur la viande » dans l'édition papier (6 mars 2020), il y a deux pavés pour formater l'opinion du lecteur :

 

« "Ce texte [sème] le doute dans un consensus scientifique pourtant bien établi", estiment les chercheurs de SUD-Recherche »

 

et :

 

« L'article de l'inrae conteste – ce qui est manifestement faux : l'article met le chiffre en perspective – le chiffre de 15 000 litres d'eau nécessaires à la production d'un kilo de viande de bœuf »

 

 

(Source)

 

 

L'INRAE produit une resucée d'un article de février 2017 sur l'élevage

 

Quelle mouche a donc piqué en décembre 2019 l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), devenu entre-temps Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAE) ? Le 19 décembre, donc, il publie « Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage » dans sa rubrique « Actualités », a priori sans lien avec un événement particulier.

 

C'est une resucée, au moins partielle, d'un article publié en février 2017. On le trouve encore dans les archives du Net, avec ses compagnons puisqu'il faisait partie d'un dossier.

 

Pour autant que nous sachions, ce dossier n'a soulevé aucune critique en l'espace de maintenant trois ans.

 

 

(Source)

 

 

SUD-Recherche exige le retrait immédiat !

 

Ce logo d'un « syndicat » qui fait dans l'opposition entre science capitaliste et science altermondialiste est une insulte faite à Albert Einstein.

 

Quelle mouche a donc piqué SUD-Recherche, section INRAE, qui publie le 25 février 2020 « Quand ajouter un "e" à INRA ne suffit pas », une page au titre anodin, mais tonitruante par son contenu. En résumé d'un texte publié dans un encart :

 

« Dans cette nouvelle tribune, nous dénonçons la communication de l’INRAE visant à détromper (sic) "Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage" mais qui cède à son tour, avec toute la caution de notre établissement, à des simplifications, raccourcis et omissions abusives au regard des conséquences reconnues de l’élevage intensif sur l’environnement, la santé humaine et animale et les conditions de travail dans les filières.

 

Face à l’urgence de la situation, de nombreux appels de scientifiques, citoyens et politiques demandent une diminution drastique de la consommation de produits animaux pour réduire l’empreinte de cette filière. La communication de l’INRAE s’apparente davantage à une tentative de sauvetage de gros opérateurs menacés dans leurs intérêts économiques qu’à une réelle information, et nous en demandons le retrait immédiat ! »

 

Voilà deux paragraphes qui résument bien un mille-feuille argumentatif. Démonter celui-ci nous exposerait aux affres de la loi de Brandolini : la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer.

 

Prenons tout de même un exemple simple :

 

« Le virage agroécologique annoncé par la direction générale de l’institut semble encore bien loin … L’article source a été publié en 2016 dans la revue de l’Académie d’Agriculture, qui a déjà été mise en cause pour ses liens avec le lobby agroalimentaire, puis dans V&PC "Viandes et Produits Carnés" qui est la revue des instituts techniques et centres des filières animales et de l’industrie de la viande. »

 

Difficile de faire mieux dans le sophisme du déshonneur par association et dans l'étalage du mépris porté à l'activité économique que les agents de l'INRAE sont censés servir, au moins en partie...

 

Notons encore que ce n'est pas la première fois que des personnels de l'INRA exigent le retrait d'un texte qui a l'heur de leur déplaire.

 

Ainsi, en décembre 2013, une bonne centaine de chercheurs ont exigé le retrait d'une partie d'une vaste étude, « Vers des agricultures à hautes performances », qu'ils jugeaient insuffisammen dithyrambique pour l'agriculture biologique. C'était Reporterre qui s'était chargé de faire l'article. Quant à l'opinion de SUD-Recherche, c'est ici.

 

En mai 2018, l'INRA avait publié un dossier sur le glyphosate. SUD-Recherche avait trouvé matière à récrimination. Cela donna « L’INRA endosse les propos d’un proche de l’industrie agrochimique et agroalimentaire sur la question du glyphosate, de la santé et des conflits d’intérêt ! ». Avec à la clé une demande de « révision immédiate de son dossier en ligne "le glyphosate, un pesticide parmi d’autres ?" et d'« annonce conjointe de nouvelles procédures pour la prévention des conflits d’intérêt dans la communication de l’institut » (voir aussi, sur ce site, « Au secours ! Lyssenko revient à l'INRA »).

 

 

 

M. Stéphane Foucart se fait le porte-voix

 

Une guerre picrocholine montée en bataille rangée

 

Nous avons donc, d'un côté, un institut de recherche qui produit un petit article, sourcé et référencé en tant que de besoin, pour – reprenons le barbarisme de SUD-Recherche – « détromper "Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage» ; de l'autre, un syndicat qui en l'occurrence ne fait pas de syndicalisme mais de l'activisme politique en reprochant au premier, avec des arguments capillotractés voire fallacieux, ni sourcés ni référencés, de ne pas abonder dans le sens de son projet politique favori et de la bien-pensance.

 

Cela suffit au Monde Planète de M. Stéphane Foucart pour produire un titre – sur six colonnes dans l'édition papier – qui claque : « L’organisme public de recherche en agriculture et alimentation attaqué pour sa communication sur la viande ».

 

Le lecteur est ainsi incité à croire que cette communication fait l'objet d'une véritable bronca... Non, c'est une simple escarmouche de la part de membres d'un « syndicat » congénitalement en désaccord avec la mission et les activités principales de leur employeur.

 

 

L'INRAE coupable de relations coupables avec les milieux économiques !

 

Mais le chapô se fait tout de suite prudent avec un conditionnel :

 

« Des informations publiées sur le site de l’Inrae, visant à dénoncer des "idées fausses" sur l’élevage, reprendraient des éléments de langage de la filière. »

 

Avez-vous bien lu ? Il est reproché à l'INRAE de reprendre des « éléments de langage » sans préciser s'ils sont vrais ou faux. C'est un procès d'intention, une chasse aux sorcières !

 

C'est là une technique éprouvée, largement mise en œuvre dans le cas du glyphosate de l'activisme : l'argument et son auteur sont décédibilisés du simple fait que la méchante industrie – ici « la filière » a employé le même argument.

 

 

La fabrication de la médisance

 

Vrais ou faux ? La technique dans le Monde a consisté à aligner des affirmations, sans chercher plus loin, en les plaçant dans une perspective qui sert, non pas l'information, mais le militantisme. Ainsi :

 

« L’article en question [de l'INRAE] conteste le chiffre souvent avancé de 15 000 litres d’eau nécessaires à la production d’un kilo de viande de bœuf et estime la quantité réellement nécessaire à 50 litres d’"eau utile". Il récuse la comparaison des contributions au réchauffement de l’élevage et des transports (chacun crédité d’environ 14 % des émissions), au motif que tout le cycle de vie des véhicules ne serait pas intégré dans ce calcul. » (C'est nous qui graissons.)

 

En réalité, l'INRAE explique dans le premier cas :

 

« On trouve très fréquemment le chiffre de 15 000 litres d’eau consommée pour produire un kg de viande. Mais ce chiffre, obtenu par la méthode de "water footprint" (empreinte eau) englobe l’eau bleue (eau réellement consommée par les animaux et l’irrigation des cultures), l’eau grise (eau utilisée pour dépolluer les effluents et les recycler) et l’eau verte (eau de pluie). Or cette méthode a été conçue pour des sites industriels et ne tient pas compte des cycles biologiques. En réalité 95% de cette empreinte eau correspond à l’eau de pluie, captée dans les sols et évapotranspirée par les plantes, et qui retourne de fait dans le cycle de l’eau. Ce cycle continuera même s’il n’y a plus d’animaux. La communauté scientifique considère qu’il faut entre 550 à 700 litres d’eau pour produire 1kg de viande de bœuf (1). En eau utile, il faut 50 litres (2).

 

_____________

 

(1) Référence pour ce calcul : voir le rapport complet de l'Expertise scientifique collective INRAE 2016. "Rôles, impacts et services issus des élevages européens". Lire l’article.

 

(2) Eau utile : quantité d’eau dont est privée la ressource (eau consommée), pondérée par un facteur de stress hydrique régionalisé : par exemple, la perte d’un litre d’eau n’a pas le même impact dans le désert qu’en montagne. La valeur de 50 litres d’eau par kg de viande de bœuf correspond au contexte français (A Gac., T Béchu. 2014. Rencontres Recherches Ruminants, 21, 39-42). Pour d’autres pays, les valeurs s’échelonnent entre 0,10 et 133 selon le statut hydrique des pays considérés (B.G. Ridoutt et al. 2012. International Journal of Life Cycle Assessment, 17, 165-175; MA Zonderland-Thomassen et al. 2014. Journal of Cleaner Production, 73, 253-262). »

 

Dans le second, l'INRAE énonce un fait établi, qui fait consensus :

 

« On compare parfois des chiffres non comparables ! C’est le cas quand on affirme que l’élevage rejette plus de GES (14,5%) que le secteur des transports (14%) alors que ces deux chiffres sont obtenus par des méthodes différentes. Le calcul pour l’élevage émane de la FAO, sur le modèle des analyses de cycle de vie, qui inclut diverses dimensions de l’élevage (3). Alors que le calcul pour les transports, qui émane du GIEC (Climate Change 2014 Synthesis Report - IPCC), ne prend en compte que les émissions de GES des véhicules en circulation (4). Par la méthode d’analyse de cycle de vie, cette valeur serait beaucoup plus élevée (5).

 

_____________

 

(3) Dont la production des aliments et intrants, transformation des aliments, transports, consommation d’énergie etc.

 

(4) Les émissions liées à la fabrication des véhicules et à l’extraction, raffinage et transport du pétrole, notamment, ne sont pas prises en compte, alors qu’elles le seraient dans une démarche de cycle de vie.

 

(5) D’après P-M Rosner, J-F Hocquette, J-L Peyraud. 2016. Peut-on encore légitimement manger de la viande aujourd’hui ? Viandes & Produits Carnés 32, 2-5

 

Comme la mise en cause de l'INRAE sur les émissions de GES est indéfendable, l'article fait l'impasse sur les explications qui seraient dues aux lecteurs dans un journalisme de bon aloi...

 

Et voici pour l'eau :

 

« Cependant, l'un des chiffres-clés du fact-checking proposé par l'organisme est lui-même sujet à caution, celui des 50 litres d'"eau utile" nécessaires à la production d'un kilo de viande de bœuf. A l'appui de ce chiffre, l'Inrae se référait à une expertise collective sur l'élevage rendue par l'organisme en 2016. Or ce chiffre ne s'y trouve pas. "J'ai regardé le chapitre sur l'eau dans l'expertise collective et je n'y ai pas vu de référence explicite aux 50 litres d'eau utile par kilo de bœuf", dit Jean-François Humbert, chercheur à l'Inrae et spécialiste de ces problématiques. »

 

Le texte nuancé de l'INRAE est escamoté, et les 50 litres d'eau utile sont évacués par un sophisme : l'interlocuteur n'a pas trouvé ce chiffre dans une référence... une référence « explicite ».

 

Pour juger de la pertinence de la critique, voici encore un extrait du résumé en quatre pages de l'expertise collective :

 

« [...] De ce fait, les résultats présentent des variations telles qu’ils sont difficilement comparables : selon les sources, la production d’un kilo de viande de bœuf peut mobiliser de 27 litres à 53 200 litres d’un agrégat d’eaux bleue et verte, un kilo de viande de porc de 4 800 à 6 000 litres, etc. »

 

Une (possible,voir ci-dessous) erreur ou maladresse de référencement – apparemment admise par l'INRAE et corrigée – suffit aussi pour invalider le tout.

 

Que retenir de cette manœuvre peu glorieuse du « spécialiste » et du journaliste ? Qu'implictement ce chiffre est fondé, puisqu'il n'est pas contesté en tant que tel. Du reste, ce chiffre ne sort pas de nulle part et il suffit d'une petite recherche pour trouver des références... sans doute connues du « spécialiste »...

 

 

Un renvoi à une note à un endroit contesté ?

 

En fait, le mystère s'épaissit ! Une version archivée du texte de l'INRAE du 11 janvier 2020 comportait une note de bas de page laconique :

 

« (1) Eau utile : quantité d’eau dont est privée la ressource (eau consommée), pondérée par un facteur de stress hydrique régionalisé : la perte d’un litre d’eau n’a pas le même impact dans le désert qu’en montagne par exemple. »

 

Aujourd'hui, l'expertise collective censée ne pas étayer les 50 litres est citée à l'appui d'une autre affirmation : « La communauté scientifique considère qu’il faut entre 550 à 700 litres d’eau pour produire 1kg de viande de bœuf ». Du coup, la pertinence de la critique et la pertinence de l'article en prennent un sacré coup !

 

On peut imaginer un scénario : l'INRA publie un texte ; sous la pression de la contestation ; il le complète avec une référence annoncée par un « (1) » qui ne satisfait toujours pas la contestation ; puis, sous la pression, il déplace son « (1) » et ajoute une note « (2) ».

 

Et dans le Monde Planète on continue à reprocher à l'INRAE une broutille comme si l'INRAE n'avait pas cédé au harcèlement. Tout cela indûment puisque le reproche est, en plus, infondé.

 

 

Et toujours l'anticapitalisme et l'ostracisme

 

Nouveau paragraphe :

 

« Le chiffre apparaît en revanche dans la communication de l'Interprofession bétail et viandes (Interbev) qui cite comme source l'Institut de l'élevage. »

 

La technique du déshonneur par association, certes tempérée par une référence à l'Institut de l'Élevage.

 

 

(Source)

 

Les sources non liées aux agents économiques abondent pourtant. Ainsi, ce graphique de la CELAGRI belge :

 

 

(Source)

 

 

Ils disent la même chose, mais l'un a tort... par principe

 

Et voici la suite du paragraphe :

 

« "On voit surtout à la lecture [de l'expertise collective] qu'il est bien difficile de déterminer quelle quantité d'eau est nécessaire par kilo de viande, poursuit M. Humbert, que les fourchettes sont très larges suivant les méthodes de calcul et qu'il est très malhonnête de n'en choisir qu'une pour appuyer son propos..." »

 

S'agissant de la première partie du propos, c'est précisément ce qu'a fait l'INRAE.

 

Quant à la seconde, c'est pour MM. Jean-François Humbert et Stéphane Foucart, sans nul doute, un plaidoyer pro domo... C'était la séquence : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je viens de faire »...

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M
Un consensus qui nous demande de manger moins de viande ?<br /> Un consensus entre bobos et alter mondialistes qui pratiquent l'entre-soi , plutôt;<br /> <br /> Je reprend de la daube avec un bon verre de Côtes du Rhône.<br /> Et rien n'est bio ni équitable.<br /> A bon entendeur
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I
Ah le syndicat Sud-Recherche, un véritable Criigen dans l'INRAE.<br /> <br /> Bon après, je ne leur donne pas complétement tort : il y a bien un consensus qui nous demande de manger moins de viande, mais la quantité totale de viande que l'on peut manger fait débat. Cependant, si l'article de l'INRAE est parfois exagéré, la réponse de Sud-Recherche ne manque pas de travers, j'ai vu leur communication sur le site de leur syndicat, il n'y a aucune source ni aucune référence et leur argumenattion repose en partie, comme le dit Seppi, sur une diabolisation des auteurs de l'article, accusés d'être corrompus par lé lobbys. D'ailleurs sur les commentaires de ce tweet du Monde ça ne manque pasd : plusieurs personnes ont publié un tweet pour accuser l'INRAE d'être corrompus par les lobbys de l'élevage (bien entendu). <br /> <br /> Cela dit je remarque une chose. Dans sa doléance, Sud-Recherchen 'appelle pas à la suppression de l'élevage et de la consommation de viande, au contraire, il plaide pour des techniques d'élevage plus respectueuse de l'environnement et rappelle à la fin que des éleveurs cherchent à améliorer leur technique. A aucun moment ce pladoyer ne prône l'agriculture vegan. Une chose : cela montre que chez les agronomes il semble y avoir un consensus en faveur du maintien de l'élevage. Que cela fasse réfléchir les veganimalistes de la communauté sceptique.
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