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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des scientifiques appellent à l'innovation dans la lutte contre les criquets ravageurs

12 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Des scientifiques appellent à l'innovation dans la lutte contre les criquets ravageurs

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

 

 

Mettant en garde contre la dépendance actuelle des pesticides chimiques qui porte atteinte à l'environnement, des scientifiques appellent à l'innovation, y compris l'utilisation du génie génétique, pour trouver une solution durable et à long terme aux ravages du criquet.

 

« Une chose à laquelle nous pouvons penser est de concevoir par génie génétique des agents de lutte biologique pour qu'ils soient plus efficaces contre les criquets pèlerins », a déclaré le Dr Michael Osae, président de la Société d'Entomologie du Ghana. Il a noté qu'il existe un champignon, Metarhizium anisopliae, qui est efficace contre les criquets pèlerins. Il a été développé en un produit biopesticide commercial appelé muscle vert.

 

Cependant, « l'efficacité du champignon sur le terrain n'est pas très bonne et il ne peut pas faire face aux situations d'invasion », a-t-il expliqué dans une interview à l'Alliance pour la Science. « Mais si nous pouvons le modifier génétiquement pour qu'il soit plus virulent, de sorte qu'il puisse tuer plus rapidement, on pourra empêcher les criquets de se reproduire. »

 

Bien qu'aucun travail ne soit actuellement en cours pour explorer la modification génétique dans la lutte contre ces ravageurs, l'entomologiste est convaincu qu'il s'agit d'une option durable qui mérite l'attention.

 

Les pays d'Afrique de l'Est luttent actuellement contre une invasion généralisée par des criquets qui détruisent les cultures, laissant de vastes populations en situation d'insécurité alimentaire. La Somalie et l'Éthiopie sont confrontées à la pire invasion de criquets pèlerins en 25 ans, et pour le Kenya, c'est la pire en 70 ans. Certaines communautés ont subi une perte de récolte de 100 %, la Somalie déclarant que l'invasion des ravageurs était une urgence nationale. L'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) indique qu'elle aura besoin d'environ 70 millions de dollars pour soutenir d'urgence les opérations de lutte antiparasitaire et de protection des moyens de subsistance dans ces trois pays les plus touchés.

 

« Les autorités de la région ont déjà lancé des activités de contrôle mais, étant donné l'ampleur et l'urgence de la menace, elles ont besoin d'un soutien financier supplémentaire de la part de la communauté internationale des donateurs afin d'accéder aux outils et aux ressources nécessaires à la mise en œuvre effective des interventions », a déclaré le Directeur général de la FAO, Qu Dongyu, dans un communiqué.

 

 

https://youtu.be/DsW3TJw0oGU

 

 

Les ravageurs s'attaquent à toutes les cultures, y compris les légumes, les céréales et les feuilles, mais préfèrent les jeunes pousses tendres. La FAO, les gouvernements régionaux et les experts qui surveillent la situation ont averti que les ravageurs pourraient se diriger vers l'Afrique de l'Ouest.

 

« Les populations croissent en Afrique de l'Est », a déclaré Osae. « Très bientôt, en Afrique de l'Est, les pluies vont tomber. Notre saison des pluies (en Afrique de l'Ouest) va commencer. Donc, le vent les soufflera vers le sud ; ils viendront ici et nos pluies commenceront ; et ils auront des terrains fertiles pour la reproduction… Compte tenu des conditions dans lesquelles ce fléau se développe, la probabilité qu'il arrive au Ghana est très élevée, beaucoup plus élevée. »

 

Au Ghana, la Dre Felicia Ansah Amprofi, directrice de la Direction de la Protection des Végétaux et des Services de Réglementation du Ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture, a envoyé une lettre à ses subordonnés leur demandant de renforcer leur surveillance. Elle a averti que les ravageurs peuvent « constituer une menace sérieuse pour les zones de production agricole de la sous-région. Cela pourrait entraîner des impacts négatifs potentiels sur les rendements agricoles et les économies locales, affectant la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des populations », a ajouté la responsable agricole.

 

Le continent africain est toujours en train de se remettre des ravages causés par la légionnaire d'automne, une infestation qui a culminé en 2017 après s'être propagée dans une trentaine de pays. Pour éviter d'être la proie des fléaux une deuxième fois, les gouvernements africains ont stocké des pesticides chimiques pour lutter contre les criquets pèlerins par pulvérisation aérienne.

 

La FAO n'est pas satisfaite du recours aux pesticides chimiques. « L'application de pesticides chimiques reste la principale approche utilisée dans la lutte contre le criquet pèlerin. Cependant, les pesticides chimiques peuvent avoir des effets néfastes sur la santé humaine et l'environnement. Les risques de fléau acridien doivent donc être continuellement mis en balance avec les risques liés à l'utilisation de pesticides », a averti la FAO dans un document publié récemment.

 

Lorsqu'une invasion de criquets pèlerins similaire a frappé entre 2003 et 2005, affectant 26 pays d'Afrique non loin de l'Europe de l'Est et du Sud, environ 13 millions d'hectares infestés par les criquets pèlerins ont été traités avec des pesticides. Osae pense que cela est inquiétant pour l'environnement, d'où la pression pour des alternatives.

 

Le criquet pèlerin appartient à la famille des sauterelles, qui existe depuis des siècles et menace parfois la sécurité alimentaire en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Dans des conditions favorables, ils forment d'énormes essaims de manière cyclique et parcourent les nations à une vitesse d'environ 150 kilomètres par jour, laissant des ravages généralisés dans leur sillage. Depuis les années 1900, environ six fléaux majeurs des criquets pèlerins ont été observés à travers le monde.

 

La FAO décrit l'invasion actuelle comme une « recrudescence » car elle a touché une région entière. L'agence a averti que la situation pourrait devenir un fléau si les nations ne sont pas en mesure de la contenir pendant plus d'un an. « La rapidité avec laquelle les ravageurs se propagent et l'ampleur de l'invasion sont tellement au-delà de la moyenne que les autorités locales et nationales ont atteint la limite de leurs capacités de réaction », a indiqué la FAO dans un communiqué de presse.

 

Les agriculteurs des zones touchées ont compté leurs pertes. Un agriculteur de Nguni dans la région de Mwingi au Kenya a déclaré à Standard Media : « J'attendais avec impatience une récolte exceptionnelle de quinze sacs de 90 kilogrammes de haricots mungo, mais maintenant il ne reste plus rien. »

 

Les principales exportations de l’Afrique, comme le cacao d’Afrique de l’Ouest, et ses forêts tropicales ne sont pas susceptibles d’être gravement affectées parce que le ravageur prospère dans les zones sèches et ne se porte pas bien dans les régions de forêt tropicale. Cependant, d'autres exportations importantes, comme la noix de cajou et les légumes, sont menacées, tout comme la majorité des cultures vivrières dont dépendent de nombreux habitants, notamment le maïs, le niébé et le sorgho.

 

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* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/02/scientists-call-for-innovation-in-fight-against-destructive-locust-pests/

 

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Y
J'ai plus peur des risques immaitrisables mais bien naturelle dû à l'utilisation d'organismes vivant pouvant muter de façon imprévisible pour maitriser un risque de bioagresseurs de nos cultures que du risque des pesticides que l'on peu évaluer et maitriser de façon plus certaine. L'exemple du Bacillus thuringiensis, bactéries très utilisée en agriculture biologique en est l'exemple parfait: L'ANSES a organiser le 29/01/2020 une réunion à Paris pour mettre en garde tout le monde .Déjà 20 cas d'intoxications alimentaires suite a une mutation de ce Bacillus utilisé en traitement sur des aliments confirmés. L'Allemagne mettrait déjà des restrictions sérieuses à son utilisation en place. La nature mute inévitablement et on peut deviner en quoi!!!!
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