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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Covid-19 et politicards : instrumentaliser la crise sanitaire pour faire avancer les pions « écologiques »

25 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Covid-19, #Activisme

Covid-19 et politicards : instrumentaliser la crise sanitaire pour faire avancer les pions « écologiques »

 

 

L'Italie s'organise et fait appel aux agriculteurs

 

 

Le gouvernement a déposé devant les instances parlementaires deux projets de loi sur des mesures d’urgence liées à la crise du coronavirus Covid-19 et issues de cette crise (applicables en cas de nouvelle crise sanitaire).

 

La loi organique d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 prévoit de suspendre jusqu'au 30 juin 2020 le délai de trois mois de transmission des questions prioritaires de constitutionnalité par le Conseil d'État et la Cour de cassation ainsi que le délai de trois mois dans lequel le Conseil constitutionnel statue sur une question transmise.

 

La loi d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 :

 

  • organise le report du second tour des élections municipales, communautaires, des conseillers de Paris et des conseillers métropolitains de Lyon ;

     

  • instaure un dispositif d'état d'urgence sanitaire ;

     

  • détaille les mesures d'urgence économique et d'adaptation à la lutte contre l'épidémie.

 

On peut s'interroger sur la clairvoyance du gouvernement dans cette affaire, ainsi que sur le sens des réalités et des responsabilités de nos élus : beaucoup de temps a été perdu dans des escarmouches sur le report des élections, alors que les deux autres sujets sont beaucoup plus pressants.

 

 

(Source)

 

 

Une brochette de députés ont déposé une proposition d'amendement, assortie de deux propositions de repli, tendant à insérer un article additionnel après l'article provisoirement numéroté 7bis. Ils méritent d'être cités :

 

M. Orphelin, M. Alauzet, Mme Auconie, Mme Bagarry, M. Balanant, Mme Benin, M. Brial, M. Cesarini, Mme Chapelier, M. Claireaux, M. Clément, M. Charles de Courson, Mme Yolaine de Courson, Mme De Temmerman, Mme Frédérique Dumas, Mme Forteza, Mme Gaillot, Mme Granjus, M. Julien-Laferrière, Mme Kéclard-Mondésir, M. François-Michel Lambert, M. Molac, M. Pancher, Mme Valérie Petit, Mme Pompili, M. Potier, M. Pupponi, Mme Rilhac, Mme Sarles, M. Taché, Mme Thillaye, Mme Tuffnell, M. Philippe Vigier et M. Villani

 

Voici le texte de la proposition principale :

 

« Le Gouvernement remet au Parlement, au plus tard six mois après la promulgation de la présente loi, un rapport relatif à la mise en œuvre d’un « Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale ». Ce plan aura pour triple objectif de relancer l’économie à la suite de la crise sanitaire du covid-19, de renforcer notre système de santé, et d’engager notre société sur une trajectoire de transformation compatible avec les budgets carbone fixés en application des articles L. 222 1 A à L. 222 1 E du code de l’environnement.

 

« Ce plan vise notamment à définir les réformes et les moyens financiers nécessaires pour respecter les budgets carbone 2019 2023 et 2024 2028, tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Ce plan précise également les réformes et les moyens nécessaires pour respecter les objectifs de découplage progressif entre la croissance et la consommation de matières premières, fixés par l’article 74 de la loi n° 2015 992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

 

« La préparation de ce plan associe l’ensemble des forces vives de la Nation et prévoit des dispositifs de participation des citoyens à son élaboration et à son suivi. »

 

Et voici l'exposé sommaire des motifs :

 

« Cet amendement propose la mise en place d’une large concertation de six mois dès la promulgation de la présente loi, destinée à élaborer, dans l’unité nationale, un « Grand plan de relance et de transformation de notre société en faveur du climat, de la biodiversité et de la justice sociale ». Ce plan aura pour objectifs conjoints de relancer notre économie à la suite de la crise sanitaire du Covid-19, de renforcer nos systèmes de santé, et d’engager notre société dans une transformation profonde compatible avec les objectifs de développement durable, en particulier au regard du climat et de la biodiversité.

 

Aujourd’hui, toutes nos forces doivent être pleinement mobilisées dans la guerre contre le Covid-19, aux côtés des personnels soignants, des forces de l’ordre et de la sécurité civile qui sauvent chaque jour de nombreuses vies. Grâce à eux et grâce à la responsabilité de tous, nous gagnerons cette guerre. Aussi, face aux graves difficultés économiques et sociales, le Gouvernement déploie actuellement un plan d’urgence que nous soutenons.

 

Au lendemain de cette crise sanitaire, au moment même où nous devrons tout tenter pour relancer notre économie - quoi qu’il en coûte- , nous aurons alors à mener une autre guerre : la guerre pour le climat, la biodiversité et la justice sociale. Pour la gagner, nous devrons tirer toutes les conséquences et engager des changements profonds de nos modes de production et de consommation pour respecter les limites planétaires, de notre sens du collectif et de la solidarité, de notre éducation, de notre démocratie ou encore dans notre rapport à la science.

 

En complément du plan d’urgence actuellement en cours de déploiement, ce plan de transformation prendrait le relais et serait plus qu’un plan de relance : il permettrait non seulement de sortir de la récession par l’investissement, mais aussi de saisir le moment de sortie de cette crise sanitaire et économique pour changer la structure de notre système économique, social, sanitaire et culturel. Ce plan de transformation marquerait une rupture dans le rythme actuel de transition écologique et sociale : il permettrait d’accélérer enfin l’évolution vers un modèle de société plus sobre dans son utilisation de ressources naturelles et plus juste socialement.

 

Ce travail commun d’élaboration et de suivi devra associer toutes les forces vives de la Nation (élus, partis politiques, associations, syndicats, entreprises, universités, etc.), avec le concours des citoyens via des dispositifs de démocratie participative et délibérative, et en lien avec nos partenaires européens.

 

Ce plan de transformation doit notamment permettre de :

 

  • Restructurer le tissu industriel et agricole français et européen, pour notamment réduire l’étalement des chaînes de valeur ainsi que pour mieux réglementer les méthodes de production et d'échange des biens et des services consommés, notamment dans l’optique de diminuer leurs impacts environnemental et social ;

     

  • Engager un investissement massif dans les infrastructures de transport durable, d’énergie et dans la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés, mais aussi pour l’agriculture et l’adaptation aux changements climatiques ;

     

  • Moderniser notre démocratie pour l’adapter aux situations de crises latentes que sont les changements climatiques et la perte de biodiversité ;

     

  • Redonner aux secteurs de la recherche et de l’innovation, et plus généralement à la science, les moyens de nourrir le progrès écologique et social ;

     

  • Redonner à notre système de santé et de sécurité sociale les ressources nécessaires pour assurer la sécurité sanitaire et garantir la dignité à l’ensemble de nos concitoyens, partout sur le territoire, et à l’échelle européenne ;

     

  • Engager une refonte de certaines règles budgétaires, adapter nos politiques économiques et monétaires, et moderniser nos indicateurs statistiques et comptables ;

     

  • Développer les leviers culturels de communication et de sensibilisation du public via la publicité, l’art et l’éducation, afin d’accompagner la population dans cette transformation indispensable. »

 

Nous ne ferons pas une exégèse de ce texte, sauf à souligner quatre points.

 

Premièrement, c'est un texte qui pue le lobbyisme de ces organisations qui lancent des cris d'orfraie dès qu'elles ont le sentiment qu'une proposition d'amendement a été suggérée, voire livrée clés en mains, par les « affreux » et « méchants » lobbyistes, ceux de la très détestée « industrie ».

 

 

(Source)

 

 

La proposition a, bien sûr, été rejetée et cette issue était tout à fait prévisible. Et même si elle avait été adoptée, elle aurait sans nul doute subi la censure du Conseil Constitutionnel en tant que cavalier législatif.

 

 

(Source)

 

Cela doit nous amener à nous interroger sur son motif réel : les initiants étaient-ils convaincus du réalisme et de l'opportunité, voire de la nécessité alléguée, de la proposition ? Ont-ils donné des gages d'allégeance aux lobbyistes qui prétendent faire du « plaidoyer » ? Ont-ils fait de la gesticulation et de la politique spectacles ? Quelles conclusions, dans l'une et l'autre hypothèse, pour notre démocratie ?

 

Deuxièmement, on peut légitimement s'inquiéter quand on lit « [m]oderniser notre démocratie » – de plus dans un but et un contexte précis, « les changements climatiques et la perte de biodiversité » – et de surcroît en voyant cela associé avec l'ambition de « [d]évelopper les leviers culturels de communication et de sensibilisation du public ».

 

Troisièmement, on ne peut qu'être outré, compte tenu de surcroît de l'urgence des mesures sanitaires et économiques devant être prises, devant la tentative d'instrumentaliser la crise sanitaire pour poursuivre d'autres objectifs politiques. C'est d'autant plus intolérable que cette proposition était vouée à l'échec.

 

Quatrièmement, où est le sens des réalités ? La loi sera promulguée ces prochains jours. La Nation se débattra avec une crise sanitaire pour laquelle nous serons ravis de voir le reflux s'amorcer en avril ou mai, si tout se passe bien. Il faudra relancer la vie sociale et économique... Et le gouvernement était appelé selon la proposition à présenter un rapport sur un plan gigantesque de transformation de la société d'ici, en gros, fin septembre !

 

Et encore ! Il y a une extraordinaire incohérence entre le texte proposé et l'exposé des motifs. Celui-ci prévoit « la mise en place d’une large concertation de six mois dès la promulgation de la présente loi ». Combattons le Covid-19, avec confinement de la population et – en même temps – entamons une concertation qui, selon les éléments de langage panurgiques du monde politique, ne saurait être que large.

 

Pire encore ! Selon l'amendement CL37, supposé être « de repli », le rapport devait être remis par le gouvernement au plus tard le 1er juillet 2020, et le grand plan devait être mis en œuvre « dès le second semestre 2020 » !

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U
Décidément, Audiard était un visionnaire ...
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S
@ un physicien le mercredi 25 mars 2020<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> OUI !
M
Bonjour, marre de ces politicards qui ne pensent qu'à eux et à leur réélection ! c'est aux scientifiques à parler et pas à ceux qui ne connaissent rien.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Dans le lot, il y en a quand même pour qui l'urgence est d'exister.