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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Agriculture et alimentation, et agribashing : dénoncer les Diafoirus et Tartuffe

4 Mars 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Pesticides, #élevage, #Politique

Agriculture et alimentation, et agribashing : dénoncer les Diafoirus et Tartuffe

 

 

Le Salon international de l'agriculture s'est ouvert le samedi 22 février 2020 avec un minimum d'agitation. Le Président de la République a pu déambuler et converser pendant 13 heures sans être réellement importuné. Il s'est livré à un exercice salutaire de reconnexion avec un monde agricole malmené, y compris par sa politique flattant l'écologisme. Et on espère qu'il aura appris quelque chose.

 

Comme d'habitude, la semaine qui précède l'événement a été mise à profit par des agribasheurs, des spécialistes du dénigrement de l'agriculture qui nous nourrit.

 

 

Générations Futures gesticule avec les pesticides dans l'air

 

La petite entreprise Générations Futures qui ne connaît pas la crise – largement financée qu'elle est par un biobusiness de plus en plus présent et arrogant, qui profite en retour de ses services – a publié un « rapport » inédit... forcément inédit, au titre anxiogène... forcément anxiogène : « Des pesticides perturbateurs endocriniens, cancérigènes mutagènes et reprotoxiques dans l’air en France ». Dans le résumé et la communication, cela donne par exemple :

 

« Plus de la moitié (56,33%) des quantifications de pesticides dans l’air en 2017 était le fait de pesticides suspectés PE [perturbateurs endocriniens] selon la base TEDX [une liste à la Prévert] ! Cela concerne 61,53% [admirez la précision du chiffre...] des 52 SA [substances actives] retrouvées en tout au moins une fois. »

 

À partir de ce genre de sornettes – aucune indication sur le nombre de quantifications, les doses, la répartition territoriale, etc. – M. François Veillerette, présentement directeur de Générations Futures, peut dérouler son discours creux, mais efficace :

 

« Ces résultats témoignent du fait que l’air est une voie d’exposition réelle des populations à des pesticides PE et/ou CMR [cancérigène, mutagène, reprotoxique]. Ceci est particulièrement préoccupant pour les groupes vulnérables que sont les riverains des zones cultivées, particulièrement exposés. »

 

Et il peut exiger des mesures fortes :

 

« Nous attendons donc des pouvoirs publics qu’ils prennent rapidement les mesures qui s’imposent : réduire rapidement l’utilisation des pesticides en agriculture dans une optique de sortie de l’utilisation des pesticides de synthèse [...] »

 

Pourquoi « de synthèse » seulement ? Ben voyons... le biobusiness (Biocoop, 1,2 milliard de chiffre d'affaires, Botanic, 232 millions en 2013...). Et l'agriculture biologique qui ne peut pas (non plus) se passer de produits de protection des plantes – et en utilise bien plus avec une plus grande fréquence dans certains secteurs comme l'arboriculture...

 

Tout cela serait plaisant si la faune journalistique amie – et, osons-le, complice – n'avait pas repris ses éléments de langage sans recul ni esprit critique.

 

 

(Source)

 

 

Ce n'était pourtant pas trop compliqué. On trouve quand même dans le « rapport » des choses comme :

 

« La concentration maximale trouvée pour un pesticide (le prosulfocarbe) était de 134,55 ng/m3 (AASQA - Ligair à Oysonville).

 

Les concentrations minimales pour de nombreux relevés étaient de 0,01 ng/m3. »

 

Mais aucun « journaliste » n'a trouvé judicieux de demander une explication à un spécialiste ou à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

 

 

(Source)

 

 

On ne leur demandera pas de faire des calculs... ils sont probablement aussi doués que les apparatchiks d'EÉLV qui ne savent pas calculer la surface d'un cercle ou qui affirment que Paris a une densité de « 21 000 habitant•e•s au mètre carré ». D'autres l'ont fait : cette terrifiante présence de terrifiants pesticides dans l'air se traduirait par l'inhalation, au cours d'une vie de 90 ans... de 1 (un) milligramme de pesticides.

 

 

(Source)

 

 

Le calcul est évidemment à la louche. Il suppose que les pesticides en cause soient présents dans l'air pendant toute l'année, ce qui est loin d'être le cas. En revanche, la cocaïne dans les villes...

 

 

(Source)

 

 

Et c'est sans compter sur ce que l'on utilise sur soi et chez soi...

 

 

 

 

L214 s'en prend à un abattoir de veaux en Dordogne

 

Nous sommes le 19 février 2019 : l'association L214 poste une vidéo de 4:47 minutes intitulée « L'enfer des veaux à l'abattoir Sobeval ». Elle milite en théorie pour la défense des animaux et en pratique pour le véganisme et l'abolition de l'élevage. Et elle est très florissante – n'a-t-elle pas reçu une subvention de 1.140.000 euros de l'Open Philanthropy Project, une fondation liée à des investissements dans la « viande » artificielle ?

 

 

(Source)

 

 

La vidéo elle-même est un sermon dit par le journaliste-militant de France 2 Hugo Clément, avec peu d'images à l'appui de la thèse. Pourtant, la médiasphère s'enflamme.

 

Libération, très en pointe, titre « L214 : en Dordogne, des "infractions routinières" pendant l'abattage de veaux ». Les éléments de langage militants sont déroulés sans vergogne. L'Obs met une version courte de la vidéo sur son site dans « Dans une vidéo, L214 dénonce la "cruauté" d’un abattoir de veaux en Dordogne ». Mais on apprend tout de même en fin d'article que :

 

« Alors que l’association demande la fermeture de l’établissement, la préfecture de Dordogne a réagi dans un communiqué dans lequel elle estime qu’"au premier visionnage des vidéos de l’association, il n’y a pas de mise en évidence de non-conformité à la réglementation". La préfecture indique que les mouvements observés ne sont que "des réflexes musculaires ou des spasmes post-mortem". »

 

Pourquoi alors le titre ? Était-il raisonnable de donner une telle publicité à une dénonciation venue quelque deux mois après les prises de vues ? Était-il raisonnable de donner un tel crédit à des images sélectionnées sur l'abattage d'une bonne douzaine de milliers de veaux, à supposer que les images ont été prises sur un mois, entre novembre et décembre 2019 ?

 

Est-il si difficile pour des journalistes de comprendre qu'on n'est plus dans la dénonciation de maltraitances alléguées, mais dans la recherche de buzz et de dons, quand on laisse passer quelque deux mois entre la fin des prises de vue et la prise de position publique ?

 

L'Obs aura tout de même l'honnêteté de publier un autre article – avec AFP – quelques heures après, « L214 cible un abattoir de veaux, la préfecture ne voit pas de non-conformité ». Pour Libération, ce n'était pas une information...

 

 

Le Ministre Didier Guillaume dénonce le « montage » d'une vidéo

 

Le Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation Didier Guillaume est aussi monté au créneau le 23 février 2020 sur Europe1.

 

Il n'y a guère eu que ce média et la Dépêche pour répercuter ses propos avec, respectivement, « Didier Guillaume dénonce le montage d'une vidéo de maltraitance animale par L214 » et « Vidéo de maltraitance animale publiée par L214 : le ministre de l'agriculture dénonce un montage ».

 

 

Notre Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation parle certes beaucoup, souvent pour ne pas dire grand chose, ou encore tout et son contraire. Mais dénoncer le « montage » d'une vidéo est tout de même une information importante. Et ne pas la voir répercutée ne peut être pris que comme un phénomène inquiétant.

 

Ne serait-il pas temps pour les responsables des médias de se pencher sur l'importance du problème d'une dérive militante du journalisme qui se manifeste tant par ce qui est publié que par ce qui ne l'est pas ?

 

Il est de leur responsabilité de faire cesser dans leurs entreprises et leurs services le militantisme instrumentalisant une carte de presse. Et aussi dénoncer ces Diafoirus et ces Tartuffe qui les instrumentalisent au service de causes apparentes qui ne sont pas les causes réelles : en l'occurrence dans le cas présent la prospérité de fonds de commerce incorporés sous forme d'associations, ainsi que la promotion du biobusiness pour Générations Futures et ses succursales et la promotion du véganisme et des substituts à la viande pour L214.

 

Nous avons encore bon espoir que le sens de la déontologie l'emportera sur le doux son du tiroir-caisse que l'on remplit grâce à des produits avariés qui répondent aux attentes d'un lectorat gavé de ces produits et devenu accro aux « solutions » simplistes et illusoires.

 

 

Épilogue

 

Les versions officielles sont maintenant mises en cause grâce à des fuites « providentielles » de courriels (ce qui pose un autre problème). L214 écrit :

 

« C’est sans compter sur... des erreurs de destinataires : des échanges de mails entre les hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture parviennent dans les boites mails de L214. »

 

Des « erreurs de destinataires » ? Sérieux, là ? Quand des courriels reproduits commencent par exemple par « message d'origine » ? Mais après tout, c'est de bonne guerre pour L214.

 

Quant aux médias... bon nombre ont gobé le bobard de l'erreur. Ainsi l'Obs, sur la base d'une dépêche de l'AFP, titre : « L’association L214 reçoit "par erreur" des mails embarrassants du ministère de l’Agriculture ».

 

Il serait intéressant d'identifier ceux qui ont véhiculé cette nouvelle information sans avoir publié auparavant les démentis de la Préfecture de la Dordogne et du Ministre... Une situation digne de la Pravda...

 

Libération semble être en bonne position avec « L’abattoir de veaux dénoncé par L214 fera l’objet d’une "enquête approfondie", selon le ministère de l'Agriculture » et « Le coup de sang de Didier Guillaume, interrogé sur un abattoir épinglé par L214 ».

 

 

Épilogue de l'épilogue

 

L'abattoir devait donc faire l'objet d'une « enquête approfondie »... Prenons le de Libération :

 

« L'abattoir de veaux situé en Dordogne, dont l'association de défense des animaux L214 avait demandé la fermeture, va faire l'objet d'une "enquête approfondie", a annoncé mardi [25 février 2020] le ministère de l'Agriculture. La Direction générale de l'alimentation (DGAL) diligente "une nouvelle inspection de l'établissement" Sobeval, a indiqué le ministère dans un communiqué publié mardi dans la soirée. "La brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et un référent national abattoir seront présents dès [mercredi] sur site pour une enquête approfondie. Un rapport complet sera adressé vendredi matin au ministère », poursuit-il. »

 

Le jour dit, le matin... et sur RTL, le ministre Didier Guillaume annonce :

 

« Ce matin, j’ai décidé de suspendre l’agrément de cet abattoir [...]. J’annonce non pas sa fermeture, mais la suspension de cet abattoir. Dès que des mesures correctives seront proposées par ses gestionnaires, cet abattoir pourra reprendre son fonctionnement.

 

La brigade nationale vétérinaire s’est rendue sur place car la qualification de non-conformité ne se fait pas sur des vidéos mais sur du concret [...]. À la lumière des premiers éléments qui me sont remontés hier soir, les deux experts nationaux du ministère mettent en évidence des problèmes de formation des salariés de l’abattoir. »

 

Peut-on le croire sur parole ? Pourquoi une décision aussi hâtive, peut-être prise sans concertation ?

 

La France Agricole rapporte le 3 mars 2020, que 150 exploitants, responsables professionnels et salariés ont manifesté pour demander la reprise de l’activité de l’abattoir.

 

Quel rapport ?

 

C'est que l'article précise ceci :

 

« Les premières inspections des services vétérinaires ont eu lieu le 2 mars en présence de deux députés, Jean-Pierre Cubertafon (Modem) et Jacqueline Dubois (LREM). Les élus évoquaient des corrections mineures à apporter et avaient bon espoir d’une reprise rapide, du moins concernant l’activité non rituelle. Un abattage test de 50 veaux, afin d’acter ou non la remise en service, devait avoir lieu ce mardi en fin d’après midi. Au même moment, une délégation d’éleveurs était reçue à la préfecture. »

 

Question : quand ont eu lieu les inspections ? Le mercredi 26 février 2020 comme l'a annoncé le ministère ? Le 2 mars 2020 comme l'écrit la France Agricole ?

 

Question subsidiaire – mais ô combien importante pour les éleveurs, les ouvriers de l'abattoir, la société Sobeval... – quelle a été la justification réelle de la décision de suspension ? Fondée sur des éléments factuels aboutissant à une mesure proportionnée, ou gesticulation politicienne ?

 

À vous de juger ? En tout cas, comme on dit en Helvétie, « ça fait chenit ». Et il serait bon de faire une grande poutze au ministère.

 

 

Complément de 14 heures

 

L'abattoir a été rouvert aujourd'hui pour une reprise partielle de ses activités.

 

 

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C
https://www.agrarheute.com/land-leben/tierhaltung-kein-kinderspiel-nabu-vernachlaessigt-pferdeherde-565646<br /> J'ai envoyéce lien hier, si Seppi veut bien le traduire.<br /> Pour résumer, Bund ( FNE allemand) gère des espaces naturels occupés par des chevaux qui dépérissent.
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A
Merci pour le lien, Clément.<br /> Où on apprend que les donneurs de leçons ont les mêmes travers, ici ou là-bas.
M
En faite la personne qui a dénoncé l'abattoir n'y à jamais travailler. Encore une manipulation de L214.<br /> <br /> https://www.francebleu.fr/amp/infos/societe/l-homme-qui-denoncait-les-methodes-de-l-abattoir-de-la-sobeval-affirme-aujourd-hui-n-y-avoir-jamais-1583234046?__twitter_impression=true
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I
(chuchote à l'oreille de Seppi) Attention le salon de l'agriculture a ouvert le 22 février, pas le 22 mars.<br /> <br /> Sinon l'article est très intéressant. Cependant je me demande quel est le problème du Monde avec les Stéphane, sérieusement c'est une malédiction de s'appeler Stéphane dans le Monde ou quoi ?<br /> <br /> Ah ces journalistes militants biotausaurus toujours prompt à croire sur parole les biotausaurus et leurs associations plutôt que d'interroger des experts. Parler des pesticides ? Hop on invite un militant de géné futur plutôt qu'un toxicologue de l'ANSENS. Parler d'un abbatoire ? Hop on invite L214 dont les membres sont de grands spécialistes de l'abbatage des animaux plutôt que des vétérinaires. Et dire que ces journalistes se plaignent quand es citoyens non formés en journalisme font des Journaux indépendants, en même temps un jour ou l'autre faudra bien qu'on traite l'actualité sans journaliste professionnel histoire de leur rendre la monnaie de leur pièce. <br /> <br /> Bon après aux yeux des journalistes biotausaurus les toxicologues de l'ANSES sont corrompus par le Grand Monsanto (Monsatanto ?), à leurs yeux ce sont pas de sataniques mais des monsataniques. <br /> <br /> Quand à la complaisance de nombreux journalistes envers les mouvements veganimalistes... ben on sait comment ça marche. Heureusement qu'on a encore Jean-Luc Reichman pour soutenir l'agriculture française, dès qu'il reçoit un agriculteur dans son émission il ne manque jamais de demander au public d'applaudir l'agriculture française.
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M
Le président actuel de la République se moque des paysans Français car ils ne comptent que pour 3 % du corps électoral, et sont souvent à droite. Cet arriviste ne compte que sur ces bobos et ces journaleurs.
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M
Encore bravo pour cet article.<br /> La petite planche de BD avec la jeune militante qui se pomponne avec une flopée de produits d'hygiène et de beauté avant d'aller manifester contre les pesticides dans les légumes est franchement drôle et bien sentie.<br /> Pour le veau, j'ai la solution :<br /> https://www.marmiton.org/recettes/recette_blanquette-de-veau-facile_19219.aspx<br /> Cela fait des années que je l'applique sans modification, c'est franchement bon.
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