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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Fongicides SDHI : pour une recherche et une communication éthiques et responsables

20 Février 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #SDHI

Fongicides SDHI : pour une recherche et une communication éthiques et responsables

 

Un communiqué du Collectif Science-Technologies-Actions*

 

 

 

 

Le Collectif Science Technologies Actions déplore l'instrumentalisation abusive d'une recherche scientifique et une communication peu respectueuses des faits. Il appelle les scientifiques et médecins signataires de tribunes et d'appels au respect pour une déontologie qui ne saurait s'arrêter à la porte du laboratoire ou du cabinet.

 

Il en va de la crédibilité de la science, de la stabilité de nos institutions et des modalités de notre vivre-ensemble.

 

 

Dans son édition datée du 22 janvier 2020, le Monde a publié une tribune – « Pesticides SDHI : 450 scientifiques appellent à appliquer le principe de précaution au plus vite » [1] soutenue « par dix personnalités reconnues pour leurs compétences scientifiques ou médicales de par le monde ».

 

Un appel à transgresser l'ordre institutionnel

 

Le but : « en appeler à nos élus, maires, députés, sénateurs, et toute institution concernée, pour mettre en œuvre au plus vite l’arrêt de l’usage des SDHI en milieu ouvert. »

 

Des scientifiques étrangers se sont ainsi prêtés à une interpellation de « nos élus », etc. pour qu'ils se livrent à une contestation et une transgression de l'ordre institutionnel national, « l’arrêt de l’usage des SDHI » relevant de la décision soit de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), soit du gouvernement.

 

 

Un appel s'inscrivant dans le militantisme anti-pesticides (de synthèse)

 

Cet appel joue sur l'émotion, davantage que sur la science, et une contestation anti-système par la mise en cause de l'ANSES. Ses arguments sont fallacieux, voire mensongers.

 

Il s'inscrit en droite ligne des tentatives précédentes des scientifiques « lanceurs d'alerte », ainsi que de la campagne menée avec le soutien de Générations futures, Nous voulons des coquelicots et Pollinis, des associations militant pour l'abolition des pesticides (mais seulement de synthèse, l'agriculture biologique devant être ménagée). Le Monde rapporte dans la même édition que ces trois associations ont engagé une procédure, dans « Après l’alerte des scientifiques, un recours en justice pour interdire les pesticides SDHI », ce qui laisse entendre qu'elles ont eu connaissance de « l'alerte » avant sa publication [2]...

 

 

Un appel fondé sur des données in vitro non prédictives des effets in vivo

 

Le mécanisme de l’alerte et de son corollaire, la demande de mise en œuvre du « principe de précaution » est simple : les fongicides SDHI inhibent une enzyme de la chaîne respiratoire, la succinate déshydrogénase et bloquent la respiration des champignons et moisissures. Or les cellules de tous les êtres vivants respirent et possèdent la même voie métabolique. Et donc ce blocage peut se produire ailleurs, y compris chez l’Homme.

 

« Outre les dégâts considérables des pesticides sur la biodiversité » – c'est là une déclaration générale de nature militante et faisant appel à l'émotion – « de nouvelles données scientifiques [...] récemment publiées […] laissent prévoir le risque additionnel chez l’homme d’une catastrophe sanitaire liée à leur usage. »

 

Toutefois, l'article auquel il est fait allusion [3] ne soutient nullement l'hypothèse d'une « catastrophe sanitaire ». Des résultats obtenus in vitro – dans le cas présent sur des cellules humaines isolées, d'une part, et des mitochondries extraites des cellules pour le champignon Botrytis cinerea, l'abeille et le ver de terre, d'autre part – apportent certes des éléments de connaissance mais ne permettent pas de conclure à un effet in vivo.

 

Il y a loin de l'un à l'autre : s'agissant des consommateurs, il faudrait qu'il y ait des résidus dans l'alimentation (selon les données colligées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), plus de la moitié des échantillons testés en 2017 étaient exempts de résidus, tous pesticides confondus [4]) ; les résidus devraient passer la barrière intestinale et entrer dans la circulation sanguine ; ils devraient pénétrer dans les cellules ciblées par l'alerte, puis dans les mitochondries ; ils devraient être en quantité suffisante pour avoir un effet (Paracelse en bref : « La dose fait le poison) ; ils devraient y provoquer des dégâts irrémédiables.

 

S’il fallait donner crédit à l'alerte, il faudrait aussi sonner le tocsin sur, par exemple, la caféine ou de nombreuses substances contenues dans les épices, ou même les aliments de consommation courante. Du reste aussi sur le spinosad, un insecticide autorisé en agriculture biologique et agissant également sur la chaîne respiratoire ; mais, curieusement, il est épargné par les lanceurs d'alerte...

 

 

Un appel en quelque sorte invalidé par 50 ans d'expérience pratique

 

La première molécule SDHI, la carboxine, a été autorisée il y a plus de 50 ans [5], et donc renouvelée et réexaminée plusieurs fois, pas seulement en France. L'emblématique boscalide est arrivé sur le marché en 2003. Aurait-il été possible que des agences d'évaluation soient passées à côté – volontairement selon les thèses complotistes – d'un danger gravissime pour l'Homme et l'environnement ?

 

Aurait-il été possible que les agriculteurs utilisateurs de fongicides SDHI, les industriels de l'agrochimie, les scientifiques et les techniciens de la vulgarisation, ou encore les « écologistes », n'aient rien remarqué sur le terrain ?

 

 

Un appel non étayé par la publication scientifique mise en avant

 

En fait, la publication dont se prévalent les auteurs de l'appel est très précautionneuse. Dans son résumé, elle se borne en définitive à recommander de modifier, toutefois d’urgence mais c'est « de bonne guerre », les tests réglementaires. Dans le texte, les auteurs précisent même :« […] Bien sûr, il est extrêmement dangereux de comparer les valeurs [...] obtenues in vitro dans des conditions de laboratoire avec les concentrations de SDHI pouvant résulter de l'application de ces pesticides sur des cultures. »

 

 

Un appel mettant en cause l'intégrité et le sérieux de l'ANSES

 

Les auteurs de l'appel écrivent notamment, avec un recours appuyé au sophisme de l'appel à l'émotion : « Face à l’urgence imposée par le déclin sans précédent de la biodiversité désormais indiscutable et pour lequel les spécialistes s’accordent pour attribuer aux pesticides un rôle prépondérant, l'ANSES ne semble pas même être préoccupée du rôle démontré in vivo des SDHI sur nombre d’espèces animales. » Ou encore : « Mais, il est opposé de facto par l’ANSES qu’en absence de victimes identifiées rien ne justifierait de s’inquiéter. »

 

En réalité, l'ANSES a pris l'alerte très au sérieux.

 

Elle a réuni un groupe d’expertise collective d’urgence (GECU) composé de scientifiques indépendants ; lancé un appel à la vigilance au niveau européen et international ; et décidé de poursuivre les travaux sur de potentiels effets toxicologiques pour l’Homme, de mieux documenter les expositions par le biais de l’alimentation, de l’air et des sols, de déceler d’éventuels effets sanitaires sur le terrain via les dispositifs de surveillance existants et de se saisir de la question des expositions cumulées aux différents fongicides SDHI via l’alimentation [6].

 

Le 14 janvier 2019, sur la base des travaux du GECU, l'ANSES a conclu que « les informations et hypothèses scientifiques apportées par les lanceurs de l'alerte n’apportent pas d’éléments en faveur de l’existence d’une alerte sanitaire qui conduirait au retrait des autorisations de mise sur le marché actuellement en vigueur conformément aux cadres réglementaires nationaux et européens. » [7]

 

 

Un appel trompeur sur la notion d'« alerte »

 

Les auteurs de l'alerte écrivent : « Cette alerte a été récemment relayée par le CNRS et validée par la commission nationale Déontologie et alertes en santé publique et environnement. »

 

En réalité, l'avis de la cnDAspe – qui n'a, au mieux, qu'une compétence scientifique limitée – est nuancé. La commission conclut, certes, à l'existence d'une alerte mais délivre un satisfecit à l'ANSES : « L’Anses a traité le signalement qui lui a été communiqué par l’équipe de chercheurs de manière réactive et approfondie [...]. La cnDAspe invite l’Anses à poursuivre dans ce sens et lui adresse les éléments d’information recueillis à l’occasion de l’instruction de ce signalement. » [8]

 

 

Pour en savoir plus :

 

http://seppi.over-blog.com/2020/01/fongicides-sdhi-pour-une-recherche-et-une-communication-ethiques-et-respectables.html

http://seppi.over-blog.com/2020/01/fongicides-sdhi-nouvelle-escalade-dans-le-bombardement-activiste.html

http://seppi.over-blog.com/2020/01/fongicides-sdhi-la-cerise-sur-le-gateau-de-m.pierre-rustin-etait-pourrie.html

 

___________

 

[1]  https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/01/21/pesticides-sdhi-450-scientifiques-appellent-a-appliquer-le-principe-de-precaution-au-plus-vite_6026712_1650684.html

La liste des signataires a été publiée ici. Selon cette page, il s'agit de scientifiques et de médecins, et la décurie de scientifiques étrangers s'affirment « tous spécialistes mondialement reconnues [sic] de la physiologie et de la pathophysiologie mitochondriale ».

 

[2]  https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/01/21/apres-l-alerte-des-scientifiques-un-recours-en-justice-pour-interdire-les-pesticides-sdhi_6026717_3244.html

 

[3]  Evolutionarily conserved susceptibility of the mitochondrial respiratory chain to SDHI pesticides and its consequence on the impact of SDHIs on human cultured cells (sensibilité conservée au cours de l'évolution de la chaîne respiratoire mitochondriale aux pesticides SDHI et sa conséquence sur l'impact des SDHI sur des cellules humaines en culture – un texte français, pas totalement conforme, a été mis en ligne par les auteurs, Paule Bénit et col., ici), PLOS One, 7 novembre 2019.

 

[4]  https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2019.5743

 

[5]  https://www.canr.msu.edu/nwmihort/2016-swd-summit/22SM%20Villani%20IPM%20School%20SDHI%202017.pdf

 

[6]  https://www.anses.fr/fr/content/point-sur-les-sdhi

 

[7]  https://www.anses.fr/fr/system/files/PHYTO2018SA0113Ra.pdf

 

[8]  https://www.alerte-sante-environnement-deontologie.fr/travaux/avis-rendus/article/avis-sur-le-signalement-de-possibles-risques-lies-a-l-utilisation-de-fongicides

 

Le Collectif STA composé de chercheurs, ingénieurs, médecins, enseignants et autres citoyens consternés par la marginalisation de la Science et les attaques incessantes contre les technologies innovantes, a pour but de faire entendre la voix de la raison, de l'approche scientifique et du progrès, notamment auprès des décideurs et des médias.

 

Blog : https://sciencetechaction.tumblr.com/

Contact & adhésion: sciencetechaction@gmail.com

 

____________

 

* Source : https://sciencetechaction.tumblr.com/post/190769618635/fongicides-sdhi-pour-une-recherche-et-une

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