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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Se fier à la science ?

14 Janvier 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Se fier à la science ?

 

 

Une annonce du blog de M. Albert Amgar

 

 

L'infatigable Albert Amgar – dont la spécialité est l'hygiène et la sécurité alimentaire – a trouve chez l'infatigable Doug Powell – « des aliments sains de la fourche à la fourchette » – un article publié dans Food in Canada par M. Ronald Doering, qui fut le premier président de l'Agence Canadienne d'Inspection des Aliments.

 

Il s'intitule en anglais « Science Scepticism ». L'article révèle le sens à donner à ce titre en style télégraphique : scepticisme vis-à-vis de la science. En voici la traduction que nous empruntons à l'ami Albert

 

Scepticisme vis-à-vis de la science

 

 

En septembre, plusieurs médias ont rapporté un sondage par 3M qui a révélé que 32 % des Canadiens sont « sceptiques vis-à-vis de la science ». Les résultats ont été universellement traités comme « inquiétants », « alarmants » et « déprimants » en raison d'un tel manque de confiance dans les scientifiques que cela pourrait fausser les discussions politiques vers des considérations non scientifiques (mauvais) et peut-être aussi, saper le financement des scientifiques (très mauvais).

 

Comme le savent les lecteurs de cette chronique au fil des ans, j'ai une opinion différente.

 

Bien que cela dépende bien sûr de ce que vous entendez par « science », mon avis est généralement que tout le monde devrait être plus sceptique vis-à-vis de la science. Je ne dis pas que la science n'est pas importante. Les scientifiques de l'ACIA et leurs 10 laboratoires sont essentiels au travail de l'agence. Nous ne pouvons jamais avoir trop de bonne science.

 

Ce que je dis, c'est qu'il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les citoyens ordinaires, et en particulier les consommateurs, devraient toujours être sceptiques à l'égard de la science :

 

1. La plupart des sciences sont beaucoup plus incertaines que ce qui est généralement reconnu. Dans les sciences des aliments et de la nutrition, par exemple, vous nommez le problème et je peux vous donner une science contradictoire. Au fil des ans dans cette chronique, j'ai démontré des données scientifiques très contradictoires sur, par exemple, les aliments génétiquement modifiés, l'irradiation des aliments, la sécurité du BPA (bisphénol A) dans les emballages alimentaires, la sécurité du saumon d'élevage, la sécurité de la fluoration de l'eau et des additifs alimentaires. Nous avons vu que les deux scientifiques de haut niveau au Canada sur le niveau de sel sécuritaire dans nos régimes alimentaires sont si en désaccord qu’ils recourent régulièrement à des injures vicieuses.

 

Le Canada et les États-Unis considèrent la science sur l'acide folique si claire qu'ils exigent l'enrichissement obligatoire de certains aliments, tandis que chaque pays de l'UE interprète la science comme si dangereuse qu'ils refusent de les enrichir ; les deux groupes insistent sur le fait que leur politique est « fondée sur la science ». Il est illégal de vendre du lait cru au Canada et en Australie, mais légal en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord ; les deux parties insistent sur le fait que leurs politiques sont « fondées sur la science ». La science de la nutrition hésite énormément. Avec une telle incertitude omniprésente, n'est-ce pas simplement du bon sens que d'être sceptique ?

 

2. Les consommateurs obtiennent leurs informations scientifiques sur les aliments et la nutrition dans les journaux, les magazines, la télévision et les réseaux sociaux, dont aucun n'a de journalistes scientifiques formés et qui font tous du commerce dans des « investigations » alarmistes, le dénigrement de sociétés alimentaires, les conseils de célébrités et des clips de 45 secondes. La plupart des consommateurs ne comprennent pas la plupart des étiquettes des aliments. Les allégations santé concernent davantage le marketing que la santé. L'analphabétisme scientifique et l'illetrisme en mathématiques abondent. Comme l’a fait remarquer Mark Twain, si vous ne lisez pas les magazines et les journaux, vous n’êtes pas informé, et si vous le faites, vous êtes mal informé. (Bien sûr, cet article est une exception). Face à une telle désinformation répandue, n’est-ce pas simplement du bon sens d’être sceptique ?

 

3. L'un des mythes les plus répandus est que la science et la politique peuvent être séparées. Lorsque j’étais président du plus grand organisme de réglementation scientifique du Canada, je traitais régulièrement avec des scientifiques qui ne semblaient pas savoir à quel point leurs conseils scientifiques étaient imprégnés de considérations politiques non énoncées. Les implications politiques entrent dans l'évaluation des risques à pratiquement toutes les étapes du processus. De plus, dans notre système, les scientifiques ne font pas de politique. Une fois que le scientifique a effectué l'évaluation des risques fondée sur la science, les politiciens élus et leurs conseillers principaux assument la responsabilité de la gestion des risques fondée sur des politiques en soupesant la science avec les considérations économiques, politiques, juridiques, environnementales et éthiques. Ce n'est pas de la politisation de la science ; il s'agit de l'élaboration de politiques fondées sur des preuves. Ces deux fonctions distinctes sont souvent confondues et le résultat présenté comme déterminé uniquement par la science. N’est-ce pas du bon sens d’être sceptique à l’égard de cette « science » ?

 

4. Un ami scientifique a récemment souligné une autre raison d'être sceptique. Le système universitaire insiste toujours sur le fait que les professeurs publient ou périssent, ce qui explique pourquoi tant de science publiée est à la fois non lue et illisible, n'apportant rien de valeur au public qui en paie le prix. Il est certainement logique, dit-il, d'être sceptique à l'égard de cette science. Étant donné la reconnaissance croissante de l'importance de l'alimentation pour la santé et la menace croissante des maladies d'origine alimentaire, nous avons besoin de plus de données scientifiques de meilleure qualité pour aider à l'élaboration des politiques publiques. Cela dit, le public devrait toujours être sceptique quant à la science qui se présente à lui.

 

 

Les mots « sceptique » et « scepticisme » sont à double sens. Ils désignent une attitude d'incrédulité, se traduisant généralement par un refus, ou une attitude de doute, qui appelle un examen et des vérifications.

 

C'est la deuxième acception qui s'impose ici. Et on ne peut qu'y souscrire, particulièrement s'agissant de la nutrition et de ses effets sur la santé et, plus généralement, des domaines qui font l'objet de controverses publiques.

 

Voir par exemple ici notre analyse du Plan National Nutrition Santé – censé être fondé sur « la science » – ou encore cet article de M. Philippe Stoop au titre éloquent dans European Scientist, « Pollution de l’air : 38 000 morts par an dans le monde, dont 48 000 en France… »

 

Se fier à la science ? Oui, mais après avoir vérifié…

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F
Excellentes remarques. J'ai pour habitude de dire qu'il faut bien distinguer trois domaines:<br /> <br /> 1) La science qui a pour but de connaître et comprendre le monde et rien d'autre.<br /> 2) La morale qui nous aide à faire le tri entre le bien et le mal.<br /> 3) La politique qui permet but de prendre des décisions collectives.<br /> <br /> Le mélange des genres est difficile à éviter... mais il est important que chacun reste dans son rôle.
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S
@ fm06 le mardi 14 janvier 2020 à 18:53<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> I concur, selon une expression dont on m'a dit qu'elle a souvent été utilisée par Kofi Annan.