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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Procès du glyphosate aux États-Unis : coup de projecteur sur les avocats prédateurs

21 Janvier 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup)

Procès du glyphosate aux États-Unis : coup de projecteur sur les avocats prédateurs

 

André Heitz*

 

 

 

 

Bienvenue dans le monde merveilleux de l'industrie américaine de la prédation légale. Largement médiatisés, le procès Dewayne « Lee » Johnson c. Monsanto et son verdict de 289 millions de dollars, ramené par la suite à 78,5 millions, nous en avaient donné un aperçu.

 

Des cabinets d'avocats spécialisés font de la veille, pour ensuite fondre sur leur proie. The Miller Firm affirme ainsi avec fierté surveiller les classements du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC). C'est dans ses écritures dans un litige – soldé par un accord amiable – avec l'avocat Timothy Litzenburg, qui avait joué un rôle important dans l'affaire Johnson, qu'elle a licencié et qui est maintenant établi à son compte.

 

Cette description d'un fond de commerce s'ajoute aux constats tirés d'une partie des « Monsanto Papers », occultée par la presse militante, que d'aucuns ont qualifiés de CIRC-gate. Ou encore Portier Papers, du nom de ce « spécialiste invité » du CIRC qui signa un contrat de consultant et de témoin-expert avec un cabinet d'avocats, avec lequel il était déjà en cheville, peu après l'annonce du classement infamant du glyphosate.

 

Ce genre d'affaire nécessite une importante mise de fond initiale des cabinets chefs de file. Elle est apportée par des sociétés de capital-risque dédiées, certaines adossées à ces cabinets. Bayer/Monsanto ferait face à 42.700 plaignants, appâtés par une perspective de gain sans investissement de leur part. Les recrutements par des publicités continuent dans une sorte de pyramide de Ponzi, une surenchère pour faire plier Bayer/Monsanto et, in fine, pouvoir rémunérer des investisseurs très gourmands.

 

Que faire lorsque le « dossier » est faiblard ? Le 17 décembre 2019, Timothy Litzenburg a été arrêté pour, selon notre vocabulaire, chantage et tentative d'extorsion de fonds. Le Département de la Justice l'a annoncé par un communiqué de presse accompagné du rapport d'un investigateur. Le marché « offert » à une entreprise ayant fourni un co-formulant à Monsanto ? Soit payer cinq millions de dollars pour régler un cas à l'amiable et 200 millions camouflés en « accord de consultation », soit subir un «"Roundup 2" interminable et public » avec une « parade des horribles », de plaignants atteints de cancer.

 

Bayer/Monsanto a fait appel des premiers verdicts. Dans l'affaire Edwin Hardeman, le 20 décembre 2019, le Ministère de la Justice et l'Environmental Protection Agency (EPA) ont soumis un amicus curiae, une opinion pour éclairer la Cour. Le glyphosate, disent-ils, n'est pas cancérogène et un étiquetage d'avertissement selon la loi californienne n'a pas lieu d'être et est même interdit par le droit fédéral. Le verdict contre Monsanto (25 millions de dollars) devrait donc être annulé.

 

Trois associations médicales californiennes ont aussi produit un amicus. Elles entendent éclairer la Cour sur la façon correcte d'apprécier le lien entre facteur causal potentiel et maladie, et les conséquences de la démarche, vigoureusement critiquée, adoptée en première instance.

 

Comme pour les tests de BioCheck et la plainte contre les « pisseurs », nos médias se sont murés dans le silence. Surprenant ? Pas vraiment !

___________

 

* Ingénieur agronome en retraite.

 

Cet article a été publié sous un autre titre dans la France Agricole du 3 janvier 2020.

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M
Les réactions de Foucart, il parle des SDHI.<br /> Vu ce dont parle cet article, il est urgent que l'ANSES réagisse, en portant plainte contre toute cette clique. Ces accusions sans preuve ne sont pas admissible contre une agence sanitaire. L'ANSES doit arrêter de se laisser faire.<br /> https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/01/21/apres-l-alerte-des-scientifiques-un-recours-en-justice-pour-interdire-les-pesticides-sdhi_6026717_3244.html
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S
@ max (email) le mardi 21 janvier 2020 à 19:50<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Vous aurez vu sur ce blog que M. Roger Genet n'a pas mâché ses mots devant l'OPECST. Il y a aussi eu quelques torpilles à l'audition de Mme Elisabeth Borne par la commission de suivi de la sortie du glyphosate.<br /> <br /> Par ailleurs, je ne sais pas si l'ANSES peut agir en justice