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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Point de vue : une étude sur le soja publiée dans la revue Nature passe à côté de l'essentiel

8 Janvier 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #OGM

Point de vue : une étude sur le soja publiée dans la revue Nature passe à côté de l'essentiel

 

Wayne Fredericks, AGDAILY*

 

 

Image United Soybean Board, Flickr

 

 

La plupart des gens diraient que la vie est imprévisible. Nous avons nos plans et nos routines, mais il n’y a aucun moyen de dire ce que la journée apportera. Les agriculteurs sont particulièrement attentifs à cette réalité. Chaque campagne offre une nouvelle occasion de travailler et de lutter avec la nature pour obtenir une récolte saine. Les variables vont de la météo aux conditions du sol en passant par les problèmes de nuisibles. Nous élaborons nos plans et utilisons nos meilleurs outils, mais c’est finalement une question de loterie, même si les choix sont éclairés.

 

Cela semble aller de soi ; mais une méta-étude récemment publiée par 23 universitaires semble passer à côté de cette caractéristique essentielle de la vie agricole. Elle a affirmé que l'utilisation de semences de soja enrobées d'insecticides appartenant à une classe appelée néonicotinoïdes apporte des avantages négligeables. En tant que producteur de soja depuis 46 ans, je peux vous dire que c'est un non-sens.

 

J'ai personnellement testé la valeur des néonics sur mon exploitation en 2015. L'utilisation de l'insecticide a augmenté mes rendements cette année-là de 0,54 quintal/hectare (0,8 boisseau/acre) en moyenne. Cela peut ne pas sembler énorme, mais cela se traduit par une augmentation de 18,5 dollars/hectare (7,20 dollars/acre – en utilisant une estimation de 33 dollars/quintal ou 9 dollars/boisseau). L'insecticide coûtait environ 4 dollars par acre, alors avec 121 hectares (300 acres) de soja, j'ai tiré 1.000 dollars de plus de ma récolte.

 

Ce qui est amusant, c’est que mes résultats, à savoir une augmentation de rendement de 0,54 quintal/hectare, se situent en réalité dans la partie basse de ce que les auteurs ont identifié comme résultant de l’utilisation de néonicotinoïdes sur du soja (ils ont cité 1,35 quintal/hectare – 2 boisseaux/acre).

 

Je ne considère pas que 1.000 à 2.000 dollars de plus soit « négligeable » et j’encouragerais les universitaires qui ont rédigé cette méta-étude à ne pas le faire non plus.

 

Deuxièmement, ces universitaires ignorent également la valeur de la tranquillité d'esprit qui revient à un agriculteur qui sait qu'il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger sa culture. Les auteurs se plaignent que les parasites du soja n’attaquent pas les cultures de manière suffisamment prévisible pour que l’utilisation des néonicotinoïdes en vaille la peine. Mais c’est un peu la raison pour laquelle les néonicotinoïdes marchent. De par leur conception, ils sont déjà en place avant que les parasites ne se manifestent pour attaquer la culture. Si les parasites ne se manifestent pas, il n'y a certainement pas de mal si un agriculteur les a mis en œuvre comme une sorte d’assurance. Cependant, si les parasites se manifestent, les traitements de semences aux néonics peuvent faire la différence entre une récolte et un désastre total.

 

J'ai déjà perdu des récoltes. Une partie de notre culture de soja a été totalement dévorée, une année, par des larves de la mouche des semis et nous avons dû ressemer. Je sais que les ravageurs peuvent faire des dégâts. C’est toujours dans mon esprit.

 

Critiquer les agriculteurs qui utilisent des insecticides parce qu'ils n’en auront peut-être pas besoin tous les ans pour prévenir des catastrophes n’a aucun sens. Les auteurs de ce document ont-ils une assurance automobile ? Que diraient-ils de leur assurance habitation ?

 

S'ils n’avaient pas eu à faire une demande de remboursement après un accident de voiture une année, l’annuleraient-ils l’année suivante ? Croiraient-ils que le bénéfice de l’assurance habitation est « négligeable » parce que leur maison n'a pas été détruite ?

 

Ils ne devraient pas non plus tenir pour « négligeables » les outils essentiels que les vrais experts – les producteurs de soja qui connaissent leur propre sol et leurs conditions de culture – utilisent pour produire des récoltes abondantes chaque année.

 

 

Image Larry Lindell, Shutterstock

 

 

En outre, je pense qu'ils auraient dû examiner tous les principaux États producteurs de soja. Cette méta-étude a laissé de côté la plupart des États du Midsouth qui ont beaucoup de problèmes de parasites que les néonics aident à résoudre.

 

Je vis dans une région très réactive aux traitements des semences par des néonics, je sème des cultures de couverture et pratique le sans-labour pour réduire les pertes d'engrais par ruissellement. Les néonics ne sont qu’un outil supplémentaire pour aider les agriculteurs à protéger et à améliorer la qualité de l’eau, à émettre moins de carbone et à protéger les organismes non ciblés comme les papillons et les abeilles. L'utilisation de semences traitées aux néonics signifie que, au lieu de pulvériser des pesticides et des fongicides plus puissants sur les cultures tout au long de la saison de végétation, de plus petites quantités de pesticides sont appliquées là où elles sont nécessaires et en quantité précise. Cela signifie que les insectes utiles ne sont pas pris au piège des efforts de l'agriculteur pour protéger sa culture.

 

Lorsque les papillons et les abeilles commencent à s'activer, les néonicss sont déjà dans le sol.

 

Sans traitement des semences, à la levée, les plantules sont beaucoup plus vulnérables aux ravageurs. Par exemple, un ver microscopique appelé nématode, qui se nourrit des racines des plantes, est responsable de 3 à 4 % de la perte de rendement du soja aux États-Unis chaque année. Les semences traitées bénéficient d'une protection supplémentaire contre ces attaques, lesquelles peuvent se produire avant même qu'un agriculteur réalise qu'il a un problème. Seuls les traitements des semences peuvent offrir ce type de protection ciblée contre les parasites dès le début.

 

La perte des néonicotinoïdes obligerait les producteurs à s’appuyer sur quelques anciennes classes d’insecticides. Les quelque 1,8 millions de kilogrammes de néonicotinoïdes utilisés dans l'ensemble du pays seraient remplacés par 8,7 millions de kilogrammes d'insecticides organophosphorés ou pyréthrinoïdes, soit une augmentation des taux d'application par hectare d'environ 375 %. Ceux-ci sont beaucoup moins respectueux de l'environnement et des organismes non ciblés.

 

Au bout du compte, le résultat le plus frappant de la méta-étude est que les chercheurs n’ont pas accordé beaucoup de valeur au 1,35 quintal/hectare de rendement moyen supplémentaire qui résultait de l’utilisation de néonics. La plupart des agriculteurs sauteraient de joie à la perspective d'un retour comme celui-ci pour le soja. Les petites choses sont importantes dans la vie économique des agriculteurs, et ces auteurs ont complètement zappé la réalité économique qui guide notre démarche dans la prise de décisions.

 

Je ne vais pas dire à un autre agriculteur comment mener ses affaires. Chaque agriculteur doit faire ses propres choix en fonction de sa terre et de ses valeurs. Mais je ne pense pas non plus que quiconque devrait dire aux agriculteurs de ne pas utiliser des néonicotinoïdes si cela profite à leurs exploitations.

 

______________

 

Wayne Fredericks est un agriculteur d’Osage, dans l’Iowa, et membre des conseils d’administration de l’American Soybean Association et de l’Iowa Soybean Association.

 

Source : https://www.agdaily.com/crops/perspective-soybean-study-journal-nature-misses-point/

 

 

° o 0 o °

 

 

Ce n'est pas la première fois que l'on examine la valeur économique des traitements de semences de soja aux néonicotinoïdes, que l'on conclue que cette valeur est faible (c'est bien ce qui a permis de produire une méta-étude). Les activistes anti-pesticides et anti-néonicotinoïdes – y compris du monde (en principe) scientifique comme le Groupe de Travail sur les Pesticides Systémiques (voir ici) – se sont employés à mettre ces traitements en question.

 

Voici le résumé de « Neonicotinoid seed treatments of soybean provide negligible benefits to US farmers » (les traitements des semences de soja aux néonicotinoïdes offrent des avantages négligeables aux agriculteurs américains) de Spyridon Mourtzinis et al.

 

« Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus largement utilisés dans le monde et sont typiquement mis en œuvre pour le traitement des semences aux néonicotinoïdes (ci-après TSN) dans de nombreuses cultures céréalières et oléagineuses, y compris le soja. Cependant, il existe un manque surprenant d'informations sur l'efficacité des TSN dans l'augmentation du rendement du soja, et la plupart des données publiées suggèrent un avantage en termes de rendement faible ou irrégulier [inconsistent].

 

Les États-Unis sont le principal pays producteur de soja dans le monde et ces travaux incluent des données sur le rendement du soja issues de 194 études sur le terrain randomisées et répétées conduites spécifiquement pour évaluer l'effet des TSN sur le rendement du soja sur des sites situés dans 14 États de 2006 à 2017.

 

Nous montrons ici que, dans la principale région du pays productrice de soja, les avantages de rendement attribués aux TSN sont négligeables et spécifiques à la conduite de la culture. Dans l'ensemble de la région, les avantages maximaux observés dus au fongicide (TSF = traitement de semences fongicide) + utilisation de néonicotinoïdes (TSF + TSN) ont atteint 1,3 q/ha. Dans l'ensemble de la région, des combinaisons de pratiques culturales ont affecté l'efficacité du TSF + TSN à augmenter le rendement, mais les avantages ont été minimes, allant de 0,1 à 2,2 q/ha.

 

Malgré une utilisation généralisée, cette pratique semble avoir peu d’avantages pour la plupart des producteurs de soja ; sur l'ensemble de la région, une analyse économique partielle a également mis en évidence des preuves incohérentes d'un coût d'équilibre du TSF ou du TSF + TSN. Ces résultats démontrent que l'utilisation prophylactique généralisée actuelle du TSN dans les principales régions américaines productrices de soja devrait être réévaluée par les producteurs et les autorités de réglementation.

On peut trouver étonnant que les auteurs écrivent – en même temps – qu'« il existe un manque surprenant d'informations sur l'efficacité des TSN dans l'augmentation du rendement du soja » et « ces travaux incluent des données sur le rendement du soja issues de 194 études [...] ».

 

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I
Comme quoi cet article confirme ce que je soupçonne : les méta-analyses faites à partir d'études biaisées ne donnent que... des méta-analyses biaisées. Mais là 23 Unversitaires... si 23 universitaires arrivent à se tromper aussi lourdement c'est très préoccupant ne pensez-vous pas ?
Répondre
S
@ Il est là le jeudi 09 janvier 2020 à 08:05<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> En langage polir, c'est "garbage in, garbage out".<br /> <br /> Quant à ces universitaires, ils ne se trompent pas : ils ont une thèse préconçue et s'emploient à la "démontrer" à l'aide d'articles de scientifiques qui ont la même idée préconçue.<br /> <br /> Oui, c'est préoccupant. Comment peut-on juger de la valeur d'un élément, pour fondamentalement le dénigrer, en se fondant sur une moyenne.<br /> <br /> En moyenne, il pleut x jours par an, x étant inférieur à 183 jours… les parapluies sont inutiles...