La critique de choc, chez Utopia, de « Le crime est presque parfait » de M. Fabrice Nicolino
Le titre complet de cet « ouvrage » de M. Fabrice Nicolino est « Le crime est presque parfait –
L'enquête choc sur les pesticides et les SDHI ».
C'est un ramassis d'accusations extrêmement graves contre l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES), l'auteur présumé du crime.
Et, bien sûr, c'est un ramassis de divagations extravagantes. En témoigne déjà la présentation de l'« ouvrage » par l'éditeur à la raison sociale très orwellienne, les Liens qui Libèrent :
« Imaginez. Vous vivez dans un pays démocratique, bardé d’institutions et d’organismes de protection, et voilà que vous apprenez l’existence des SDHI. Des pesticides qui entendent trucider champignons et moisissures dans les récoltes. Sans que vous l’ayez su, ils sont partout : sur 80% des surfaces de blé, sur l’orge, les arbres fruitiers, les tomates, les semences, les pommes de terre, les terrains de foot et de sport, les golfs.
Vous vous renseignez un peu, et vous découvrez que des scientifiques de réputation mondiale ont prévenu dès octobre 2017 les autorités. Pour eux, le danger est immense, car les SDHI s’attaquent à la fonction respiratoire de tous les êtres vivants – la SDH. Et donc aux humains, comme le démontrent des études en laboratoire. Or les atteintes à la SDH, chez nous, mènent à des maladies neurologiques épouvantables, et des cancers.
Vous êtes naïf, vous croyez dans les valeurs sacrées de la République, et vous êtes sûr que les agences de protection vont régler l’affaire en trois semaines. Tout au contraire, un silence de six mois s’installe, suivi d’une bouffonnerie d’expertise. Bouffonnerie, car les jeux sont faits d’avance : il faut en réalité sauver les SDHI et jurer qu’ils ne posent aucun problème de santé publique.
Vous êtes naïf, mais pas à ce point-là, et vous décidez de lire ce livre pour comprendre. Vous y apprendrez tout ce qu’on peut savoir d’un dossier incroyable, qui montre comme jamais que le lobby des pesticides est installé en profondeur dans l’appareil d’Etat français. Et comme vous êtes ouvert aux révélations, vous convenez avec l’auteur que quelque chose est décidément pourri au royaume de l’agriculture industrielle. Et vous concluez tout seul avec ce seul mot encore disponible, celui de révolte. Oui, un seul mot : révolte.
[...] »
M. Fabrice Nicolino est membre de la confrérie des annonciateurs de l'Apocalypse, de la corporation des amateurs de complots imaginaires, de la guilde des pourfendeurs de la société de libre entreprise (qui pourtant les choye si bien !). En conséquence, il a vu nombre de médias tendre vers lui le micro et tourner les caméras pour qu'il puisse débiter ses élucubrations, pratiquement sans contradiction (voir une exception ici).
L'un assène, l'autre relaie… (source... les gazouillis sont maintenant... « protégés »)
« Vous êtes naïf, mais pas à ce point-là, et vous décidez de lire ce livre pour comprendre » ? En fait, il faut être bien naïf pour (essayer de) comprendre en lisant ce livre...
Projet Utopia a publié sur son blog deux critiques de cet « ouvrage », une version courte et une version longue, la lecture de la deuxième ne se substituant pas à celle de la première.
Elles ont été rédigées par un agent de l’ANSES qui n’a pas participé à l’évaluation des fongicides SDHI et qui a désiré rester anonyme. Les opinions qu’il a exprimées dans ces critiques sont les siennes propres, ne correspondent pas nécessairement à l’opinion officielle de l’ANSES (si tant est qu'elle en ait une...) et ne sauraient engager l’agence.
Certains de ses propos ne laissent pas du tout entendre une connivence avec l'industrie ou une complaisance envers notre système économique. Cela ne fait que renforcer le poids de ses analyses.
Ces critiques valent vraiment la lecture.
Voici, de la version courte :
« 2/ Pourquoi l’Anses a-t-elle refusé la présence dans le groupe d’experts finalement réuni de Pierre Rustin, détenteur d’informations inquiétantes ?
Autrement dit : "pourquoi ne pas avoir demandé au lanceur d’alerte d’évaluer sa propre alerte ?"
Un certain nombre de raisons peuvent expliquer ce choix : peut-être parce l’évaluation du risque des produits pesticides ne fait pas partie de ses compétences ? Peut-être parce qu’il a déjà pu y contribuer en apportant ses éléments d’alerte ? Peut-être encore pour les mêmes raisons qui imposent que les dossiers d’homologation des pesticides soient évalués par une agence publique et indépendante et non directement par les industriels ? »
Et voici, du chapitre 5, verset 7, de la version longue :
« A propos de la rencontre à l’Anses entre les lanceurs d’alerte et les experts de l’agence, voici ses mots : "ce sera un guet-apens où les rapières seront mal cachées derrière des visages anonymes".
Ces "visages" sont tellement "anonymes" qu’il jette en pâture au chapitre suivant, et de manière complètement irresponsable, une liste d’une dizaine de noms en page 73. Ajoutons qu’en page 77, il précise qu’un chercheur témoigne : "On a fait un tour de table pour se présenter. Eux aussi". Irresponsabilité doublée de mauvaise foi lorsqu’il écrit en page 73 : "On me pardonnera l’anonymat des citations, car je ne veux embêter personne". Bref, il protège l’anonymat de ses "alliés" mais dénonce à tout va les noms de ses "opposants". Voilà une manière de faire qui n’est ni équitable, ni respectueuse. »
Et du chapitre 15, verset 1 :
« "Je radote".
Je confirme.
Cette saine lecture nous amène à interpeller les médias : quand cesseront-ils à faire la promotion de ce genre de... soyons charitables... littérature ?
Une pensée forte qui devrait faire réfléchir (source)
La FNAC a noté cet « ouvrage » 4/5 sur la base de trois avis. La division des notes par trois est juste... mais le troisième avis (cinq étoiles) se lit :
« j'aime beaucoup Nicolino
Ayant un grand nombre de bouquins à lire, je ne l'ai pas encore commencé »
Bravo « Minette »... Bravo la FNAC...
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