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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Insectes : Nature publie un torchon politicien, les insectes pris en otage

13 Janvier 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique

Insectes : Nature publie un torchon politicien, les insectes pris en otage

 

 

« Eric Andrieu a retweeté »... C'est vraiment une obsession ! Et est-ce le rôle d'un député européen de répercuter les gazouillis d'une sulfureuse association ? Vérifiez aussi ci-dessous si les auteurs ont bien évoqué une « sortie » des pesticides. Et si ce n'est pas le cas, que penser d'un député européen qui répercute des infox…

 

 

Vous avez le choix pour l'incipit : ou bien « La très sérieuse revue Nature », ou bien « La très prestigieuse revue Nature ».

 

Nature a donc publié une lettre à l'éditeur signée par quelque 70 chercheurs. Pour le fun, en voici la liste :

 

Jeffrey A. Harvey, Robin Heinen, Inge Armbrecht, Yves Basset, James H. Baxter-Gilbert, T. Martijn Bezemer, Monika Böhm, Riccardo Bommarco, Paulo A. V. Borges, Pedro Cardoso, Viola Clausnitzer, Tara Cornelisse, Elizabeth E. Crone, Marcel Dicke, Klaas-Douwe B. Dijkstra, Lee Dyer, Jacintha Ellers, Thomas Fartmann, Mathew L. Forister, Michael J. Furlong, Andres Garcia-Aguayo, Justin Gerlach, Rieta Gols, Dave Goulson, Jan-Christian Habel, Nick M. Haddad, Caspar A. Hallmann, Sérgio Henriques, Marie E. Herberstein, Axel Hochkirch, Alice C. Hughes, Sarina Jepsen, T. Hefin Jones, Bora M. Kaydan, David Kleijn, Alexandra-Maria Klein, Tanya Latty, Simon R. Leather, Sara M. Lewis, Bradford C. Lister, John E. Losey, Elizabeth C. Lowe, Craig R. Macadam, James Montoya-Lerma, Christopher D. Nagano, Sophie Ogan, Michael C. Orr, Christina J. Painting, Thai-Hong Pham, Simon G. Potts, Aunu Rauf, Tomas L. Roslin, Michael J. Samways, Francisco Sanchez-Bayo, Sim A. Sar, Cheryl B. Schultz, António O. Soares, Anchana Thancharoen, Teja Tscharntke, Jason M. Tylianakis, Kate D. L. Umbers, Louise E. M. Vet, Marcel E. Visser, Ante Vujic, David L. Wagner, Michiel F. WallisDeVries, Catrin Westphal, Thomas E. White, Vicky L. Wilkins, Paul H. Williams, Kris A. G. Wyckhuys, Zeng-Rong Zhu & Hans de Kroon

 

La lettre s'intitule « International scientists formulate a roadmap for insect conservation and recovery » (des scientifiques internationaux élaborent une feuille de route pour la conservation et le rétablissement des insectes).

 

C'est leur droit le plus absolu, et on ne saurait que leur savoir gré, mais à condition...

 

...à condition que leur feuille de route... tienne la route.

 

Ils écrivent :

 

« Nous proposons ici une "feuille de route" mondiale pour la conservation et le rétablissement des insectes (Fig. 1). Cela implique la mise en œuvre immédiate de plusieurs mesures "sans regret" (Fig. 1, étape 1) qui agiront pour ralentir ou arrêter le déclin des insectes. Parmi les initiatives que nous encourageons figurent les mesures immédiates suivantes : [...] »

 

 

 

 

Suit un catalogue à la Prévert, dont voici le début (nous divisons le paragraphe original) :

 

  • « Prendre des mesures énergiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ;

     

  • inverser les tendances récentes de l'intensification agricole, notamment en réduisant l'application de pesticides et d'engrais de synthèse et en poursuivant leur remplacement par des mesures agro-écologiques ;

     

  • promouvoir la diversification et le maintien de techniques d'utilisation des terres adaptées aux conditions locales ;

     

  • accroître l'hétérogénéité du paysage par le maintien des zones naturelles dans la matrice du paysage et assurer la rétention et la création de microhabitats dans des habitats qui peuvent être de plus en plus importants pour les insectes lors d'événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses ou les vagues de chaleur ;

     

  • réduire les menaces locales identifiées telles que la pollution lumineuse, hydrique ou sonore, les espèces invasives, etc. ;

     

  • donner la priorité à l'importation de biens qui ne sont pas produits au détriment d'écosystèmes sains et riches en espèces ;

     

  • concevoir et déployer des politiques (par exemple, subventions et fiscalité) pour inciter à l'innovation et à l'adoption de technologies respectueuses des insectes ;

     

  • appliquer des mesures plus strictes pour réduire l'introduction d'espèces exotiques et donner la priorité aux tactiques fondées sur la nature pour leur atténuation (à long terme) ; [...] »

 

Est-on encore dans le domaine de la science ?

 

Mettre en premier les GES relève à notre sens du manifeste politique.

 

Il en est de même, d'une manière générale du deuxième point. Extensifier la production agricole – en fait, la production alimentaire – a des effets complexes sur les écosystèmes. Il n'est pas dit qu'elle ait un impact favorable, en particulier si cela se traduit par une emprise accrue sur les terres (il faut bien nourrir le monde...).

 

C'est encore plus vrai de l'appel à réduire l'utilisation des engrais de synthèse. En quoi cela serait-il favorable à l'entomofaune ?

 

 

Cette image a été utilisée ici pour illustrer un article sur les effets sur le climat de la conversion au « bio » – une forme d'extensification sans nul doute contemplée par les auteurs de la lettre à l'éditeur et présentée sous des camouflages.

 

 

Le couplet sur les importations est aussi intéressant : faut-il bannir totalement l'importation d'huile de palme ? De soja brésilien accusé de détruire la forêt amazonienne, l'états-unien produit sur des terres dont les « écosystèmes sains et riches en espèces » ont été convertis à l'agriculture il y a longtemps ? On frémit à l'idée que nous devrons nous passer de chocolat...

 

Supposons que nous, Européens (la lettre est signée par de nombreux Européens), jouions aux premiers de la classe en important de l'huile de palme, du soja, etc. « certifié écoresponsable » mais que des pays continuent de mettre des terres en culture pour satisfaire une demande croissante. Où est le bénéfice pour les insectes ? Cet élément d'un catalogue pompeusement appelé « feuille de route » n'est qu'un élément pour se donner bonne conscience.

 

Curieusement, les auteurs n'ont pas fait référence à la limitation de l'artificialisation des terres et de l'urbanisation...

 

Mais ils n'ont pas oublié le plaidoyer en partie pro domo :

 

« Pour mieux comprendre les changements dans l'abondance et la diversité des insectes, la recherche devrait viser à prioriser les domaines suivants : [...] »

 

Dans le lot :

 

« établir un organe directeur international sous les auspices d'organes existants (par exemple, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) ou l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)) qui est responsable de la documentation et du suivi des effets des solutions proposées sur la biodiversité des insectes à plus long terme »

 

Grâce ! Pitié !

 

N'y a-t-il pas déjà un « machin », la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques (IPBES) ? Au fait, si nous disposons d'un résumé pour les décideurs (non finalisé...), où est le rapport de 2019 ?

 

Retour à Nature : la lettre se termine par un mouvement de menton :

 

« Nous devons agir maintenant. »

 

À l'heure où nous écrivons, le Guardian a repris l'information – avec un vigoureux massage – dans « Urgent new ‘roadmap to recovery’ could reverse insect apocalypse » (une nouvelle "feuille de route pour le rétablissement" urgente pourrait inverser l'apocalypse des insectes)... ils vont vite en besogne... C'est d'autant plus ridicule que cette « feuille de route » n'est qu'une énumération de bonnes intentions, sans réelle innovation.

 

Mais qu'ont-ils retenu en résumé au Guardian ? En chapô :

 

« L'élimination progressive des pesticides et engrais de synthèse et des réductions d'émissions agressives parmi une série de solutions décrites par les scientifiques »

 

Il n'est pas interdit de crier à l'agribashing...

 

À l'heure où nous écrivons, nous attendons avec impatience le fruit des investigations du Monde.

 

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P
Oui c'était une boulette ! Mais le reste du raisonnement l'est aussi, boulette. Car si vous êtes d'accord pour envisager que l'utilisation d'engrais, notamment azoté est une des causes de la perte de la biodiversité végétale, vous aurez du mal à expliquer la non corrélation entre biodiversité végétale et biodiversité animale, insecte compris.
Répondre
P
Prenons un point qui semble facile : pourquoi ne prendriez-vous pas 5 à 10 minutes pour "trouver beaucoup d'articles scientifiques montrant l'impact négatif des fertilisants sur la biodiversité des plantes" ? Je suis impatient de les voir...<br /> <br /> Bon, en fait c'est presque trop facile :<br /> <br /> INRA Agriculture et Biodiversité - Chapitre 1 - les effets de l'agriculture sur la biodiversité :<br /> p7 : Caractéristiques de l'intensification de l'agriculture aux échelles de la parcelle et du paysage (Tscharntke et al.2005) à la parcelle : (...) Diminution de la diversité des espèces cultivées et pour le paysage : (...) simplification des paysages ...<br /> <br /> p18: Globalement, les produits phytosanitaires de synthèse sont considérés, avec la disparition ou l'altération des habitats semi-naturels (Benton et al, 2003) , le raccourcissement des rotations et les apports de fertilisants, comme étant responsables du sévère déclin de la biodiversité dans les agrosystèmes des pays industriels (Ewald & Aebischer, 2000) <br /> <br /> p38: Néanmoins, l'accroissement des apports de fertilisants se traduit principalement à deux niveaux ; i) sur la biodiversité des organismes du sol, directement concernés par l'évolution physico-chimique de l'environnement sol, ii) sur la biodiversité des organismes liés au statut nutritionnel des plantes avec modification des chaînes trophiques. <br /> <br /> p42: la fertilisation azotée est donc considérée comme un des principaux facteur responsable de la baisse de la richesse spécifique dans les parcelles (Pysek, 2005) mais aussi dans les bordures adjacentes (Marshall & Moonen, 2002) <br /> <br /> p84: Les effets les plus étudiés de la fertilisation sur la biodiversité des prairies permanentes concernent la flore (végétaux supérieurs) Comme pour les grandes cultures, c'est la fertilisation minérale azotée dont les impacts sont les mieux connus. Il convient de noter que les derniers travaux récents (dernière décennie) se sont intéressés aux effets d'une réduction de la fertilisation, dans une perspective de la restauration de la biodiversité ...<br /> <br /> p84 Les premiers essais agronomiques conduit sur prairies () ont porté sur les effets de la fertilisation sur la composition botanique, la structure de la végétation et la production de biomasse, (...) ce qui permet d'une part de disposer d'un corpus de résultats importants (...)<br /> <br /> p85: Cet essai traduit aussi la tendance générale d'un effet positif de l'intensification de la fertilisation sur la production des prairies, et d'un effet négatif sur leur richesse spécifique d'autre part /<br /> <br /> p87: Les effets de l'azote sont les plus étudiés et les plus connus. Dans une étude sur 117 prairies allemandes, Klimek et al (2007)considèrent la suppression de la fertilisation azotée comme le plus puissant moyen de recouvrer la biodiversité dans les prairies préalablement gérées de manière intensives (...) <br /> <br /> p88 La relation entre fertilité des habitats et caractéristiques fonctionnelles des végétaux est l'une des plus étudiée et des mieux documentées (...) <br /> <br /> p88Les espèces à forte valeur patrimoniales ne font pas partie des espèces fortement compétitives favorisées par la fertilisation, et on note ainsi leur régression ou leur disparition dans les prairies fertilisées (Grevillot et al 1998; Mc Crea et al. 2004, Schnize et al 2000)
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S
@ pphilippe le jeudi 16 janvier 2020 à 02:22<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et la peine que vous avez prise de scanner ce document.<br /> <br /> J'ai l'impression d'avoir fait une boulette en écrivant "biodiversité des plantes" plutôt que "biodiversité des insectes", le sujet de l'article. Une grosse boulette !<br /> <br /> Mais il faut constater qu'il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent, question effets des fertilisants sur les insectes dans le sens suggéré par les auteurs de la lettre.
M
L'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère aurait un impact sur les populations d'insectes ? Le fait de passer en cent ans de 300 ppm à 400 ppm de CO2 change quelque chose ?<br /> Vous vous fichez du monde ? et par quel mécanisme ces malheureuses molécules de CO2 pourraient avoir le moindre effet, elles qui représentent 0,04 % en volume ?<br /> On est dans l'invocation ou la scholastique moyenageuse, pas dans le rationnel.
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S
@ Bugul Noz le mercredi 15 janvier 2020 à 20:24<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Je ne voudrais pas entrer dans un débat sur le climato-machin-chose.<br /> <br /> Je pense toutefois que l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère -- en tant que telle -- n'a aucun effet sur les insectes. En ce sens, l'observation de Murps est juste.<br /> <br /> Les changements climatiques, quelle qu'en soient les causes, en ont, évidemment.
B
@ Wackes Seppi :<br /> Merci pour votre lien mais le propos de Murps a à l'évidence une portée bien pus générale que l'effet sur les insectes : c'est le catéchisme climato-sceptique orthodoxe qui est répété ici.
S
@ Murps (email) le mardi 14 janvier 2020 à 20:25<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Une petite virée dans Google Scholar -- sur les conseils avisés d'un commentateur hypercompétent et donneur de leçons, dont on attend toujours une réponse… -- montre qu'il y a des effets sur des phytophages. La composition des feuilles, par exemple, évolue et cela a/aurait un impact sur le développement des insectes. J'observe toutefois que ces études sont à génétique inchangée du côté tant des plantes (dont l'évolution sera en toute hypothèse lente) que des insectes (avec possibilité d'évolution rapide). <br /> <br /> Mais bien malin celui qui peut tirer une conclusion générale et séparer l'action du facteur CO2 et des autres facteurs.
S
@ Bugul Noz le mardi 14 janvier 2020 à 22:41<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Piqué au hasard :<br /> <br /> Bugul Noz (email) le mardi 14 janvier 2020 à 22:41<br /> <br /> https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1046/j.1461-9555.2001.00108.x
B
Et dire qu'il y a des milliers d'articles scientifiques sur cet effet "impossible" du CO2... Luttons avec Murps contre la scolastique moyenâgeuse et fions nous au "bon sens" des commentateurs de blogs plutôt qu'à l'obscurantisme scientifique obtus !
R
Dans mon journal professionnel agricole du 03/01/2020 sous le chapeau "apiculture ": la production de miel en 2018 (je dis bien 2018) repart à la hausse . Où il est dit qu'avec 28000 t la miellée est conséquente . L'article parle de risque de saturation du marché avec un stock de 53000t très près du pic de disponibilité de 54000t en 2015 ...J'imagine que la faible récolte 2019 va ramener les choses dans la moyenne mais bien malin celui qui peut prévoir quelque chose sur cette production !
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S
@ Raùl-Hugues le lundi 13 janvier 2020 à 22:09<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et l'information.<br /> <br /> C'est curieux ! La production de miel augment justement l'année où les ventes de pesticides ont explosé...
J
ces pseudo scientifiques ne veulent pas voir que l'agriculture grace a ses progrès a permis de nourir 4 fois plus d'habitants sur Terre en utilisant toujours (a 1% près) la même surface agricole.<br /> Comme pour le Giec on ignore l'aviation et son impact en haute altitude.Il faut arreter de parler d'abeilles si nous en avions comme dans les années 1950 elles seraient bien moins nombreuses et auraient plus a manger.Certaines pétitions font penser a des associations de Cons instruits.
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S
@ jean (email) le lundi 13 janvier 2020 à 13:37<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Poser ainsi, sans nuances, une demande d'extensification de l'agriculture est en effet grotesque.<br /> <br /> Mais il m'arrive de penser que bien des gens regrettent la performance extraordinaire de l'agriculture de l'après-guerre. Sans la Révolution Verte, les Indiens et les Pakistanais se seraient tapé sur la gueule bien plus qu'ils ne l'ont fait, les Chinois seraient partis à l'assaut des pays voisins pour se procurer à manger, les famines, les émeutes de la faim… nous serions restés ou revenus sous la barre du milliard… le rêve… Ou nous aurions entièrement sisparu… le nirvana pour Yves Paccalet...<br /> <br />