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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Et si l'exposition à des pesticides était compensée par de meilleures sources d'alimentation pour les bourdons ?

7 Janvier 2020 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Abeilles, #Néonicotinoïdes

Et si l'exposition à des pesticides était compensée par de meilleures sources d'alimentation pour les bourdons ?

 

 

 

Maj Rundlöf

 

En matière d'abeilles – au sens large – et de pesticides, particulièrement de néonicotinoïdes, il y a recherche et « recherche ».

 

La première cherche à savoir, à élargir nos connaissances ; la seconde, à démontrer une idée préconçue et, souvent, à contribuer à l'activisme anti-pesticides.

 

Can Costs of Pesticide Exposure for Bumblebees Be Balanced by Benefits from a Mass-Flowering Crop? (les coûts d'une exposition à des pesticides pour les bourdons peuvent-ils être compensés par les avantages d'une culture à floraison massive ?) de deux chercheurs suédois, Maj Rundlöf et Ola Lundin, appartient à la première catégorie.

 

En voici le résumé (nous découpons) :

 

« Les cultures à floraison massive fournissent de la nourriture aux abeilles mais contiennent également des pesticides. Une telle exposition à des pesticides peut nuire aux abeilles, mais notre compréhension de la façon dont ce coût est compensé par les avantages alimentaires est limitée.

 

Pour mieux comprendre les avantages et les coûts, nous avons placé des colonies de bourdons dans 18 paysages avec des champs de trèfle violet conventionnel traité avec le néonicotinoïde thiaclopride (fleurs + pesticides), des champs de trèfle violet biologique non traité (fleurs) et des paysages dépourvus de champs de trèfle (témoins).

 

Les colonies près du trèfle traité au thiaclopride se sont davantage alourdies que les témoins dépourvus de trèfle, tandis que les colonies proches du trèfle non traité ne différaient pas des colonies dans les autres types de paysages.

 

Le traitement au thiaclopride a permis de lutter efficacement contre les ravageurs et a augmenté le nombre de visites par les bourdons. Cependant, la production de reines et de mâles par les colonies ne différait pas entre les types de paysages.

 

En conclusion, l'application de thiaclopride sur le trèfle semble présenter un faible risque pour les bourdons. Plus généralement, les néonicotinoïdes peuvent ne pas présenter la même nocivité lorsqu’ils sont utilisés dans des cultures qui fleurissent et une lutte antiparasitaire efficace et à faible risque dans ces cultures pourrait potentiellement bénéficier aux bourdons et à la pollinisation des cultures. »

 

L'article est derrière un péage. Nous ne pouvons que vous offrir ce graphique tiré des informations complémentaires.

 

 

 

 

Au risque de répéter – parfaitement assumé – voici le communiqué de presse de l'Université de Lund :

 

« L’utilisation de certains néonicotinoïdes pourrait être bénéfique pour les bourdons, selon une nouvelle étude

 

Selon des chercheurs de l'Université de Lund et de l'Université Suédoise des Sciences de l'Agriculture, les insecticides néonicotinoïdes n'ont pas tous des effets négatifs sur les abeilles. Leur nouvelle étude indique que l'utilisation de certains néonicotinoïdes pourrait être bénéfique pour les bourdons et la pollinisation.

 

 

 

Dans le cadre d’une étude sur le terrain, les chercheurs Maj Rundlöf, de l’Université de Lund, et Ola Lundin, de l’Université Suédoise des Sciences de l’Agriculture, ont trouvé que le néonicotinoïde thiaclopride n’avait aucun impact négatif détectable sur les bourdons. Lorsque l'insecticide a été utilisé sur les champs de trèfle violet, les insectes nuisibles ont été contrôlés avec succès, tandis que plus de bourdons venaient visiter et polliniser la culture.

 

L'étude a également montré que les colonies de bourdons proches des champs de trèfle violet traités au thiaclopride étaient plus grandes que les colonies dans des paysages sans champs de trèfle violet.

 

La recherche indique donc que certains néonicotinoïdes encore autorisés dans l’UE pourraient en fait bénéficier aux abeilles au lieu de leur nuire. Le risque d'impact direct sur les bourdons est faible, tandis que le thiaclopride protège les champs en fleurs où se nourrissent les bourdons.

 

"Notre étude montre que les néonicotinoïdes ne devraient pas être traités comme un groupe homogène lors de l'évaluation des risques environnementaux liés aux insecticides. Il y a des solutions de lutte antiparasitaire qui ne nuisent pas de manière décelable aux bourdons", a déclaré Maj Rundlöf.

 

Depuis le 1er décembre 2013, l'UE a interdit l'utilisation de trois néonicotinoïdes sur les cultures qui fleurissent. L'interdiction concerne la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame. La raison de l'interdiction est que les substances ont été identifiées comme nocives pour les abeilles. Au printemps 2018, l'UE a renforcé l'interdiction et désormais, les insecticides contenant l'une ou l'autre de ces trois substances ne peuvent être utilisés que dans des serres permanentes.

 

Si le thiaclopride, le néonicotinoïde récemment étudié, subit le même sort, il pourrait en résulter des conséquences négatives pour les bourdons, selon Maj Rundlöf.

 

 

 

 

"Si cette solution de lutte antiparasitaire efficace devait disparaître du marché sans qu'il y ait d'alternative adéquate, les agriculteurs produiraient probablement moins de semences de trèfle violet et cela signifierait moins de nourriture pour les bourdons", a-t-elle déclaré.

 

Le thiaclopride figure sur la liste des candidats à la substitution de l'UE, ce qui signifie qu'il pourrait être interdit dans un avenir proche. La raison en est qu'on a trouvé qu'il a des propriétés perturbatrices du système endocrinien. Cependant, Maj Rundlöf espère que les futures études pourront s’appuyer sur les résultats de cette recherche.

 

"Notre étude nuance un peu la vision sur les néonicotinoïdes. Les résultats donnent à penser qu’il existe d’autres alternatives dans le groupe des néonicotinoïdes qui ne sont pas soupçonnées d’avoir des propriétés perturbatrices du système endocrinien. Celles-ci pourraient constituer des alternatives pour une régulation efficace des parasites qui seraient néanmoins acceptables pour les pollinisateurs ainsi que pour les humains", a-t-elle conclu.

 

En France, dites « néonicotinoïde » et vous avez des députés et sénateurs et des chercheurs qui entrent en transe... D'ailleurs, « on » les a tous interdits...

 

Ola Lundin

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P
Sauf erreur, on sait depuis longtemps que l'impact du Thiacloprid et de l'Acetamiprid sur les pollinisateurs est beaucoup plus faible que celui de "leurs cousins", l'Imidacloprid et le Thiamethoxam, notamment. Ils appartiennent tous à la famille des Néonicotinoïdes mais diffèrent fortement en terme de toxicité de l'entomofaune. Le Thiacloprid et l'Acetamiprid ont d'ailleurs -ce qui va de pair- un spectre d'action beaucoup moins large, à l'égard des Coléoptères par exemple. L'erreur de l'UE est de vouloir aller trop vite en mettant tous les Néonicotinoïdes dans le même sac. Cette étude est donc intéressante et vient confirmer que le Thiacloprid devrait être conservé. Il est probable que l'on aurait eu les mêmes résultats avec l'Acétamiprid.
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S
@ Patsivex le jeudi 09 janvier 2020 à 09:04

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il me semble que l'erreur est plutôt française… et qu'elle cherchera à l'imposer à l'Union Européenne.

Cela dit, je suis toujours ébahi devant le fait que les apiculteurs de l'Alberta (surtout des professionnels) ne se sont pas associés aux gesticulations des apiculteurs de l'Ontario (beaucoup d'amateurs) dans leur croisade contre les néonics.

J'aimerais voir un jour une étude comme celle qui vient d'être faite sur l'enrobage des semences de colza avec par exemple de l'imidaclopride.
I
Du coup on doit faire une pétition sur change.org pour demander à l'UE de ne pas retirer ce néonicotidoine ?

NB rien à voir avec l'article mais qq'un connaît la position officiellement de l'Université des Sciences de l'Agriculture Suédoise sur l'élevage ? Je serai intéressé :)
Répondre
S
@ Il est là le mercredi 08 janvier 2020 à 08:18

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

1. Aucune chance de réussite.

2. Je ne sais pas. Mais je suppose qu'un établissement académique n'a pas de position officielle.
D
Si je ne m'abuse, c'est le même phénomène que l'on voit poindre en France: avec les diverses interdictions de produits phytos, on pénalise la diversité culturale dont les abeilles seront les victimes collatérales.
Je pense par exemple au colza qui devient plus compliqué à mettre en place.
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S
@ douar le mardi 07 janvier 2020 à 09:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est exact. Certains observateurs s'inquiètent d'une diminution de la sole de colza, faut de protection phytosanitaire efficace.

Quand certaine union d'apiculteurs gesticule sur les pesticides, la mortalité et la diminution des récoltes de miel, ils se réfèrent toujours à une année où la sole de tournesol a été très importante.