Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Toujours en attente de l'approbation du riz doré pour pouvoir le semer

15 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Riz doré

Toujours en attente de l'approbation du riz doré pour pouvoir le semer

 

Rosalie Ellasus*

 

 

 

 

Le Bangladesh est sur le point** de prendre l'une des décisions les plus importantes de l'histoire des cultures GM : il pourrait devenir le premier pays à commercialiser et à cultiver du riz doré.

 

Cette culture miracle promet de sauver des vies et de prévenir la cécité chez les enfants. Contenant du bêta-carotène dans les grains jaunes qui lui donnent son nom, le riz doré a le potentiel d'éliminer les carences en vitamine A qui causent tant de souffrances dans le monde en développement.

 

Le bilan est énorme : environ un million de personnes meurent chaque année parce que leur nourriture ne leur fournit pas assez de vitamine A. La plupart d'entre elles sont des enfants. Un demi-million de personnes supplémentaires deviennent aveugles.

 

J'ai observé de près la pauvreté, la malnutrition et les maladies ici aux Philippines, où je suis une agricultrice qui produit du maïs et du riz. Plus d'un sur cinq de mes compatriotes philippins vit dans une pauvreté extrême. La situation est encore pire au Bangladesh. Son PIB par habitant est environ la moitié de celui dont nous jouissons aux Philippines.

 

La pauvreté est une cause profonde de la malnutrition et la malnutrition est à l'origine de nombreux problèmes graves ayant des conséquences à long terme. Elle peut freiner la croissance de bien des manières cauchemardesques, réduire la stature physique ainsi que les capacités mentales. Dans les pires cas, elle tue.

 

La bonne nouvelle est que le riz doré contribuerait à la consommation de vitamine A dans les pays pauvres où le riz est un aliment de base. Son approbation réglementaire garderait les gens en vie et leur vision intacte. Tout ce qu'ils devraient faire, c'est de continuer à manger les plats à base de riz comme ils le font aujourd'hui.

 

La science montre que le riz doré est sûr. Nous l'avons étudié pendant deux décennies. Les régulateurs de l'Australie, du Canada, des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande l'ont accepté – mais presque personne dans ces pays n'a besoin de riz doré. Ils ont suffisamment de vitamine A dans leur alimentation, il n'y a donc pas de marché commercial.

 

La situation est différente en Asie. Ici, le riz doré aiderait des centaines de millions de personnes dans des pays comme l'Inde, l'Indonésie et le Vietnam.

 

Le Bangladesh et les Philippines en bénéficieraient également ; c'est pourquoi les scientifiques de nos deux pays ont étudié le riz doré et poussé à sa commercialisation. J'ai aussi essayé de faire ma petite part, écrivant en faveur du riz doré ici et ici.

 

Il y a plusieurs semaines, on a annoncé que le Bangladesh ferait une annonce importante sur le riz doré le 15 novembre. Prévoyant son approbation réglementaire, les médias du monde entier ont préparé la couverture de l'événement. Le Bangladesh deviendrait-il vraiment le premier pays en développement à accepter cet OGM ? D'autres pays suivraient-ils alors son exemple, approuvant la culture pour leurs propres agriculteurs et son utilisation par les consommateurs ?

 

Pourtant, le 15 novembre est venu et est parti sans annonce. Peut-être qu'une décision arrivera la semaine prochaine, ou peut-être le mois prochain. Nous ne savons tout simplement pas.

 

Nous en restons au même point, coincés dans une incertitude exaspérante – ayant identifié un problème grave, connaissant une solution spécifique et condamnés à ne rien faire.

 

Les raisons du retard du Bangladesh ne sont pas claires, mais il est facile de spéculer sur les pressions politiques auxquelles sont confrontés ses décideurs. Ici aux Philippines, des militants écologistes mal informés ont détruit un site d'essai de riz doré en 2013. Adhérents d'une idéologie qui refuse de tolérer une enquête scientifique, ils ont lancé une attaque violente contre un outil capable de lutter contre la malnutrition – et leurs tactiques extrêmes ont malheureusement réussi à retarder l'approbation du riz doré.

 

Je cultive du maïs GM dans ma ferme depuis des années. Je le préfère parce qu’il a protégé mes cultures des ravageurs qui l’auraient détruite, me permettant de produire plus de nourriture sur moins de terres. C’est bon pour l’environnement ainsi que pour la sécurité alimentaire de mon pays. C’est aussi bon pour moi en tant qu’agricultrice. Le revenu supplémentaire m'a aidé à payer l'éducation de mes enfants.

 

J'adorerais avoir la possibilité de semer du riz doré – et j'espère qu'une approbation au Bangladesh mènera à une approbation aux Philippines.

 

Un nouveau livre d'Ed Regis – un écrivain scientifique titulaire d'un doctorat en philosophie – plaide de manière convaincante en faveur de cette culture innovante. « Les effets du refus, de la procrastination ou du retard du développement du riz doré par une réglementation exagérément prudente ont imposé des coûts déraisonnables en termes de vues et de vies perdues », écrit-il dans « Golden Rice: The Imperiled Birth of a GMO Superfood » (riz doré : la périlleuse naissance d'un super-aliment GM), publié par Johns Hopkins University Press.

 

Il est temps d'arrêter les souffrances et d'adopter le riz doré. J’espère que le Bangladesh fera la bonne chose et nous montrera le chemin.

 

_____________

 

Rosalie Ellasus

Agricultrice, San Jacinto, Philippines

 

Rosalie Ellasus est une agricultrice de première génération qui produit du maïs et du riz à San Jacinto, aux Philippines. Rosalie permet à sa ferme d'être utilisée comme site de démonstration permettant aux petits agriculteurs de visiter et d'apprendre. Elle est actuellement présidente de la Fédération Philippine du Maïs et membre du Réseau Mondial d'Agriculteurs – la Vérité sur le Commerce et la Technologie.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/11/still-waiting-for-approval-to-plant-golden-rice/

 

 

** Cet article a été publié le 21 novembre 2019. Les autorités du Bangladesh ont, semble-t-il, trouver un autre motif de procrastination : le décès d'un membre d'un membre du Biosafety Core Committe. Selon une source, certains membres restent sceptiques et se demandent, par exemple, pourquoi le riz doré serait nécessaire alors que les gens pourraient manger plus de légumes. Réponse ici et dans le documentaire Well Fed.

 

On tourne en rond. C'est désespérant. Et pendant ce temps, la carence en vitamines A fait des victimes.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

max 15/12/2019 20:10

"par exemple, pourquoi le riz doré serait nécessaire alors que les gens pourraient manger plus de légumes."
Un des arguments utilisé par greenpeace contre le riz doré, signe de l'influence de cette ONG sur la procrastination au Bangladesh.

Seppi 21/12/2019 14:47

@ fm06 (email) le lundi 16 décembre 2019 à 19:03

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais il me semble que le mot de Marie-Antoinette était tout à fait rationnel et a été dévoyé de son intention et sens premiers.

C'était en gros : il n'y a plus de pain bis, ordinairement consommé par les Parisiens… qu'on leur donne du pain blanc encore disponible.

Seppi 21/12/2019 14:40

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Entièrement d'accord. La plupart de ces "ONG", bien-pensantes au départ, finissent par devenir des machines dont le seul objectif est de se perpétuer.

Et, bien sûr, pas question de faire amende honorable, même quand les faits sont éclatants.

Seppi 21/12/2019 14:29

@ Il est la le lundi 16 décembre 2019 à 08:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je pense qu'ils s'en moquent...

Seppi 21/12/2019 14:26

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Greenpeace ne se met plus en avant dans ces pays mais il y en a d'autres qui y sont très actifs, GRAIN et ses "honorables" correspondants locaux notamment.

L'argument du "manger plus de légumes", on l'a vu notamment dans "Well fed". Et la réponse est donnée dans un communiqué de presse de l'IRRI que j'ai traduit.

max 16/12/2019 21:09

Oui, dire que manger des légumes serait la solution est un mépris intolérable pour ces population. Le fait que des médias soient complaisent envers de telles arguments est encore plus minable.

Au fait, j'ai vu que vous avez traduis un article pour contrepoints.
https://www.contrepoints.org/2019/12/14/360302-greta-thunberg-personnalite-de-lannee-pour-le-time-ne-nous-emballons-pas