Sésame s'est ouvert sur les « microfermes »
Est-ce un hasard ? Probablement pas.
Le 21 novembre 2019, RTBF – Radio-télévision Belge de la Communauté Française – publie « Epuisée, Pauline arrête le maraîchage bio deux ans après s'être lancée ». La vérité toute crue, en tout cas pour de nombreux idéalistes qui se sont lancés, se lancent ou envisagent de se lancer dans le maraîchage à petite échelle, style Martine à la ferme.
Et la RTBF a enfoncé le clou avec « Du circuit court au court-circuit : la galère des jeunes maraîchers bio wallons »
En fait, en regardant bien, on trouve des articles dans les médias régionaux sur ces cessations d'activité. Par exemple :
Bien sûr, on trouve aussi bien plus d'articles dithyrambiques sur cette activité, souvent d'une naïveté déconcertante. Ainsi, « Le maraîcher de Sommery utilise à 80% la traction animale ». Naïveté ?
« Afin de développer son activité et gagner en autonomie, il envisage d’acheter une kassine et éventuellement un autre tunnel. Pour cela, il a fait appel au financement participatif avec la plateforme Miimosa. »
Souvent à la base de ces systèmes : de longues heures de travail, du bénévolat et du travail dissimulé, des financements « participatifs ». Pour certains, bien en vue, des activités annexes comme les stages de formation, les livres...
(Source)
Un gazouilleur a ressorti de l'ombre « [Microfermes] On perd une énergie folle ! », un point de vue que nous partageons. En résumé :
« Pourfendeur des simplifications médiatiques autour des microfermes, Philippe Baret, professeur, Agro de Louvain-la-Neuve (Belgique), doute, en l’état actuel des connaissances, de la pertinence du modèle de maraîchage sur de petites surfaces. Et pointe du doigt l’écran de fumée que crée le sujet. »
C'est un article d'un numéro de Sésame consacré aux micrfofermes publié en mai 2017.
On y trouvera aussi des témoignages de gens engagés dans ce mode de production, ainsi que « [Microfermes] Hypermodernité économique », un point de vue de M. François Léger, enseignant-chercheur à AgroParisTech. Retenons-en l'opinion finale :
« Quelles sont, selon vous, les limites au développement de ces microfermes ?
Sur le territoire français, on pourrait sans doute aller jusqu’à 250 000 très petites fermes, comme le proposent certains. Sauf qu’on ne trouvera peut-être jamais 250 000 candidats "sérieux" à l’installation. Et plus leur nombre augmentera, plus la question de l’accès au foncier et du risque de saturation des débouchés locaux deviendront problématiques. A mon avis, la très petite agriculture de proximité a un réel avenir, parce qu’elle s’inscrit dans une hypermodernité économique où la question du sens écologique et humain est déterminante. Pour autant, son développement impose une recomposition des relations agriculture-société au niveau local. Ce qui est en jeu n’est pas la substitution totale immédiate, mais le remplacement progressif et partiel des modes de production actuels par ce type de systèmes. Cela commence dans les territoires abandonnés par l’agriculture industrielle. Autrefois, c’étaient les Cévennes, aujourd’hui c’est partout, en particulier dans les zones périurbaines ou urbaines où les attentes en matière de redéfinition des systèmes alimentaires sont aussi les plus fortes. »
(Source)
Selon l'introduction à l'article, M. François Léger aurait livré « un regard distancié sur la question des microfermes ». Distancié il l'est, en effet... il faut oser rêver à un « remplacement progressif et partiel des modes de production actuels par ce type de systèmes ». Les modes de production à la mode, médiatisés et surmédiatisés, contribueront sans doute à l'approvisionnement d'une partie de la société en légumes (bio, locaux et de saison), mais il ne faut pas compter sur eux pour l'essentiel de notre alimentation : les calories et les protéines.
Mais nous aimons bien l'« hypermodernité économique ». C'est la traduction dans le domaine économique de la post-modernité et du relativisme. À chacun sa vérité, même si elle contrevient aux règles élémentaires de l'économie.
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