Médias et « cause animale » : y a-t-il encore des rédac' chefs ?
Le 20 ou le 21 novembre 2019, l'association L214 – subventionnée pour un montant à sept chiffres par une fondation états-unienne liée à des investissements dans la « viande artificielle... et ayant même bénéficié d'un coup de pouce de France 2 – a mis en ligne une « Enquête dans un élevage de cochons du Finistère ». Objectif ?
« L214 révèle aujourd’hui des images tournées en septembre 2019 dans un important élevage intensif de cochons du Finistère (élevage du groupe Triskalia). Yann Arthus-Bertrand commente cette nouvelle enquête.
Choqué par les images, il lance, aux côtés de L214, un appel aux candidats des prochaines élections municipales. Il leur demande de s’engager à écarter la viande et autres produits animaux issus des élevages intensifs de la commande publique, notamment pour les cantines scolaires. Il appelle également à augmenter la fréquence des repas végétariens. »
L214 ratisse large, très large, dans son opération de lynchage médiatique, de name and shame :
« Cette ferme XXL [...] est affiliée à la coopérative Triskalia, fournisseur de référence des abattoirs de l’entreprise Bigard-Socopa.
[…]
De nombreux antibiotiques sont utilisés (certains sont classés d’importance critique par l’OMS). Des hormones de croissance (dexaméthasone, produit dopant interdit pour les sportifs) sont également présentes dans l’élevage. »
Qu'en est-il exactement de l'élevage ? Nous ne nous prononcerons pas sur la base de quelques images soigneusement sélectionnées, montées et mises en perspective.
Dans un élevage de 800 truies reproductrices et de 8.000 porcs charcutiers, trouver un animal mort, y compris au milieu de ses congénères ou devant quelques déjections ne doit pas être très compliqué. Cela ne dit évidemment encore rien de la conduite de l'élevage, ni d'une éventuelle maltraitance. L214 ayant décidé de porter plainte (si nous avons bien compris ce que rapporte la presse, après sa gesticulation médiatique), nous en saurons plus, on l'espère bientôt.
Cette image correspond-elle à un élevage qui serait « dans un état d’hygiène déplorable : enclos crasseux, accumulation de déjections, profusion de mouches, eau stagnante... » (source). Pourquoi la truie est-elle dans une cage ? On vous l'explique ici.
Cette image fera certainement pleurer dans les chaumières. Reflète-t-elle une maltraitance ou un comportement coupable de l'éleveur ?
Cet événement a bien sûr été rapporté par les médias locaux, y compris des chaînes de radio et de télévision à implantation locale comme France 3. Mais aussi par bon nombre de médias d'audience nationale.
L'un des premiers a été, semble-t-il, l'Obs avec « L214 dénonce les conditions épouvantables dans un élevage intensif de porcs du Finistère » (selon l'URL, « des cadavres de porcs jonchent le sol »). Il a de toute évidence oublié de vérifier la crédibilité des allégations de L214 et de son porte-voix, l'hélicologiste, en principe repenti, Yann Arthus-Bertrand. Mais il n'a pas oublié leur appel politique aux candidats aux prochaines élections municipales...
Libération a suivi avec « Elevage de porcs : l’enfer dedans, les risques dehors », un subtil exercice d'agribashing. En chapô :
« Tandis que la Confédération paysanne dénonce de nouvelles contraintes pénalisantes pour l’élevage de porcs en plein air, L214 révèle ce jeudi les scandaleuses conditions de vie de ces animaux dans une exploitation industrielle bretonne. »
Le début de l'article est ébouriffant et, à notre sens au vu des vidéos diffusées par L214, diffamatoire :
« C’est dans l’un des plus gros élevages porcins du Finistère que des images, diffusées par l’association L214, ont été tournées en septembre dernier. Elles laissent sans voix : les animaux y vivent dans la crasse, du sol au plafond. Dans cet environnement putride où pullulent les mouches, piétinant dans leurs déjections, on voit des cochons blessés, malades, souffrant de plaies infectées. Des cadavres d’adultes en décomposition gisent au sol au milieu des vivants, un bac déborde de porcelets morts. [...] »
Un mot tout de même sur les récriminations de la la Conf' contre... les mesures d'ordre sanitaire pour protéger le cheptel porcin de la peste porcine africaine :
« Pour Emilie Dequiedt, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, de telles mesures protègent l’élevage industriel, dans lequel les cochons sont perpétuellement confinés, et clouent au pilori ceux qui offrent une alternative à l’intensif. »
Irresponsable !
De nombreux médias se sont fondés sur une dépêche de l'AFP (l'Express, par exemple). Le Huff fait fort en postant deux vidéos, dont une avec des images d'un élevage du Maine-et-Loire... on ne se refuse rien...
Ces médias ont-ils vérifié, en particulier, le couplet sur les antibiotiques et les hormones de croissance ? Il s'agit pourtant d'une accusation grave.
De la teinture d'iode !? Grand Dieu !
(Source)
Les informations ont été diffusées par les médias locaux et la presse agricole : « Drôme : quatre bâtiments agricoles incendiés en moins de 48 heures » titre par exemple France 3 Régions.
Dans l'un des bâtiments, 23 bovins ont péris dans la nuit du 22 au 23 novembre 2019. Dans un autre, « un élevage de porcs [...] a échappé de justesse aux flammes, les pompiers ayant pu empêcher l'incendie de se propager "in extremis". »
France 3 Auvergne-Rhône-Alpes écrit :
« La gendarmerie privilégie dans chaque cas la piste criminelle. "A chaque fois on a le même profil de bâtiment visé : des exploitations isolées, proches de la route, reculées des villages. On écarte toute probabilité de cause accidentelle," rapporte un officier de gendarmerie. La Brigade de Recherche de Crest (26) et ses moyens techniques sont mobilisés pour procéder aux investigations criminelles sur le site de Montoison ce dimanche, et une enquête est menée par le groupement de gendarmerie de la Drôme. Parmi les hypothèses envisagées, les actes d'un pyromane, une vengeance dans un contexte agricole, ou, surtout, des "ultras" anti-spécistes, qui ne revendiqueraient pas leurs actions.
Qu'en firent les médias nationaux ? Rien !
Osons la question : est-ce parce qu'il y a l'hypothèse des « "ultras" anti-spécistes » ? Une hypothèse qui suffit pour écorner la belle image que veulent se donner les gentils défenseurs des zanimaux et interférer avec leurs pressions politiques.
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