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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Monde Planète : zut, nous avons publié un article sur le Kenya et le cotonnier GM

27 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #Afrique

Le Monde Planète : zut, nous avons publié un article sur le Kenya et le cotonnier GM

 

On ignore... on référence... on enlève... on remet...

 

 

Le début de la page Planète tel qu'il se présentait le 24 décembre 2019 peu avant midi. Dans la matinée, l'article sur le cotonnier Bt au Kenya avait été mis en valeur. Puis... la suite ci-dessous.

 

 

Nos pérégrinations matinales du 23 décembre 2019 sur des comptes Twitter susceptibles de nous livrer des informations intéressantes nous ont aiguillé vers « Le Kenya approuve pour la première fois une culture OGM ».

 

En chapô :

 

« Le pays, qui interdisait jusqu’ici les OGM, a décidé d’autoriser le coton transgénique. Il rejoint ainsi la poignée d’Etats africains commercialisant ces cultures. »

 

C'est un article de bonne facture publié le 22 décembre 2019 en début d'après-midi. Il est du clavier de Mme Marion Douet, une correspondance de Nairobi.

 

Il a le mérite de rappeler l'origine du problème :

 

« Il s’agit pourtant d’un tournant politique et écologique majeur. Les organismes génétiquement modifiés (OGM) étaient interdits au Kenya depuis 2012. Le pays, qui semblait plutôt ouvert aux cultures transgéniques (il s’était notamment doté d’une loi de biosécurité en 2009), avait pris peur à la suite de l’étude du biologiste français Gilles-Eric Séralini établissant des risques accrus de mortalité chez des rats nourris au maïs OGM. Nairobi avait interdit toute importation de produit transgénique, qu’il s’agisse de denrées ou de semences destinées à la production. Seule la recherche, très encadrée, avait pu continuer. »

 

Mais il est un peu court sur la suite donnée à cette fameuse « étude » dont il est dit qu'elle :

 

« avait a posteriori été "largement discréditée" par l’Union européenne (en l’occurrence par l’Autorité européenne de sécurité des aliments). »

 

Non, elle a été démolie par une large partie de la communauté scientifique et rationnelle, à l'exclusion des adeptes de la foi anti-OGM et anti-pesticides.

 

Et, incidemment, il faudra un jour faire le bilan de ce que l'activisme anti-OGM, et anti-technologie en général, aura coûté à l'humanité. Notons aussi qu'il y a eu une grossière tentative de sabotage en juin 2019, sous le camouflage de la promotion de l'agro-écologie, à laquelle M. Gilles-Éric Séralini a participé par une vidéo-conférence (voir ici et ici). Ce monde-là ose vraiment tout.

 

C'est l'occasion de râler contre une manie – et manipulation médiatique –, celle des renvois à des articles antérieurs. Le réalisateur de la page Internet invite ainsi les lecteurs à lire « L’affaire Séralini ou l’histoire secrète d’un torpillage » – un truc complotiste de deux Stéphane, Foucart et Horel, d'octobre 2017. Il le fait doublement, par un lien et un encart.

 

On nous renvoie aussi à deux articles de 2016 sur l'échec (allégué) du cotonnier Bt au Burkina Faso, « Les OGM filent un mauvais coton au Burkina Faso » et « Burkina Faso : les leçons à tirer de la fin du coton transgénique ». Pendant combien de temps nous rebattra-t-on les oreilles avec le seul « échec » du cotonnier Bt au monde, dont les tenants et aboutissants sont toujours largement inconnus ?

 

Quoi qu'il en soit, Mme Marion Douet expose avec pertinence et en insistant (ici, bis repetita placent) l'enjeu économique. Voici le premier paragraphe sur la question :

 

« L’autre argument est industriel. La commercialisation du coton BT "contribuera également à dynamiser le volet industrie du programme Big Four, au sein duquel le Kenya souhaite s’établir en leader régional dans la production de textile et de vêtements", précise également le communiqué de la présidence. Grand mantra politique d’Uhuru Kenyatta, le Big Four établit quatre priorités pour son second mandat : santé, logement, sécurité alimentaire mais aussi développement de l’industrie. »

 

Faut-il regretter une lacune, un manque d'équilibre de l'article qui cite des opposants aux OGM mais pas les représentants des milieux agricoles et de la recherche, lesquels ont aussi des points de vue à faire valoir ? Il est vrai que les premiers sont sur le radar des médias (d'y être est du reste un de leurs objectifs essentiels), alors que les seconds peinent à se faire entendre.

 

Le message passe cependant par le canal de la présidence :

 

« "La culture commerciale du coton BT [une variété OGM créée par la firme américaine Monsanto] doit permettre aux fermiers d’obtenir de meilleurs revenus grâce à une augmentation de la production", explique sobrement la présidence. »

 

Le secrétaire principal à l’agriculture (équivalent d’un vice-ministre) Hamadi Boga est également cité :

 

« Ces recherches ont permis d’observer "des rendements supérieurs de 30 %" par rapport au coton conventionnel. »

 

Bien des lecteurs du Monde déconnectés des réalités agricoles auront sans nul doute de la peine à saisir ce que cela représente pour un agriculteur pauvre (ou même aisé) du Kenya.

 

Quant aux « antis », nous retiendrons Greenpeace...

 

« En octobre, conscient de "tractations en coulisse", Greenpeace appelait au contraire le gouvernement à maintenir l’interdiction afin d’empêcher "une prise de contrôle du système alimentaire par les entreprises". Selon nos informations, le ministère de la santé s’opposait à celui de l’agriculture. »

 

Il faut oser l'argument éculé de la « prise de contrôle »... de plus « du système alimentaire » pour une plante industrielle...

 

Est aussi évoquée Mme Mariam Mayet pour un propos ambigu (« L’industrie reste extrêmement frustrée en Afrique »). Mariam Mayet ? Fondatrice du Centre Africain pour la Biodiversité (ACB), où elle émarge aujourd'hui en tant que directrice exécutive. Nous l'avions rencontrée dans Jeune Afrique, qui avait précisé qu'elle parlait – au sujet d'une « colonisation OGM » – depuis « une terrasse ensoleillée d’un quartier bobo de Johannesburg ». Quartier bobo ? Presque tout est dit...

 

L'article conclut sur une note positive (mais incomplète) : une référence à quelques initiatives prises ou en cours dans les pays d'Afrique subsaharienne.

 

Ah oui, mais une note positive sur les OGM – en l'occurrence une excellente nouvelle pour les cotonculteurs kényans et l'économie kényanne – ne peut qu'être négative pour les piliers du Monde Planète...

 

Nos pérégrinations matinales du 23 décembre 2019 nous ont évidemment mené à la page d'accueil du Monde Planète. Stupeur ! Cet article n'y était pas référencé, ni dans la rubrique « Agriculture & Alimentation ».

 

Dans l'après-midi du 23, il était référencé dans l'index chronologique... puis il disparut...

 

Dans la matinée du 24 décembre, il eut toutefois l'honneur de figurer parmi les quatre articles mis en exergue... puis il disparut, et ce, également de l'index chronologique... pour réapparaître dans l'index chronologique à midi.

 

 

Le référencement de l'article tel qu'il se présentait le 24 décembre 2019 à midi.

 

 

À 13 heures, il était de nouveau mis en exergue...

 

Mais peut-être est-ce le système informatique qui fait des caprices...

 

L'article a été publié dans la version papier du Monde. Mais le 25 décembre 2019, vers 13h30, il était déférencé de la page Planète... À 18h30, il était de nouveau visible...Vraiment capricieux ce système...

 

 

Le référencement de l'article tel qu'il se présentait le 24 décembre 2019 à 18h30.

 

 

Post scriptum

 

Le Monde, avec AFP, a aussi publié le 23 décembre 2019, « Claude Cochonneau, président des chambres d’agriculture, est mort ». Une bien triste nouvelle.

 

À l'heure où nous écrivons, il y a cinq commentaires et une réaction à l'un d'eux.

 

Nous nous associerons sans peine – ou plutôt avec, mais dans un autre acception – à la pensée de M. Paul Henri Eche qui écrit : « Une pensée à la famille ».

 

Il en est d'autres... Sur RTL, c'est deux sur deux... Quand on en arrive à déverser sa haine de l'agriculture qui nous nourrit sur un défunt et que les médias ne suppriment pas les commentaires ignobles, on ne peut que conclure : « Pauvre France ».

 

 

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Il est là 28/12/2019 09:50

Et beh si un jour on fait le bilan des lobbies anti-OGM sûr que certains risquent de se mordre les doigts.

Sinon j'ai vu la page RTL sur la mort de Claude Cochonneau. Effectivement, les deux commentaires sont, affligeants. Un jour il faudra bien ficher ces haineux des agriculteurs et leur interdire d'acheter à manger jusqu'à ce qu'il demande pardon, en attendant, ils feront tout pousser eux-mêmes vu qu'apparemment ils sont mieux que les agriculteurs. Et dire que fut un temps j'avais aussi cette mentalité...

Seppi 29/12/2019 18:31

@ Il est là le samedi 28 décembre 2019 à 09:50

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non, pas de fichage…