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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'AAAS attribue finalement son Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques aux Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana

12 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

L'AAAS attribue finalement son Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques aux Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana

 

 

En février dernier, dans « Envoyé Spécial, glyphosate au Sri Lanka et prix de l'AAAS : avoir raison à tout prix, c'est un métier ! – Et une nouvelle théorie de complot de Monsanto est en marche... », nous vous avions informé d'un joli pataquès.

 

Acte 1 : L'AAAS, l'American Association for the Advancement of Science, annonce le 4 février 2019 qu'elle décerne son Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques à deux chercheurs sri-lankais, les Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana, pour leurs activités en relation avec une néphropathie qui affecte certains Sri-Lankais.

 

Acte 2 : Des chercheurs et des membres de l'AAAS protestent. Version complotiste : la main de Monsanto...

 

Acte 3 : L'AAAS décide de suspendre la remise du prix et de réévaluer son choix.

 

 

(Source)

 

 

Quelle en était la cause ? Essentiellement un communiqué de presse dont voici le début :

 

« La lutte contre des herbicides mortels remporte le Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques de l'AAAS 2019

 

Deux chercheurs en santé publique qui ont combattu de puissants intérêts commerciaux pour découvrir les effets mortels des herbicides industriels, résoudre un mystère médical et protéger la santé des communautés agricoles du monde entier, recevront le Prix 2019 de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques décerné par l'Association Américaine pour l'Avancement de la Science.

 

Les Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana ont fait face à des menaces de mort et à des allégations d'inconduite en recherche en cherchant à déterminer la cause d'une épidémie de maladie rénale qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dans leur pays, le Sri Lanka, et dans le monde. Leur plaidoyer a finalement abouti à l'interdiction du coupable, l'herbicide appelé glyphosate, dans plusieurs pays touchés.

 

"Redresser un tort lorsque des intérêts financiers importants sont en cause et que le déséquilibre de pouvoir entre l'industrie et les individus est en jeu constitue la combinaison unique de rigueur scientifique, de persistance professionnelle et d'acceptation de risques personnels démontrée par les deux scientifiques reconnus par le prix de cette année", déclare Jessica Wyndham, directrice du Programme Responsabilité Scientifique, Droits de l'Homme et Droit de l'AAAS. »

 

Il aura fallu quasiment le temps d'une gestation humaine à l'AAAS pour prendre une décision. Elle a été communiquée le 1er novembre 2019 comme suit :

 

« Déclaration de l'AAAS sur le Prix 2019 de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques

 

L'Association Américaine pour l'Avancement de la Science a décerné le Prix 2019 de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques à Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana, qui ont enquêté dans des conditions difficiles sur un lien possible entre le glyphosate et l'insuffisance rénale chronique. La communication de l'AAAS annonçant l'attribution de 2019 plus tôt cette année comprenait des déclarations trompeuses concernant un lien de causalité entre le glyphosate et l'insuffisance rénale chronique. Les chercheurs ont suggéré une association, mais un lien de causalité n’est pas concluant à ce jour. Le prix était en cours d'examen depuis février. »

 

L'AAAS ne revient donc pas sur les nominations, mais rembobine tout son laïus sur les allégations relatives à la nature des résultats obtenus par les deux chercheurs – et par voie de conséquence sur la mise en cause du glyphosate – et les pressions qui auraient été exercées sur les chercheurs.

 

Cette décision n'a pas fait l'objet d'un gazouillis sur Twitter de la part de l'AAAS... Discrétion sur ce qui est en vérité, pour elle, un camouflet camouflé.

 

On se souviendra – ou on le relira – que l'attribution de ce prix avait donné lieu à un déchaînement, en partie nauséabond, de quelques équipiers d'Envoyé Spécial. Pensez-donc, M. Channa Jayasumana avait « témoigné » de la dangerosité du glyphosate dans l'ignoble émission de 17 janvier 2019, « Glyphosate : comment s'en sortir ? ». Ce prix ne pouvait que constituer la preuve éclatante de la justesse des thèses colportées par l'émission – avec le concours, rappelons-le, de M. Gilles-Éric Séralini, d'experts en toxicologie comme M. Djamel Debbouze et Mme Julie Gayet, et de « glyphotests » dont il est quasiment prouvé qu'ils n'ont aucune valeur.

 

L'un d'entre eux a remis le couvert... et cela vient avec une invitation à revoir la séquence sur le glyphosate au Sri Lanka :

 

« Tristan Waleckx a retweeté Retraction Watch

 

Son prix avait été suspendu en début d'année suite à une violente campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, finalement le Dr Jayasumana se voit ré-attribuer sa récompense par la prestigieuse AAAS (éditrice de la revue Science) pour ses travaux sur le glyphosate »

 

 

(Source)

 

 

Ces gens n'avaient pas compris – ou voulu comprendre – en février 2019 qu'un prix récompensant la ténacité d'un chercheur face à l'adversité n'est pas une reconnaissance de la valeur de ses travaux. Aujourd'hui, il y en a un qui n'a pas compris – ou veut ne pas comprendre – que si l'AAAS sauve les apparences pour elle-même, elle discrédite au moins celui qui aura fait des déclarations tonitruantes à Envoyé Spécial.

 

Par ailleurs, M. Channa Jayasumana a déclaré à Mongabay que « le long réexamen par les pairs ordonnée par l’AAAS à la suite de la suspension conformait ses travaux et ceux de Gunatilake et montrait que "la science a prévalu" » quand la seule interprétation possible du communiqué de presse de l'AAAS ne permet comme conclusion que l'exact opposé.

 

Avoir raison à tout prix, c'est un métier !

 

 

Un autre morceau de bravoure... (Source)

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J
c'est fait , on a basculé dans l'obscurantisme..
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> On y était déjà au début de l'année, s'agissant de ce prix. L'AAAS a voulu se sortir du pétrin en sauvant la face : nous maintenons le prix, mais éliminons tout le laïus. Moyennant quoi, tout compte fait, il s'en sont mis eux-mêmes plein la figure.<br /> <br /> Et pour basculer dans l'obscurantisme, on est servi… Sainte Greta, par exemple.