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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Intrusions dans les bâtiments d'élevage : pourquoi les vidéos clandestines ne sont pas une réponse

15 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage, #Activisme

Intrusions dans les bâtiments d'élevage : pourquoi les vidéos clandestines ne sont pas une réponse

 

Casey Kinler*

 

 

 

 

Ils ont deux visages, portent deux chapeaux, sont munis d'une caméra vidéo cachée et ont un objectif : mettre hors service toutes les exploitations agricoles qui produisent de la viande, du lait et des œufs. Des militants des droits des animaux s'infiltrent dans des exploitations agricoles des États-Unis et du Canada en y prenant un emploi sous de faux prétextes pour aider des groupes de défense des droits des animaux à produire des campagnes à partir de vidéos tournées clandestinement.

 

 

Carte des vidéo clandestines (l'article date de juin 2015)

 

 

Au cours des deux dernières semaines, j'ai regardé plus de 90 vidéos clandestines du début à la fin et recherché dans les médias des reportages sur chaque vidéo, la façon dont l'entreprise a réagi et les mesures prises après la diffusion de la vidéo. Bien sûr, j'ai déjà vu des vidéos clandestines, mais c'était la première fois que je m'asseyais et non seulement regardais, mais analysais environ six heures de séquences et de contenu multimédia.

 

Regarder les vidéos éditées sur fond de musique de fond obsédante était le plus souvent frustrant, mais je suis heureuse d'avoir eu la patience d'analyser chaque vidéo parce que j'ai pu trouver exactement ce que j'espérais : les raisons pour lesquelles ces vidéos ne sont pas la réponse pour répondre aux préoccupations concernant les allégations de maltraitance animale en élevage.

 

Avant d'aborder certaines tendances communes, permettez-moi d'abord de dire que lorsque se produisent de véritables actes de maltraitance ou d'abus sur des animaux, la filière de l'élevage ne les tolère pas et n'essaie pas de les cacher. Les agriculteurs, les éleveurs et les chefs de file de la filière s'emploient à fournir les meilleurs soins possibles aux animaux, mais les groupes d'activistes ne se soucient pas du bien-être animal et entravent la capacité de la filière de l'élevage à rechercher une amélioration continue.

 

 

Tendances communes

 

Alors que je parcourais des images et lisais ce qui avait prétendument eu lieu selon les activistes, je ne pouvais pas m'empêcher de remarquer que des tendances communes commençaient à apparaître dans chaque vidéo – qui confirmaient toutes pourquoi les groupes de militants ne souhaitent pas mettre fin aux abus allégués.

 

En voici quelques-unes (je pourrais écrire un livre à ce sujet, mais je vous ferai gagner du temps) :

 

 

1. Hors contexte

 

La durée moyenne d'une vidéo clandestine est d'environ 3-4 minutes par conception. Les groupes d'activistes s'appuient sur le manque de familiarité avec l'élevage des gens qui les visionnent, pour les convaincre et les induire en erreur en leur faisant croire que ce qu'ils regardent est sans aucun doute de la maltraitance animale alors qu'ils pourraient très bien regarder une procédure qui est à l'avantage à long terme de l'animal, approuvé et soutenu par la science et favorable à la sécurité des employés qui travaillent avec les animaux.

 

Un exemple de quelque chose qui est sorti de son contexte est l'écornage. Les images de cette procédure peuvent être difficiles à regarder pour quelqu'un qui n'est pas familier avec l'élevage de bovins, mais imaginez à quel point une autre vache ou un employé souffrirait si ses flancs étaient ouverts par une corne acérée. Des gens sont même morts de ces types de blessures. Le bétail naturellement sans cornes (« polled ») gagne en popularité, mais une transition vers un cheptel entièrement sans cornes ne serait pas possible du jour au lendemain. Tant qu’il y aura des bovins nés avec des cornes, l’écornage sera une pratique nécessaire pour la sécurité de tous.

 

Alors souvenez-vous : ne croyez pas tout ce que vous voyez et sachez que ces vidéos ne montrent que ce que les groupes de défense des animaux veulent bien vous faire voir.

 

 

2. Mises en scène

 

Des militants infiltrés sont payés jusqu'à 800 $ par semaine pour saisir des images de ce qu'ils considèrent comme inhumain. Et s'ils ne trouvent rien qui mérite d'être saisi ? Et si rien de ce qu'ils voient mérite d'être monté en une vidéo clandestine ? Nous avons entendu dire que des militants ne sont payés que s'ils fournissent des images que les groupes de défense des droits des animaux peuvent utiliser, et cela pourrait très bien expliquer pourquoi certains activistes sont connus pour se livrer à des mises en scène et encourager les autres employés à commettre des abus, ou pour y participer eux-mêmes.

 

 

Offre d'emploi de Mercy for Animals

 

 

Une vidéo prise dans une installation de transformation de volaille a montré des poulets dans une pièce où ils n'auraient jamais dû se trouver, et il a été démontré par la suite que le militant avait accès à l'installation la nuit et qu'il a déplacé les poulets et les a mis en danger juste pour produire une vidéo.

 

Dans une autre vidéo prise dans une ferme laitière, l'activiste s'est assuré que les vaches étaient conduites à travers du fumier profond alors qu'elles n'avaient aucune raison de marcher dans cette zone. Il a été démontré par la suite qu'il y a eu une mise en scène et que si les vaches vivaient dans les conditions que le groupe activiste avait alléguées, elles auraient été couvertes de la tête aux queues par du fumier, pas seulement leurs jambes.

 

Donc, si je suis consciente que des militants infiltrés se livrent à des mises en scènes et encouragent même les employés à enfreindre les protocoles de protection des animaux, alors les groupes de défense des droits des animaux doivent aussi en être conscients car ils attendent censément un rapport de leur activiste chaque jour. Cela soulève une question : s'ils sont conscients de ce fait, vont-ils jusqu'à l'encourager ? Même si nous leur donnons le bénéfice du doute et disons qu'ils en sont conscients mais n'encouragent pas le militant à prendre toutes les mesures possibles pour obtenir des images de mauvais traitements présumés, alors que font-ils pour empêcher les militants d'encourager des tiers à se livrer à des actions qu'ils prétendent vouloir faire disparaître – voire d'y participer eux-mêmes ? D'après ce que je peux voir, rien : car cela continue de se produire et une poignée de militants ont été inculpés à la suite de leurs actes.

 

 

3. Refus de coopérer avec les propriétaires d'exploitations agricoles et les pouvoirs publics chargés de l'ordre

 

Les propriétaires d'exploitations agricoles et les pouvoirs publics chargés de l'ordre ont demandé à visionner l'intégralité des séquences vidéo non éditée obtenue par le militant infiltré alors qu'il travaillait à la ferme, afin d'obtenir l'histoire complète, de découvrir ce qui (le cas échéant) s'est mal passé et de résoudre la situation pour que cela ne se produise plus. Si des groupes d'activistes étaient soucieux d'aider les animaux, ils seraient prêts à aider la direction et les pouvoirs chargés de l'ordre à prendre des mesures correctives.

 

Dans tous les cas, les militants clandestins quittent leur emploi avant la diffusion de la vidéo et ne sont donc pas disponibles pour répondre aux questions concernant leurs préoccupations et ce dont ils auraient été témoins, car ils sont déjà sous couverture dans une autre ferme, travaillant à la production d'une autre vidéo. S'ils sont préoccupés par le bien-être animal, ne pensez-vous pas qu'ils resteraient et apporteraient toute l'aide nécessaire ?

 

 

4. Jouer le spectateur innocent

 

Dans de nombreuses exploitations agricoles, les employeurs exigent que leur personnel signe un accord stipulant qu'il signalera immédiatement toute préoccupation concernant le bien-être animal. Les militants infiltrés signent-ils cet accord ? Oui ! Adhèrent-ils à l'accord et signalent-ils immédiatement tout problème d'abus ? Non ! Ils se tiennent juste là et enregistrent une vidéo. Si j'étais témoin de quelque chose qui me semblait vraiment devoir être arrêtée, je ne serais pas en mesure de rester là et de regarder à distance. Pourriez-vous ?

 

Les défenseurs des droits des animaux ripostent souvent avec l'argument selon lequel « nous devons obtenir autant de preuves que possible », lorsqu'on leur demande pourquoi ils attendent pour signaler des préoccupations à propos d'abus. Non seulement les militants infiltrés enfreignent les règles s'ils ont signé un accord, mais toutes ces prétendues « preuves » qu'ils obtiennent ne font de bien à personne. Cela a pour seul effet de prolonger ce prétendu abus qu'ils jugent prioritaire. Si vous êtes réellement témoin de mauvais traitements infligés à des animaux, peu importe que vous ayez une seule prise de vue ou trois semaines d'images.

 

 

5. Prendre une éternité pour sortir la vidéo

 

Je pense avoir déjà dit cela, mais je le répète : aujourd'hui, il ne faut pas plus d'une journée pour mettre des séquences vidéo en ligne. Un groupe d'activistes affirme que les « enquêtes » secrètes sont le « moyen de subsistance » de leur organisation ; ils devraient donc être des pros maintenant et pouvoir monter leurs vidéos accrocheuses de trois minutes en quelques heures, non ? Mais non : ils attendent des jours, des semaines, des mois et parfois même jusqu'à une année complète pour publier des séquences vidéo ! Une année !

 

Honnêtement, c'est à mon avis la faille la plus flagrante des groupes de défense des droits des animaux, car cela pue l'hypocrisie. Le fait qu'ils attendent si longtemps pour publier et signaler des soucis à propos d'abus prouve simplement qu'ils ne sont pas préoccupés par l'arrêt des abus présumés, mais plutôt par la collecte de fonds et le timing parfait des sorties vidéo dans le cycle médiatique et leurs propres campagnes de relations publiques.

 

 

Ce que cela signifie pour les propriétaires d'exploitations agricoles

 

Pour les propriétaires d'exploitations agricoles, le souci est passé de savoir s'ils auront à faire face à un activiste infiltré à quand ils seront confrontés à un activiste infiltré, ce qui crée une méfiance entre les employés et les superviseurs. Maintenant, les propriétaires doivent craindre d'embaucher des personnes qui seront là pour de mauvaises raisons au lieu de concentrer leur attention sur la façon d'améliorer leur exploitation et de prendre soin de leur bétail. Les préoccupations concernant les abus doivent être signalées immédiatement afin que la direction puisse être au courant de la situation et la résoudre le plus rapidement possible. Les superviseurs ne peuvent pas être partout en tout temps et ils ne peuvent pas corriger ce qu'ils ne savent pas ; ils comptent donc sur leurs employés pour qu'ils signalent les problèmes immédiatement, pas cinq mois après que la prise de vue est devenue une vidéo ou une publicité.

 

 

Que pouvez-vous faire ?

 

Demandez-vous : si vous étiez préoccupé par le bien-être des animaux, pourriez-vous aider et signaler immédiatement vos préoccupations ? Ou simplement rester là et ne rien faire au profit d'une campagne visant votre employeur ?

 

Si vous avez répondu oui à la première question, ne laissez pas les groupes activistes vous induire en erreur et vous faire croire qu’ils sont là pour améliorer le bien-être des animaux. Je vous encourage à vous exprimer et à expliquer pourquoi vous ne soutenez pas les campagnes de vidéos secrètes en publiant vos réflexions avec le hashtag #ReportNotRecord, lancé par Dairy Farmers of America en réponse à une vidéo secrète ciblant l'un de ses membres.

 

_______________

 

* Casey Kinler est le responsable de la communication de l'Alliance Animal Ag Engage. Elle crée du contenu, gère les réseaux sociaux, s'adresse à des groupes de l'agriculture, collabore avec des médias spécialisés et gère le site Web de l'Alliance afin d'aider les consommateurs à obtenir des informations factuelles sur l'agriculture moderne. Suivez-la sur Twitter @CaseyKinler. Les points de vue et opinions exprimés dans le blog source sont strictement ceux de l'auteur. Voir tous les articles de Casey Kinler [les plus récents sont bloqués, mais il y a des astuces pour y parvenir, notamment en passant par le cache].

.

 

Source : https://animalagengage.com/2015/06/26/why-undercover-videos-arent-the-answer/

 

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I
Temoignage fort interessant mais je trouve dommage qu elle nz cite pas de source quand elle denonce une affaire louche attentoln je ne dis pas qu elle calomnie mais ses accusations ne sont pas sourcees et elle pourrait etre attaquee dessus.

Bon apres vous allez dire elle preche a des convertis : les activistes et leur soutien fermeront les yeux et crieront au complots du lobby de l elevage.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il n'y a pas d'accusations ici, rien qu'une analyse fondée sur un certain nombre de cas.

L'article date de 2015. Je n'ai pas le souvenir d'un cas qui a fait les grands titres dans les médias.

H
Extrêmement intéressant. Aucun éleveur normalement équilibré ne maltraite les bêtes de son élevage pour 2 raisons absolument élémentaires : 1-la maltraitance comme le manque de soins engendre blessures, infections et maladies et donc pertes financières ; 2-une bête maltraitée ne prend pas du poids régulièrement, voir pire maigrit, et c'est également une catastrophe financière pour l'éleveur. J'ajouterais qu'actuellement beaucoup d'éleveurs en France et en Europe sont vent debout contre la fermeture des abattoirs de "proximité" (si on peut dire ainsi) et la centralisation sur une poignée d'abattoirs qui a multiplié les longs et pénibles trajets pour les bêtes. Un de mes amis, éleveurs de moutons, perd jusqu'à 2 kg par agneau sur un long trajet depuis que l'abattoir à 30 km a fermé. C'est une aberration. A mon sens, le top, c'est l'abattage à la ferme avec des grands semi remorques abattoirs mobiles. Le système vient des pays nordiques et est en cours d'expérimentation en France.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

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