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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Coopération : la France contribuera au développement de l'agriculture et de l'alimentation par une stratégie pétainiste, perdante

9 Décembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Politique

Coopération : la France contribuera au développement de l'agriculture et de l'alimentation par une stratégie pétainiste, perdante

 

 

Reconnaissons aux auteurs de la publication le choix judicieux de la photo de couverture : réaliste et nullement aguicheuse.

 

 

Une nouvelle stratégie de coopération pompeuse

 

Le mardi 22 octobre 2019, le Quai d'Orsay – le Ministère de l'Europe et des Affaires Étrangères – a présenté la nouvelle « Stratégie internationale de la France pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable » pour la période 2019-2024 (texte ici, page web ici, résumé ici).

 

Publier ce texte en octobre de la première année d'application... quelle preuve d'efficience...

 

Et rien que de voir le mot « agriculture » affublé du qualificatif « durable »... le paraître est plus important que l'être et le faire.

 

C'est un texte verbeux, pompeux et, au final, pompe-l'air. Exemple :

 

« La sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable se trouvent aussi au cœur de nombreux sujets stratégiques, comme la formation et les emplois décents pour les jeunes, les inégalités femmes-hommes, la gestion de l’eau, la santé et la prévention des conflits. »

 

Ce qu'il faut sans doute entendre par là, c'est que l'égalité hommes-femmes contribue à la sécurité alimentaire (en donnant aux femmes des moyens de développer leur activité), et que celle-ci contribue à la prévention des conflits.

 

 

La photo d'illustration de la page Web. Est-ce ça la conception du développement ?

 

 

Cinq axes d'action

 

La France entend déployer son action selon cinq axes. Voici, cité du résumé) :

 

  • Renforcer la gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire et de la nutrition. La France souhaite jouer un rôle moteur pour améliorer l’efficacité et la coordination des acteurs internationaux dans ces domaines ; au centre de cette gouvernance figurent les institutions onusiennes basées à Rome ;

     

  • Développer des systèmes agricoles et alimentaires durables pour faire face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité. Cela passe notamment par la promotion de pratiques agricoles durables comme l’agroécologie.

     

  • Renforcer l’action française sur la nutrition pour agir de façon intégrée sur les différents facteurs menant à la sous-nutrition des jeunes enfants et des femmes enceintes et allaitantes, comme l’accès à des aliments de qualité, à l’eau potable, à de bonnes conditions d’hygiène.

     

  • Appuyer la structuration de filières agroalimentaires durables pour favoriser la création d’emplois décents dans les territoires ruraux, notamment pour les jeunes. En effet, dans les pays en développement, ces filières agro-alimentaires représentent un gisement d’emplois à soutenir. L’inclusion des agricultures familiales dans ces filières est un enjeu clé.

     

  • Renforcer les actions d’assistance alimentaire aux populations vulnérables et améliorer leur résilience. Dans un contexte de crises alimentaires récurrentes, il s’agit de permettre à ces populations de retrouver leur autonomie alimentaire.

 

 

Les thèmes à la mode pour horizon

 

Les actions dans le domaine de l'agriculture auraient-elles comme ambition première de développer la production – en quantité et qualité –, ce qui est à la base de la sécurité alimentaire et d'une nutrition adéquate ? Non ! L'obsession, c'est le « changement climatique » – visiblement un phénomène mal compris car il ne se résume pas à une expression au singulier – et à « l'érosion de la biodiversité ».

 

Ils ont redécouvert des éléments fondamentaux de l'agronomie !

 

Il est aussi question de promouvoir « l'agroécologie », un autre gadget de la bien-pensance. Elle est définie – oui, définie... – comme suit (nous y avons intégré la note de bas de page sous une forme modifiée) :

 

« Selon la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt [Loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt], les systèmes de production agroécologiques, dont le mode de production biologique, combinent performances économiques, sociales (notamment à travers un haut niveau de protection sociale), environnementales et sanitaires. Ces systèmes privilégient l’autonomie des exploitations agricoles et l’amélioration de leur compétitivité, en maintenant ou en augmentant la rentabilité économique, en améliorant la valeur ajoutée des productions et en réduisant la consommation d’énergie, d’eau, d’engrais, de produits phytopharmaceutiques et de médicaments vétérinaires, en particulier les antibiotiques. Ils sont fondés sur les interactions biologiques et l’utilisation des services écosystémiques et des potentiels offerts par les ressources naturelles, en particulier les ressources en eau, la biodiversité, la photosynthèse, les sols et l’air, en maintenant leur capacité de renouvellement du point de vue qualitatif et quantitatif. Ils contribuent à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changement climatique. »

 

 

Une stupéfiante « définition » de l'agroécologie

 

Se référer à une loi française pour définir l'agroécologie pour les besoins de la coopération internationale dans des pays et régions non comparables... il fallait oser !

 

Inclure l'agriculture biologique – par principe, dogmatisme... il fallait oser !

 

Proposer une « définition » qui insiste sur la réduction des intrants, alors que dans les pays visés par la stratégie, un des problèmes majeurs est précisément l'insuffisance du recours et de l'accès aux intrants... il fallait oser !

 

 

La biodiversité d'abord... et tant pis pour le développement

 

Que c'est verbeux ! Beaucoup de description, pas d'action…

 

Que l'on soit clair : l'un n'empêche pas l'autre. Il suffit de verser dans le pragmatisme.

 

Le paragraphe suivant de la stratégie se réfère à la « biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture ». L'impression qui s'en dégage est qu'il ne faut surtout pas adopter les outils et technologies modernes :

 

« [...] Les paysans du Sud dépendent directement de la biodiversité agricole pour leur survie quotidienne. Ainsi, il est essentiel de conserver la biodiversité animale et des espèces cultivées, dont les variétés et races adaptées aux conditions locales, qui sont des réservoirs de diversité génétique. Les pratiques agroécologiques permettent de répondre à ces enjeux vitaux. »

 

Vous n'êtes pas convaincu ? Le couperet tombe dans la partie « L'action de la France à l'international » :

 

« Enfin, la France est attentive à ne pas financer l’achat, la promotion ou la multiplication de semences génétiquement modifiées et à ne pas soutenir de projets ayant pour finalité ou conséquence la déforestation ou l’accaparement des terres. »

 

Au-delà des bénéfices déjà largement documentés du recours aux variétés modernes et plus particulièrement à celles qui sont génétiquement modifiées (et bientôt éditées) – la stratégie fait fi de l'impérieuse nécessité, pour les agricultures des pays en développement, de recourir à ces variétés pour répondre à certains défis d'ordre biotique (parasites et maladies) et abiotique (sécheresses et inondations, sols salins, etc.). Elles sont aussi incontournables pour répondre à certains problèmes nutritionnels (par exemple par des variétés biofortifiées).

 

 

Pourquoi changer une loi qui a fait la preuve de son échec ?

 

Cela vient après la déclaration suivante :

 

« La LOP-DSI [Loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale] précise que l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition sont des priorités de l’action de la France sur la scène internationale, tant dans le cadre de coopérations bilatérales, qu’au niveau multilatéral. En particulier, la loi réaffirme que la France promeut une agriculture familiale, productrice de richesses et d’emplois, et qui préserve les ressources naturelles et la biodiversité.

 

Certes, ce ne sont là que des paraphrases du texte de loi, mais quel en est le résultat ?

 

Que la France s'exclue ainsi de domaines importants de la coopération internationale, après tout, tant pis pour elle. Tant pis aussi pour certains de ses acteurs économiques comme l'industrie des variétés et des semences. Tant pis si elle se fait surclasser par des pays pour lesquels la coopération répond aussi, et peut-être avant tout, à des objectifs géostratégiques.

 

La France est du reste déjà largement out en Afrique subsaharienne comme l'a rapporté l'Agence Française de Développement (AFD) dans « Évaluation du cadre d’intervention sectoriel (CIS) sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne 2013-2016 de l’AFD » en février 2017 :

 

« Ceci étant, le changement de paradigme vers un modèle agroécologique, même s’il suscite beaucoup d’intérêt, ne présente pas (encore) une alternative aux politiques agricoles actuelles. La demande par les gouvernements locaux reste dominée par des politiques agricoles reposant sur la diffusion de paquets technologiques (engrais, semences) par filière pour améliorer la productivité : "… la vision dominante du développement agricole reste inspirée par le modèle de la révolution verte que ce soit au niveau des pouvoirs publics nationaux et régionaux, des programmes de recherche et des dispositifs de conseil et de formation" (Inter-réseaux Développement rural, 2014). »

 

Cette vision reste dominante, même si l' « agroécologie » – les éléments qui « marchent » – n'est pas exclue de la notion de révolution verte qui, elle, est manifestement exclue de la vision française pour la stratégie de développement.

 

Mais pourquoi changer une stratégie perdante ? Son principe a été gravé dans le marbre de la loi (merci qui?), et il n'est bien sûr pas politiquement correct de modifier une loi dont la stupidité est avérée. Le rapport d'évaluation publié par l'AFD note encore :

 

« Le portefeuille de l’AFD pour ce type d’initiatives traduit bien que cette approche se limite encore souvent à la recherche et aux ONG. [...] »

 

On ne va tout de même pas se fâcher avec les ONG (et « ONG »)...

 

 

Les pressions entravent le développement

 

Où est la gouvernance au niveau mondial quand la France s'oppose aux OGM et à d'autres technologies modernes et que d'autres pays les promeuvent activement ?

 

Toutefois, la France – ainsi que l'Union Européenne (nombreux articles sur ce blog à ce sujet) – exerce encore, directement et implicitement, une pression sur les gouvernements et décideurs politiques et économiques des pays (en principe) bénéficiaires.

 

Il faut certes porter assistance à l'« agriculture familiale » mais, dans l'esprit de la stratégie, c'est dans une optique d'opposition à des formes d'agriculture ouvertes aux nouvelles technologies qui, paradoxalement, sont aussi majoritairement familiales.

 

Il est pourtant évident qu'une politique imprégnée de Terre qui ne ment pas ne sera pas suffisante pour assurer la sécurité alimentaire et la nutrition – pourtant des objectifs de la stratégie ! – d'une population en croissance rapide et de plus en plus urbanisée.

 

La stratégie de la France, c'est le maintien dans le sous-développement.

 

C'est intolérable !

 

Il est du reste remarquable de constater – en particulier à la lecture de ce blog – que les instances de coopération états-uniennes, comme l'Alliance Cornell pour la Science, coopèrent davantage avec les pays anglophones qu'avec ceux de la zone d'influence française traditionnelle. Et, lorsque ces pays auront enfin pris le train de progrès, après s'être libéré des carcans européens, les pays francophones regarderont le train passer ou lui courront après.

 

C'est intolérable !

 

 

Merci qui ?

 

Au fait, à qui doit-on cette merveilleuse stratégie ? Il en est un qui s'en est vanté auprès de ses potes : M. Pascal Canfin – ci-devant EÉLV et ministre délégué au développement de M. Jean-Marc Ayrault entre 2012 et 2014, présentement eurodéputé LaREM après être passé par la case directeur général du WWF France (pas de conflits d'intérêts, noooon !).

 

Et, cette « nouvelle » stratégie, nous la devons aussi à l'inertie bureaucratique et, sans nul doute, à l'entrisme au sein des administrations compétentes, à l'idéologie et à l'aveuglement.

 

La France est out, avons nous écrit ? Pour les auteurs de la stratégie,

 

« L’action de l’AFD, opérateur pivot du dispositif français de coopération, permet à la France d’être en pointe dans différents domaines, qui contribuent entre autres à l’essor des agricultures familiales : développement territorial, irrigation, soutien aux filières agricoles. En 2017, l’AFD a consacré 8 % de ses engagements au développement agricole et à la sécurité alimentaire, soit 832 millions d’euros. »

 

Et, pendant ce temps, l'USAID investit 70 millions de dollars dans de nouvelles initiatives mondiales en biotechnologie agricole

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M
"La France souhaite jouer un rôle moteur "<br /> C'est avec ce genre de propos que notre pays et notre président passe pour des donneurs de leçon arrogant et incompétent. Un gouvernement incapable de gérer les gilets jaunes, qui détruit consciencieusement ses différents secteur économique et qui cherche à achever son agriculture pour le bon plaisir de quelque militant, voudrait être le moteur de l'agriculture dans le monde ? Quelle blague, ce serait drôle si les conséquences n'était pas aussi dramatique pour les pays victimes du dogmatisme Français (agriculteur et population Française compris).<br /> <br /> Pascal Canfin n'est pas qu'un désastre pour l'agriculture. Quand on vois sa position sur le changement climatique, il est d'accord pour continuer à financer le gaz parce qu'il sert d'appoint au renouvelable, mais refuse le moindre financement au nucléaire qu'il considère comme une énergie du passer.<br /> <br /> https://www.linkedin.com/pulse/leurope-premier-continent-%C3%A0-voter-lurgence-climatique-pascal-canfin?articleId=6604443916144005120#comments-6604443916144005120&trk=public_profile_article_view
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S
@ Il est là le mardi 10 décembre 2019 à 08:24<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Le problème est que c'est dans la loi… et changer les lois… A moins de trouver une majorité qui se formerait autour d'un grand projet de rabotage de la législation.
S
@ max le lundi 09 décembre 2019 à 20:23<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Il ne faut pas se réjouir trop vite.<br /> <br /> Pour le Viet Nam, je ne sais pas. Je pense que s'il revenait sur ce qui semble être sa décision, on ne le criera pas sur les toits.<br /> <br /> Quant à la France, je crains de voir venir une "étude" foireuse sur la génotoxicité.
I
@Max<br /> <br /> C'est vrai que c'est un triomphe pour la science et a raison mais bon, comme le dit Seppi, la stratégie des biotausaurus consistera à dire que c'est la preuve que les lobbies sont tous puissant, contrôlent le monde, dominent les dirigeants etc ... Si ça se trouve dans l'esprit de beaucoup ça réhabilitera le discours de Vandana Shiva qui annonce que le monde scientifique est contrôlé par Monsanto... <br /> <br /> @Seppi<br /> <br /> Dommage que la France n'entende pas raison, j'espère qu'elle changera d'avis au prochain manda et accompagnera les pays Africains francophones vers le progrès de l'agriculture ou au moins qu'elle cessera d'intervenir dans leurs affaires pour les laisser embrasser le progrès.
M
"Oui, mais le militantisme dira que la Thaïlande a cédé à des pressions états-uniennes"<br /> Un site la déjà fait.<br /> <br /> https://www.thailande-fr.com/economie/96633-la-thailande-renonce-a-interdire-trois-pesticides<br /> <br /> Même si les militants anti ont déjà prévue leur réponse (c'est les méchant lobbys), cela reste une certaine déconfiture pour eux. Si l'on rajoute le Sri Lanka, les pays qui ont annoncé l'interdiction du glyphosate y ont quasiment tous renoncé. Il ne reste que le Vietnam et la France.
S
@ max le lundi 09 décembre 2019 à 16:57<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre complément.<br /> <br /> Oui, mais le militantisme dira que la Thaïlande a cédé à des pressions états-uniennes (ce qui n'est peut-être pas entièrement faux, les USA ayant signalé que la décision entraînait des complications pour l'importation de certains produits états-uniens) et que l'Autriche a fait une bévue "administrative" (en fait, le gouvernement d'experts actuel n'a pas fait preuve de réalisme et de courage).