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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Lubrizol et hydrocarbures dans le lait maternel des médias se font les VRP d'une avocate

15 Novembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Lubrizol et hydrocarbures dans le lait maternel des médias se font les VRP d'une avocate

 

 

Posons-le tout net, abruptement : nous avons un sérieux problème de déontologie, autrement dit de civisme, et pas qu'au niveau journalistique.

 

 

Un truc infaillible : présence = danger = pétoche = fond de commerce à exploiter

 

France 3 Régions (Normandie) a publié le 4 novembre 2019 « Lubrizol : des premières analyses révèlent la présence de molécules d'hydrocarbures dans du lait maternel ». Il fait suite à un article, plus court, de Topsanté, et d'un autre plus détaillé, « Après l’incendie de Lubrizol, des molécules d’hydrocarbures dans le lait maternel » publié par Actu.fr le 1er novembre 2019.

 

Résumé introductif :

 

« À l'origine de la démarche, une avocate rouennaise, Saliha Blalouz. Dès le 2 octobre, soit une semaine après l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen, et face aux questionnements de la population, elle met en demeure l’Agence régionale de santé pour faire des analyses sur le lait maternel. Sans réponse, elle décide de faire réaliser ces tests individuellement avec neuf mères volontaires au CHU de Rouen en présence d'un huissier de justice. »

 

Faut-il croire qu'une avocate se fait en quelque sorte justicière et entame une procédure, de sa propre initiative, avec le concours de neuf mères ?

 

Aux États-Unis d'Amérique, les avocats peuvent faire de la publicité et recruter des clients. Style : « Êtes-vous atteint d'un lymphome non hodgkinien et avez-vous utilisé du glyphosate. Si oui, vous pouvez avoir droit à une compensation. » En France, c'est interdit, mais il y a des moyens de contourner l'interdiction, en témoignent par exemple, dans un autre domaine, les plaintes des « pisseurs involontaires de glyphosate ». Et pour la publicité déployée par les avocats prédateurs outre-Atlantique, on peut substituer en France – ou tout simplement exploiter – le buzz médiatique... Un article de FranceTVInfo, par exemple...

 

Ce qui est extraordinaire, c'est que l'article mis en lien, du 8 octobre 2019, « Incendie de Lubrizol à Rouen : est-il dangereux d'allaiter son bébé après la catastrophe ? » a été très rassurant, y compris pour les femmes enceintes. Extrait :

 

« Une balance bénéfices-risques en faveur de l'allaitement, pour les spécialistes

 

De l'avis des spécialistes contactés par franceinfo, la question dépend surtout des substances chimiques incriminées. "Le lait est très gras, il contient de l'eau, des protéines, des lipides et du sucre. Donc pour qu'une molécule passe, il faut qu'elle soit facilement soluble dans les graisses. Ça limite déjà les risques", explique Philippe Deruelle, gynécologue-obstétricien et secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France. Avant de poursuivre : "Ça reste très complexe, il faudrait étudier les substances une par une et aussi prendre en compte le possible effet cocktail."

 

Un avis que partage le gynécologue-obstétricien Louis-Dominique Van Egroo. "On est sur une exposition aiguë ponctuelle. Mais est-ce pire que l'air respiré au quotidien ? Je ne suis pas sûr. Il faut rester mesuré, car pour l'instant, on n'a aucun élément positif aux résultats d'analyses", souligne le spécialiste. Tout comme leur confrère du CHU de Rouen, les deux docteurs se rejoignent d'ailleurs sur le fait qu'il ne faut pas arrêter l'allaitement.

 

Et là, nous avons un problème de déontologie journalistique : cet article a été cité à mauvais escient. Il ne vient aucunement en appui de l'allégation de « questionnements de la population ».

 

 

(Source : article et ici)

 

 

L'article critiqué ici vient cependant avec une série de bémols annoncés par un intertitre explicite, « Des prélèvements à prendre avec précaution ». En particulier :

 

« [Les résultats] révèlent d'ores et déjà une présence de molécules d’hydrocarbures (éthylbenzène, toluène, xylène).

 

Attention, il reste des comparaisons à opérer avec du lait antérieur (stocké par congélation avant Lubrizol), ainsi qu'avec des prélèvements qui vont être effectués dans les prochains jours (à + 1 mois environ) puis à + 3 mois et + 6 mois. »

 

Un esprit rationnel ne peut que s'interroger sur deux points : à quelles doses ces molécules sont-elles présentes, doses en valeurs absolues et par rapport aux limites sanitaires (si elles existent) ? Pourquoi n'a-t-on pas effectué des comparaisons avec des laits antérieurs ou des laits obtenus de femmes ne résidant pas dans la zone affectée par l'incendie ?

 

Un journalisme de bonne tenue ne se serait pas limité à l'annonce, manifestement par l'avocate, de la présence de certaines molécules.

 

Les chiffres sont pourtant disponibles – mais tus – comme en témoigne l'article d'Actu.fr qui donne la parole à Mme Saliha Blalouz qui « s’alarme » :

 

« J’ai dans les urines, dix fois plus d’éthylbenzène qu’une de mes amies qui est par ailleurs une des mamans qui a procédé aux tests de lait, et qui se trouvait au service de néo-maternité du CHU de Rouen, le jour de l’incendie, parce qu’elle venait d’accoucher d’une petite fille prématurée. »

 

Et dans le lait ?

 

Un journalisme de bonne facture se serait aussi interrogé sur les conséquences de son article. Celui-ci se termine par :

 

« Les neuf mères concernées à Rouen déclarent vouloir porter plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui. Une quarantaine d'autres femmes sont entrées en contact avec l'avocate rouennaise, qui se dit prête à engager des poursuites judiciaires. »

 

Tiens donc... Vous êtes une jeune mère de la région concernée par l'incendie ? Vous voulez participer à la curée à relativement peu de frais (puisque ce sera une sorte d'action collective par réunion d'actions individuelles) ? Vous savez à qui vous adresser...

 

 

Le Parisien apporte sa contribution

 

Dans ce billet, nous avons pris pour base un article de FranceTVInfo. Mais le Parisien a fait encore mieux pour attiser les peurs, les suspicions et les doutes, et pour contribuer à une opération dont on peut penser à ce stade qu'il s'agit d'une instrumentalisation de la justice.

 

 

Nous trouvons particulièrement judicieux de produire dans la séquence ci-dessus l'« expertise » d'un psychiatre en matière de toxicologie (ironie)...

 

Dans la séquence, il est aussi affirmé que l'ARS (l'Agence Régionale de Santé) n'a pas répondu aux sollicitations de Mme Saliha Blalouz. Et tout de suite après il y a... une réponse de Mme Christine Gardel, directrice générale de l'ARS Normandie lors d'un point presse. Il est vrai que, juridiquement, ce n'est pas une réponse à des « sollicitations ».

 

 

On ne perd pas le nord...

 

En tout cas, la machine est lancée. 20 Minutes rapporte que les hydrocarbures ont été trouvés dans le sang des mamans... citant Ouest France qui se réfère bien au lait dans son titre... Et, bien sûr, personne n'omet la référence aux plaintes à venir.

 

Selon Actu.fr,

 

« Pour ces mamans, cette catastrophe industrielle et sanitaire "permet de se rendre compte de l’hostilité de notre environnement". L’avocate rouennaise, mère d’un garçon de près de deux ans, envisage la création d’une association qui dépasserait le cas Lubrizol pour viser "la protection des femmes enceintes ou allaitantes aux toxiques". »

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M
Bonjour, en quoi cette avocate a les renseignements scientifiques pour soutenir cette action ? elle cherche à de faire de l'argent uniquement. C'est le préfet et la Dreal qui sont en cause, car ils n'ont pas fait respecter les normes Seveso, mais ce préfet sera muté sans risque pour son cursus professionnel et avec un salaire confortable. Honte à nos institutions !
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non cette avocate a visiblement des résultats d'analyse, sinon elle n'aurait pas dit que X avait n fois plus de substance S que Y.

Ce sont des chiffres qu'elle s'est abstenu de divulguer et de mettre en perspective (donc… ça sent plutôt mauvais question honnêteté intellectuelle… mais c'est toujours bon à prendre en justice face à des juges scientifiquement incompétents et/ou idéologiquement teintés).

Qu'elle cherche à se faire de l'argent et une réputation, c'est fort possible. Je note toutefois qu'elle s'est dite mère allaitante. Elle a donc un intérêt personnel dans cette affaire.

Nous allons au-devant d'une instrumentalisation de la justice par des actions pseudo-collectives (une "association" recrute des plaignants pour des actions identiques sur le fond traitées par un avocat).

Pour le préfet et la Dreal, je préférerais attendre les résultats des enquêtes.
M
"L’avocate rouennaise, mère d’un garçon de près de deux ans, envisage la création d’une association qui dépasserait le cas Lubrizol pour viser "la protection des femmes enceintes ou allaitantes aux toxiques". »"
C'est une nouvelle Corine Lepage, qui a elle aussi lancé une plainte dans le cas de Lubrizol.

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/lubrizol-corinne-lepage-association-respire-obtiennent-justice-nomination-expert-1732421.html
https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-lubrizol-corinne-lepage-l-offensive-6561987
https://www.lejdd.fr/Societe/incendie-de-rouen-corinne-lepage-recoit-les-victimes-3924913
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et les liens.

Il va y avoir de la compétition...