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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Envoyé Spécial » : les pesticides dans les champs, c'est niet, mais dans la cuisine... c'est da !

4 Novembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

« Envoyé Spécial » : les pesticides dans les champs, c'est niet, mais dans la cuisine... c'est da !

 

 

(Source)

 

 

L'Envoyé Spécial du 24 octobre 2019 avec pour thème « Pesticides, les champs de la colère » a été le sixième de la lignée « agribashing » depuis le début de l'année. Nous attendons sans impatience le septième, sur la consommation de viande.

 

Il a été grosso modo conforme aux attentes : superficiel et évitant les bonnes questions. Par exemple, qui a rédigé l'arrêté pris par le maire de Langouet ? Pourquoi vouloir seulement interdire les pesticides « de synthèse » ? Etc.

 

 

Il a aussi été téméraire et manipulateur. Par exemple, quelles sont les preuves du lien entre les traitements phytosanitaires et tout ce qu'affirme Mme Catherine Fargeas ?

 

 

Il a fait preuve, une fois de plus, d'ignorance crasse. Qui peut croire – à part bien entendu les producteurs d'Envoyé Spécial – qu'un agriculteur traiterait ses champs deux heures avant un déluge emportant la terre vers la maison en contrebas. Qui – à part... – peut évoquer l'utilisation d'une « poudre blanche » sur des céréales dans le cadre d'un « reportage » sur les pesticides (un amendement calcique ?) ?

 

 

(Source)

 

 

Bien sûr, il n'y eut aucune parole d'expert. Rien que des anecdotes, des clichés, des paroles de quidams élevées au rang de vérités d'évangile, du cum hoc, propter hoc dont la séquence ci-dessus constitue un incroyable condensé. Sur le compte Twitter d'Envoyé Spécial :

 

« Catherine souffre de tumeurs non-cancéreuses inexpliquées, et sa fille d’une polyarthrite rhumatoïde, liées selon elle aux #Pesticides.

 

 

 

(Source)

 

 

Et, bien sûr aussi, la déontologie n'a pas été sortie du placard, ni dans les équipes d'Envoyé Spécial, ni chez FranceTVInfo.

 

L'article « VIDEO. Les tumeurs qu'a développées Catherine ont-elles un rapport avec les pesticides utilisés près de sa maison ? » en est une preuve éclatante : abus du mode interrogatif pour camoufler l'inanité du propos et pirouette qui consiste à se réfugier derrière le refus de l'agricultrice de parler avec une équipe de production dont les exploits en matière d'agribashing et de caviardage des propos sont largement connus. Une agricultrice qui, de surcroît, fait l'objet d'une plainte en – excusez du peu – empoisonnement aux pesticides.

 

 

(Source)

 

 

Est-on encore dans les limites de la bonne foi ? Ça se discute !

 

Les malheurs de Mme Catherine Fargeas ont été évoqués par France 3 au 19/20 National début octobre 2019, ce qui a donné lieu à « DOCUMENT FRANCE 3. En Mayenne, une mère de famille atteinte de deux tumeurs dénonce l'utilisation de pesticides à huit mètres de son domicile ». L'allégation d'un lien avec les pesticides utilisés sur les cultures voisines a fait l'objet d'un démontage par M. Christophe Boizard que nous avons relayé avec « FranceTVInfo : le poison de la désinformation... et de l'imbécillité et l'irresponsabilité journalistiques ». Nous n'avons pas été les seuls. Autrement dit, l'équipe de production ne pouvait pas ignorer que ce lien était ténu, sinon inexistant. Elle n'en a pas moins renoncé à produire une séquence à charge, avec des expressions de doute de façade.

 

Envoyé Spécial affirme par ailleurs que le maire n'a pas souhaité les recevoir (à 21:25). C'est probablement exact, mais la ficelle est vraiment très grosse : il a répondu précédemment à France 3, qui avait retenu une très courte déclaration (à 2:12) – pour l'essentiel : « Je trouve que c'est absolument délicat de prendre position » (la suite a manifestement été coupée).

 

Certes, le « reportage » d'Envoyé Spécial n'a pas été entièrement à charge... Il fallait bien quelques séquences alibis pour ne pas (trop) se faire accuser de partialité.

 

Sur FranceTVInfo, une séquence est résumée en trois paragraphes ouverts par un titre neutre (tiens, tiens...), « VIDEO. Pesticides : agressé lors d'un épandage, un agriculteur témoigne dans "Envoyé spécial" ». Dans le « reportage », les véritables enjeux de cette affaire sont évacués en 2 minutes 30 chrono. Notez le titre de FranceTVInfo (c'est nous qui graissons) : « VIDEO. Pour cet agriculteur, "les gens de la ville veulent être à la campagne sans en avoir les inconvénients" »

 

 

Mais que valent ces séquences face à la multiplicité des références à l'empoisonnement (allégué) des habitants ? La séquence incluant une conversation dans une cuisine avec des gens de Langouet, dont deux femmes qualifiées – tout de même – de militants écologistes, est à cet égard instructive (à partir de 12:50 du « reportage » ; la séquence dans la cuisine est visible ici).

 

 

(Source)

 

 

Des téléspectateurs attentifs ont remarqué, outre celui arboré par ces dames militantes, un drôle de coquelicot collé contre la vitre.

 

 

(Source)

 

 

C'est un dispositif tue-mouches imprégné d'un insecticide, forcément puissant (modifié le 7 novembre 2019 : un néonicotinoïde? de l'imidaclopride, interdite en agriculture), qui tue les mouches par contact.

 

Des pesticides dans les champs ? Ah non ! Pas de ça ! Ça nous empoisonne (même si le premier champ est à 80 mètres, derrière quelques obstacles style haies et arbres). Des pesticides dans la cuisine ? Pas de souci !

 

 

(Source)

 

 

Cet Envoyé Spécial aurait attiré 1.739.000 téléspectateurs, se classant – bizarrement – troisième en pourcentage, devant France 3 qui en a attiré 1.804.000. Parmi eux, sans nul doute, de nombreux agriculteurs qui ont voulu savoir comment ils allaient être agribashés...

 

 

(Source)

 

 

C'est, après tout, une bonne nouvelle. La mauvaise est que, décidément, l'argent du contribuable est bien mal utilisé.

 

Allô ! Mme Delphine Ernotte ?

 

 

(Source)

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