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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Donner la parole aux agriculteurs

29 Novembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Donner la parole aux agriculteurs

 

Onyaole Patience Koku*

 

 

 

 

Il faut toujours donner la parole aux agriculteurs.

 

C’est le message que j’ai livré le mois dernier lors d’un forum sur l’agriculture en Allemagne – et c’est le message que j’ai l’intention de répandre en tant que récipiendaire du prix Kleckner du Réseau Mondial d'Agriculteurs (Global Farmer Network) pour 2019.

 

C’est un si grand honneur ; j’ai peine à croire que j’aie même été considérée comme candidate possible pour ce prix. Dans mon monde de semis, de protection et de récolte, c’est la chose la plus proche d’un prix Nobel de la Paix.

 

Nommé en l'honneur de feu Dean Kleckner, le premier président de ce qui est aujourd'hui le Réseau Mondial d'Agriculteurs, ce prix vise à récompenser un agriculteur qui a fait preuve de leadership, de vision et de détermination dans la défense du droit des agriculteurs de choisir la technologie et les outils qui permettront d'améliorer la qualité, la quantité et la disponibilité des aliments dans le monde.

 

Au cours de l'année écoulée, j'ai voyagé à partir de mon pays, le Nigeria, pour promouvoir ces valeurs. J’ai également écrit des articles sur les raisons pour lesquelles les agriculteurs africains ont besoin des OGM, l’importance des produits de protection des plantes tels que le glyphosate et l'intérêt de raconter nos histoires sur les réseaux sociaux.

 

Derrière tout cela se cache une idée principale : toujours donner la parole aux agriculteurs.

 

Malheureusement, notre voix se perd souvent dans le bruit de la vie ordinaire. Nous sommes tellement occupés à cultiver des terres et à élever des familles que nous ne prenons pas toujours le temps de dialoguer avec le grand public. En tant qu'agricultrice qui produit à la fois du maïs semence et du maïs grains, je sais à quel point il peut être difficile de penser à autre chose.

 

S'ajoutant au défi, les consommateurs comprennent moins sur la production alimentaire qu’il y a une génération, en partie parce que moins d’entre eux sont directement impliqués dans la production, mais aussi parce que la science et la technologie deviennent de plus en plus sophistiquées chaque année.

 

Nous expliquons de moins en moins à un moment où nous avons tellement de choses à dire. Si nous ne racontons pas nos histoires – et ne défendons pas les outils dont nous avons besoin –, personne ne le fera. Mais c’est encore pire. Notre silence crée un vide que d’autres s'empressent de combler. Leurs paroles ne seront pas les nôtres et leurs intérêts entreront en conflit avec les nôtres. Ils vivent souvent dans des villes lointaines et mettent rarement les pieds dans de vraies fermes, mais ils sont déterminés à nous commander dans nos fermes.

 

Ils insisteront pour que nous fassions notre travail avec les technologies du 20e siècle. Ils nous interdiront l’accès à des produits qui protègent nos cultures des mauvaises herbes, des parasites et des maladies. Ils nous submergeront de communiqués de presse et de protestations.

 

Mais nous ne pouvons pas simplement nous défendre contre nos agresseurs. Nous devons également passer à l'offensive.

 

Nous pouvons diffuser les bonnes nouvelles concernant la biotechnologie. Nous pouvons décrire comment les OGM nous permettent de produire plus de nourriture sur moins de terres, nous aidant ainsi à nourrir la planète et à préserver l'environnement. Je suis particulièrement enthousiasmée par CRISPR, une méthode d’édition de gènes qui pourrait potentiellement déclencher une nouvelle Révolution Verte.

 

Nous pouvons dire la vérité sur la protection des cultures et sur son rôle vital dans le maintien de la santé de nos cultures et la propreté et la qualité de nos aliments. Au Nigeria, cette technologie nous permet de vaincre la double menace d'une mauvaise herbe appelée « aya aya » et d'un insecte au nom menaçant : « légionnaire d'automne ». Nous aspirons à faire du continent africain un grenier mondial, par opposition à un cas désespéré agricole – et la protection des plantes est essentielle à cette ambition.

 

Enfin, nous pouvons participer aux discussions sur l’agriculture et l’alimentation où qu’elles se déroulent : avec nos amis et nos parents, avec des personnes qui commencent des conversations en ligne et dans les centres de conférence où les puissants se rassemblent pour parler de l’agriculture.

 

Dean Kleckner savait utiliser sa voix. Il était devenu un ardent défenseur des agriculteurs qui souhaitaient le libre-échange et l'accès aux technologies modernes. Il avait également une vision pour une organisation qui amplifierait la voix des agriculteurs. Le Réseau Mondial d'Agriculteurs, dont je suis un fier membre, est son héritage. Le reste d'entre nous devraient apprendre de son exemple et suivre ses traces.

 

Je vais continuer à voyager et à écrire – et maintenant je le ferai en tant que récipiendaire d’un Prix Kleckner, en utilisant ma voix pour faire en sorte que les agriculteurs soient toujours entendus.

 

____________

 

Onyaole Patience Koku

 

La ferme de Patience est située dans l’État de Kaduna au Nigeria. La ferme couvre 500 hectares de terres louées et produit deux cultures par an sous irrigation par pivot. On y cultive principalement du maïs semence pour Monsanto et du maïs grain pour de grandes entreprises de transformation des aliments au Nigeria, comme Flour Mills of Nigeria. Patience est titulaire d’un diplôme en sciences politiques et a plus de 20 ans d’expérience dans divers secteurs, dont la mode et l’agriculture. Elle a déjà démarré et exploité une ferme avicole de 12.000 poulets de chair par bande et fait du négoce (au niveau local et international) et du courtage pour ADM. Patience promeut l'accès aux technologies agricoles. Elle attend avec impatience la possibilité de cultiver des plantes génétiquement modifiées au Nigeria. Elle siège au conseil d'administration de plusieurs sociétés, dont 1 Hectare 1 Family Nigeria Ltd., une entreprise qui vise à faire cultiver 200.000 hectares de terres au cours des cinq prochaines années, améliorant les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles en leur permettant d'accéder à la mécanisation, à l'innovation et à la technologie.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/10/let-the-farmer-have-a-voice/

 

 

 

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Il est là 01/12/2019 21:54

@Maître Folace

Hélas au rythme où ca va il y a des chances qu'un jour on confie la responsabilité de décider le devenir des pesticides à une commission de spécialistes de la littérature ouzbek du XVIème siècle. Mais le pire c'est quand on demande à des commissions de citoyens de décider alors que dans ces commissions ont trouve des gens uqi n'ont pas de compétences pour parler avec autorité de ces sujets. Et le pire c'est que à ces citoyens en question, je suis sûr que si pour prendre une décision sur leur propre métier le pouvoir faisant appel à des non-spécialistes de celui-ci, ils seraient les premiers à se plaindre et à dire que c'est à eux de parler de leur job. Par exemple le psychiatre de la commission sur les déchets nucléaires, si le gouvernement pour réformer la psychiatrie décidait de confier ce soin à une commission de mathématiciens, de philosophes et d'électriciens, il se plaindrait à haute voix et dirait que c'est aux psychiatres de se prononcer là dessus.

Seppi 04/12/2019 15:19

@ Il est là le dimanche 01 décembre 2019 à 21:54

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Bien observé.

un physicien 29/11/2019 11:44

Ecouter les agriculteurs sur l'agriculture ? Pourquoi pas les enseignants sur l'enseignement, les médecins sue les urgences, etc. ?
Ce serait la chienlit !

Seppi 04/12/2019 14:55

à Hbsc Xris le samedi 30 novembre 2019 à 20:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne suis pas sûr que les commissions ont des pouvoirs sidérants. J'aimerais bien savoir quel est leur rapport coût-bénéfices.

A côté de cela, il y a les consultations publiques. Certaines correspondent à des usages déjà anciens (sur les Plans d'Occupation des Sols par exemple), d'autres sont devenues obligatoires pluis récemment sur tout et n'importe quoi lié à l'environnement. C'est vrai que les extrémistes ont appris à s'en servir et à dévoyer le concept, les médias et réseaux sociaux contribuant à la gabegie. Exemple : les ZNT pour lesquelles Génération Futures et EELV ont produit des sites dédiés permettant de produire des "observations" préformatées.

Et puis, oui, nous sommes de plus en plus soumis aux diktats des minorités agissantes et, malheureusement, de sombres imbéciles.

Hbsc Xris 30/11/2019 20:23

Merci pour le lien Maître Folace, j'avoue que ces commissions sont sidérantes, comme l'est leur pouvoir. Ces grands débats publics dont tout le monde "ordinaire" (dont moi) ignore l'existence ne sont que des tribunes pour les extrémistes associatifs environnementaux et autres extrémistes d'ailleurs. Je ne cesse de dire que la démocratie dans notre pays, et les autres pays européens d'ailleurs, n'est plus qu'une fiction. Nous élisons des gens sans pouvoir dont les votes se limitent à entériner les diktats de minorités agissantes qui imposent leurs idées via des multitudes de commissions.
C'est effarant. Et notre presse va fustiger la Chine pour son manque de démocratie, de qui se moque t-on ?

Seppi 30/11/2019 17:23

Re-bonjour,

J'étais arrivé à cette page, me semble-t-il, mais je ne l'ai pas déroulée, m'étant acharné sur les liens à droite.

C'est effectivement édifiant.

Une autre pour la route :

"Je n'ai strictement rien à dire mais je tiens à ce que ça se sache" ( Jacques Dutronc).

Et aussi :

https://www.youtube.com/watch?v=hz5xWgjSUlk

Maître Folace 30/11/2019 15:45

@seppi 14:42
La composition de cette institution est sur le lien suivant, j'admets qu'il n'y est pas facile d'y accéder.
https://www.debatpublic.fr/plan-national-gestion-matieres-dechets-radioactifs-pngmdr
Les conclusions sont d'une banalité consternante, exemple:
"Les participants ont placé l’éthique à travers la question du leg aux générations futures, la gouvernance et la mobilisation citoyenne au cœur de leurs préoccupations."
ou encore:
"Les droits de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement ont trouvé une résonance très forte"
Alors que la seule question qui vaille est "on enfouit ou pas" mais là on chercherait en vain l'ébauche du commencement du début de l'ébauche d'une réponse.
Bon ça nous emmène loin de nos préoccupations agricoles mais ça démontre l'emprise de ceux qui n'y connaissent rien, comme disait Audiard "c'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule".
Signé un "bac-10" et fier de l'être.

Seppi 30/11/2019 14:42

@ Maître Folace le vendredi 29 novembre 2019 à 13:40

J'ai essayé de voir la composition de cette commission. le site est d'une rare opacité, et la gestion du dossier me semble branquignolesque. Ai-je faux ?

Je ne sais pas si c'est la crainte des conflits d'intérêts. Mais, en matière environnementale, les activistes ont réussi à faire accepter la notion de consultation du public… un formidable moyen pour eux de s'imposer dans la prise de décision (cas récent : glyphosate et ZNT).