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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bisphénol et diabète : vraiment ?

14 Novembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Santé publique

Bisphénol et diabète : vraiment ?

 

 

(Source)

 

Une équipe française aux affiliations diverses et variées incluant un chercheur avec une affiliation australienne (Rancière F., Botton J., Slama R., Lacroix M.Z., Debrauwer L., Charles M.A., Roussel R., Balkau B., Magliano D.J., groupe d'étude D.E.S.I.R.) a publié dans Environmental Health Perspectives « Exposure to Bisphenol A and Bisphenol S and Incident Type 2 Diabetes: A Case-Cohort Study in the French Cohort D.E.S.I.R. » (exposition au bisphénol A et au bisphénol S et diabète incident de type 2 : une étude de cas-cohorte dans la cohorte française D.E.S.I.R.).

 

En voici le résumé :

 

CONTEXTE : La question de savoir si l'exposition au bisphénol A (BPA) contribue au développement du diabète de type 2 n'est toujours pas résolue. La plupart des preuves épidémiologiques sur l'association entre le BPA et le diabète proviennent d'études transversales ou longitudinales avec des mesures urinaires uniques. Aucune étude prospective n'a examiné l'exposition à des analogues du BPA tels que le bisphénol S (BPS) en relation avec le diabète de type 2 incident.

 

OBJECTIFS : Nous avons cherché à déterminer si l’exposition au BPA et au BPS, évaluée à un ou deux moments différents, était associée à l’incidence du diabète de type 2.

 

METHODES : Nous avons effectué une étude de cohorte sur 755 participants non diabétiques au départ et ayant fait l'objet d'un suivi sur 9 ans dans le cadre de la cohorte prospective française Données d'une Étude Épidémiologique sur le Syndrome de Résistance à l'Insuline (D.E.S.I.R.). Le BPA-glucuronide (BPA-G) et le BPS-glucuronide (BPS-G) ont été évalués dans des échantillons d'urine à jeun prélevés lors des examens de santé initiaux et 3 ans plus tard. Les associations avec le diabète incident ont été examinées à l'aide de modèles de régression de Cox à pondération de Prentice ajustés pour les facteurs de confusion potentiels.

 

RÉSULTATS : Au total, 201 cas incidents de diabète de type 2 ont été diagnostiqués au cours du suivi, dont 30 dans la sous-cohorte. Comparativement aux participants ayant l'exposition moyenne au BPA la plus faible (inférieure au premier quartile), les participants des groupes d'exposition des deuxième, troisième et quatrième quartiles avaient un risque de diabète de type 2 presque doublé, avec un ratio de risque (HR) = 2,56 (IC à 95 % : 1,16, 5,65), 2,35 (IC à 95 % : 1,07, 5,15) et 1,56 (IC à 95 % : 0,68, 3,55), respectivement. La détection de BPS-G dans l’urine à un moment ou aux deux moments était associée à un diabète incident, avec un HR = 2,81 (IC à 95 % : 1,74, 4,53).

 

DISCUSSION : Cette étude montre des associations positives entre l'exposition au BPA et au BPS et l'incidence du diabète de type 2, indépendamment des facteurs de risque de diabète traditionnels. Nos résultats devraient être confirmés par de récentes études observationnelles basées sur la population dans différentes populations et différents environnements. Dans l’ensemble, ces résultats soulèvent des préoccupations quant à l’utilisation du BPS en tant que substitut du BPA. Des recherches supplémentaires sur les analogues du BPA sont justifiées. https://doi.org/10.1289/EHP5159.

 

À l'heure où nous écrivons, nous n'avons pas (encore ?) vu de ramdam médiatique. C'est une heureuse surprise.

 

Ce genre d'études apporte des éléments de connaissance, mais ils sont fort limités. Quelle valeur attribuer à des associations entre une exposition à une substance mesurée deux fois sur une période de suivi de neuf ans et la survenue d'une maladie ? Les auteurs de l'étude ont bien fait de se montrer très prudents dans la partie « discussion » de leur résumé.

 

On peut aussi trouver que les résultats sont curieux pour le BPA : le ratio de risque par rapport au premier quartile baisse avec l'augmentation de l'exposition.

 

S'agissant du bisphénol S, nous avons trouvé un communiqué de presse de l'INRA, « Le remplacement du bisphénol A par le bisphénol S conduit à augmenter l’exposition à une substance hormonalement active », selon lequel :

 

« En raison des propriétés oestrogéno-mimétiques du BPS comparables à celles du BPA, le remplacement du BPA par le BPS conduit ainsi à multiplier par environ 250, les concentrations dans le sang d’une substance hormonalement active. Ce résultat montre que l’évaluation de l’exposition est critique pour la recherche d’alternatives à des substances préoccupantes et pourrait permettre d’éviter une substitution regrettable. »

 

Ce communiqué se rapportait à « Oral Systemic Bioavailability of Bisphenol A and Bisphenol S in Pigs » (biodisponibilité systémique orale du bisphénol A et du bisphénol S chez le porc) de Véronique Gayrard et al.

 

Il pourrait effectivement « permettre d’éviter une substitution regrettable », mais à condition que les décisions politiques prises en la matière soient fondées sur la science plutôt que sur l'impérieux désir de certains décideurs politiques de parader devant les activistes.

 

Lorsque le législateur avait été saisi d'une proposition de loi tendant à interdire le bisphénol A dans les plastiques alimentaires, les avertissements étaient déjà sur la table (voir par exemple ici et ici).

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F
201 cas de diabète sur une cohorte de 755 personnes cela me semble énorme.
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S
Bonjour,

Merci pour vos commentaires.

Cet article est très confus.

Voici ce qu'ils écrivent dans le texte :

"We conducted a case–cohort study nested in the D.E.S.I.R. cohort. All participants with a baseline urine sample and blood glucose and body mass index (BMI) data at baseline and 9-y visits were eligible for this study (n=3,409). We randomly selected 600 participants from all the eligible participants and which we refer to as the subcohort. This group corresponds to a subcohort sampling fraction of 11.5%, which is in line with other case–cohort studies (Sharp et al. 2014). Incident diabetes was defined by treatment with glucose-lowering agents or a fasting plasma glucose of ≥7.0 mmol/L or glycated hemoglobin (HbA 1c) of≥6.5% at any of the three 3-yearly health examinations after inclusion. After excluding participants with prevalent diabetes or uncertain status at baseline, the final study population included 584 subcohort members and 201 incident cases of diabetes, 30 of whom were in the subcohort. Among the 201 incident cases, 82 were diagnosed with diabetes between baseline and year 3, 50 between year 3 and year 6, and 69 between year 6 and year 9. In total, 47 participants were diagnosed with type 2 diabetes based on treatment, and 154 were diagnosed based on fasting plasma glucose or HbA 1c testing. The selection of participants is described in detail in Figure 1.

Les 201 cas seraient donc dans une population de quelque 340 (ou moins : si on a exclu des membres de la sous-cohorte, il a bien fallu en exclure aussi dans l'autre partie), ce qui nous fait en gros du 6 % ou plus.

Cela reste beaucoup. La prévalence du diabète traité pharmacologiquement en France est estimée à 5,0% en 2016, soit plus de 3,3 millions de personnes traitées pour un diabète.

https://www.santepubliquefrance.fr › prevalence-et-incidence-du-diabete

Je n'ai pas essayé de comprendre la chose. Je me suis arrêté au fait qu'on extrapole à partir de tests ponctuels, ce qui AMHO n'a aucun sens
F
Erratum: 201 / 755 = 27%.
F
210 / 755 = 27%. Selon l'OMS la prévalence du diabète était de 8,5% en 2014 (adultes de 18 ans et plus). Source: https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/diabetes
H
Est-il bien nécessaire de chercher des causes complexes à "l'épidémie" de diabète 2 ? Sans exclure une part de génétique et les questions de microbiote intestinal, il me semble que faire ses courses en supermarché, au moins de temps en temps, permet de comprendre aisément la cause principale du diabète 2. Il suffit de regarder le contenu des chariots et d'apprécier l'IMC vraisemblable des personnes accompagnant le chariot. Les corrélations sont évidentes. Certes tous les gens en surpoids ou obèses ne sont pas diabétiques, mais quand même surpoids et obésité y contribuent fortement. Je me souviens d'une conversation récente dans une file d'attente, entre 2 personnes, bien plus jeunes que moi, mais en surpoids et diabétiques 2. Leur médecin commun leur avait interdit tout gâteau, toute friandise, toute boissons sucrées. Les 2 personnes se racontaient notamment avoir bu "sucré" toute leur vie, avoir du mal à boire de l'eau car cela ne les désaltérait pas et étaient indignées de l'interdiction.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je dois dire que toutes ces études dans lesquelles on essaie de faire un lien, purement statistique, entre une substance ou un comportement et une affection, ça me court sur le Phaseolus vulgaris.
F
Les auteurs de l'article écrivent qu'ils ont corrigé les données pour tenir compte des possibles facteurs de confusion. On peut éspérer que le surpoids fait partie des facteurs qu'ils ont pris en compte.
F
Bonjour, il y a pas longtemps j'ai appris sur le blog d'Albert Amgar que la moutarde contient du bisphénol F, il se forme "naturellement" : lorsque les graines de moutarde (en fait seulement Synapis alba, la moutarde blanche) sont broyées dans un liquide (vinaigre, vin), une chaine de réactions chimiques se déclenche et est à l’origine de la présence de bisphénol F. Encore un exemple où l'on voit une sorte de biais dans ce qui fait peur.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Le blog d'Albert Amgar… une source incontournable.