Agribashing : les exploits de la Conf' à Strasbourg
En matière syndicale, comme dans d'autres, règne une grande liberté de choix quant à la stratégie poursuivie.
Qu'il me soit permis un aparté avant d'aborder le vif du sujet : les grandes manifestations récentes de la FNSEA et des JA ont produit, semble-t-il, un effet sur le gouvernement, qui est notamment revenu sur son intention de réduire les financements des Chambres d'Agriculture (à moins que ce fût la bronca de nombreux députés) ; en revanche, le déploiement des forces, particulièrement le déversement de substances et objets divers et variés n'est pas de nature à rapprocher les Français non agriculteurs des Français agriculteurs. Même les convois de tracteurs : ça a eu marché du temps où ils étaient petits, ternes et sans cabines ; aujourd'hui, ils sont perçus comme des monstres conduits par un quidam quasiment invisible, et comme des signes d'opulence.
Passons donc à la Confédération Paysanne. Avec des groupements agricoles européens de même obédience et des entités se revendiquant environnementales et de solidarité internationale, ou encore de défense des consommateurs ou du bien-être animal, elle a participé à une « Agroparade » à Strasbourg.
Ce fut à l’appel de deux plates-formes d’action, l'une française (Pour une autre PAC, dont la Conf' est membre et qui est notamment financée par les... fondations Léa Nature, Lemarchand, Bjorg, Bonneterre et Compagnie et Ekibio, et bien sûr par Biocoop) et l'autre allemande (Wir haben es satt! (nous en avons assez !)).
Objectif officiel : réclamer une autre Politique Agricole Commune (PAC). Une politique qui ferait la part belle aux « paysan.ne.s » et à tous les fantasmes de la bien-pensance pastèque. Mais peut-être faut-il inverser l'ordre comme le suggère le titre du Monde, « A Strasbourg, une "agroparade" paysanne contre l’agrobusiness » : la cause paysanne est instrumentalisée pour faire avancer une cause socio-politique.
Ils étaient donc près d'un millier selon un titre de l'Alsace, et d'après les images que l'on peut glaner sur divers sites, c'est la Conf' qui a fourni le gros des troupes. Mais ont-ils vraiment été au centre des préoccupations ? Le discours de M. Nicolas Girod est-il convaincant ?
Quand la Conf' défile avec des manifestants qui portent des slogans chers à la petite entreprise Générations Futures (certes sans la précision « (* de synthèse) », on peut penser que qu'elle ne représente pas les nombreux agriculteurs qui utilisent des produits de protection des cultures (* de synthèse) et qui votent pour elle.
Tout ne peut certes pas être contrôlé dans une manifestation, mais un syndicat comportant de nombreux éleveurs doit se poser des question quand son partenaire allemand (semble-t-il) produit une vidéo présentant des cartes postales appelant à devenir végane.
Voici la vidéo.
La manifestation fut évidemment « honorée » par la visite de quelques eurodéputés et autres édiles (ou futur édile dans le cas de M. Claude Gruffat, anciennement président de Biocoop) en quête de notoriété.
Le point culminant de la manifestationa été un « die in » devant le Parlement Européen, sur fond de discours se voulant à la Greta par une jeune fille avec des nattes.
« Pesticides et monocultures ont transformé les champs en déserts »...
Êtes-vous d'accord la Conf' ? Où sont les déserts, en France s'entend ?
Cette pitoyable mise en scène peut se résumer ainsi : l'agriculture conventionnelle tue. C'est le degré zéro de l'agribashing.
En matière syndicale, comme dans d'autres, règne une grande liberté de choix quant à la stratégie poursuivie, avons-nous écrit en introduction ? En matière syndicale, au moins dans les pays civilisés, la déontologie syndicale requiert la bienveillance et au minimum la modération vis-à-vis des syndicats concurrents.
Manifestement, cela ne fait pas partie du logiciel de la Conf' dont, de surcroît, le mot d'ordre principal peut se résumer ainsi : donnez-nous les sous, plutôt qu'aux autres.
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