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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Libération et les pesticides : un pas de plus dans la connerie et l'abjection

13 Octobre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides

Libération et les pesticides : un pas de plus dans la connerie et l'abjection

 

Glané sur la toile 416

 

 

Musardons un peu pour commencer.

 

C'est la Saint-Sylvestre 2018. Sur le premier coup de minuit tonne la première pièce d'un feu d'artifice... Et mon disjoncteur saute. J'en conclus (pour les besoins de la démonstration, rassurez-vous !) que le feu d'artifice a provoqué la panne de courant...

 

Idiot, pensez-vous ? Vous avez raison, c'est le sophisme du cum hoc, propter hoc. Parce que les deux événements se sont produits en même temps, l'un est la conséquence de l'autre. En fait, c'est mon chauffe-eau qui avait odieusement décidé de ne plus nous servir en 2019.

 

 

(Source)

 

 

Le 26 septembre 2019, Libération a publié « En Argentine, des corps meurtris par les pesticides », une série de photos en noir et blanc, d'un maître de la photographie, Pablo E. Piovano.

 

En chapô :

 

« Pablo E. Piovano, photographe argentin, commence ce travail en 2014. Suite à un rapport sur les effets de la fumigation sur la santé, il décide de se rendre dans les régions concernées. Il a été très facile de rencontrer les personnes touchées : "L'une menait à l'autre. Plusieurs dizaines de personnes m'ont ouvert leur porte et je me suis retrouvé encore et encore devant le même genre de souffrance." Son témoignage a donné lieu à un livre, "The Human Cost of Agrotoxins", publié en 2017. »

 

Mettons un bémol à ces propos : ces gens, et surtout les enfants, sont devenus des bêtes de foire pour une faune médiatique militante. Oui, « [i]l a été très facile... » : il doit y avoir un carnet d'adresses (ce qui n'empêche pas les « documentaristes » de se vanter d'avoir fait un énorme travail d'investigation) ; voici par exemple deux vidéos (ici et ici)... le même personnage y est mis en scène...

 

Les photos sont esthétiquement superbes, mais cela n'exonère pas Libération de l'obligation de vérifier, sinon la véracité, du moins la crédibilité des allégations.

 

De fait, les photos, bien mises en scène, et les allégations sont abominables. Envers les personnes et leurs familles qui ont été instrumentalisées et incitées à croire que leur malheur est la résultante de l'emploi de pesticides, quelquefois à des distances importantes ; envers les Argentins implicitement incités à se détourner des causes réelles des affections outrageusement mise en image ; envers les lecteurs de son ouvrage et maintenant les lecteurs de Libération.

 

Prenons quatre exemples simples.

 

« Colonia Alicia, province de Misiones, juillet 2014. Lucas Techeira, 5 ans, est né avec une maladie incurable appelée ichtyose lamellaire, causée par une mutation génétique. Ses parents travaillaient dans un champ de tabac et d'autres plantations où des produits agrochimiques comme le glyphosate et le 2,4-D, un des composants de l'agent orange, sont pulvérisés.

Photo Pablo E. Piovano »

 

Ici, on a au moins la précision qu'il s'agit d'une maladie causée par une mutation génétique. Mais, cum hoc, propter hoc (c'est bien la conclusion à tirer du titre de l'ouvrage)...

 

Vraiment ? Selon le site Orpha-net, il s'agit de « la variante la plus courante d'ichtyose congénitale de transmission autosomique récessive ». Il faut donc que les deux parents soient porteurs de l'allèle (gène en langage courant) défectueux, ou que l'un soit porteur et que le gamète (ovule ou spermatozoïde) de l'autre ait muté, ou que les deux aient mutés. La première hypothèse est la plus probable et l'implication des pesticides est hautement improbable.

 

Utilise-t-on du glyphosate et du 2,4-D sur le tabac en Argentine ? Le premier probablement en pré-plantation et peut-être en application manuelle entre les rangs (je suppose). Le second, détruisant les dicotylédones, aurait pour effet de détruire aussi le tabac... Mais il a une propriété merveilleuse, ce 2,4-D : il permet de faire un renvoi à l'Agent Orange (et dans certains « documentaires » à inclure une séquence sur le Vietnam pour illustrer les méfaits allégués du soja transgénique)...

 

 

« Concordia, province d'Entre Rios, décembre 2016. Mario Lovatto a travaillé de 8 à 33 ans dans des plantations d'agrumes et de bleuets [ma note : ce sont des myrtilles, en français canadien], récoltant et fumigant [ma note : c'est la traduction paresseuse de « fumigando », traitant]. Il souffre de lipomatose multiple et a environ 100 lipomes dans son corps. Son fils Mario, 9 ans, a la maladie de Tangier. Eric, 4 ans, a perdu un rein et Maylen, 2 mois, souffre d'une maladie cardiaque.

Photo Pablo E. Piovano »

 

Wikipedia nous apprend dans un article brévissime (l'anglais est un peu plus détaillé) :

 

« La lipomatose est un syndrome héréditaire relativement rare, qui se caractérise par la présence de plusieurs lipomes sur la surface du corps. »

 

Il est plus détaillé sur la maladie de Tangier :

 

« La transmission de la maladie de Tangier suit un mode autosomique récessif. La maladie est due à des mutations du gène ABCA1 (9q31) codant le transporteur à ATP binding cassette (ABC1), une protéine régulatrice du transport du cholestérol intracellulaire vers la surface cellulaire et de son transfert vers le pool de HDL. [...] »

 

Quel lien avec les « agrotoxiques » et les « fumigants » ? Quel lien pour la perte d'un rein et la maladie cardiaque (non précisée) des enfants ?

 

Pour la maladie de Tangier, le « mode autosomique récessif » implique que, répétons le, les deux parents sont porteurs de l'allèle (du gène en langage courant) défectueux, ou... Wikipedia écrit encore :

 

« La prévalence de la maladie de Tangier est inconnue. Environ 100 cas ont été décrits dans le monde. »

 

Serait-il possible que l'usage des pesticides, réputé massif et irresponsable, ne se traduise que par un nombre très limité de cas ?

 

 

« Monte Maiz, province de Cordoue. Septembre 2015. Alfredo Cerana a travaillé pendant neuf ans comme épandeur de produits agrochimiques dans les champs de soja. Ses ongles ont été brûlés. Aujourd'hui, il souffre d'une cirrhose non alcoolique, de trois hernies discales. Les examens médicaux ont montré des résidus de glyphosate, de chlorpyrifos, d'azatrine, de 2,4-D et de cyperméthrine dans son sang.

Photo Pablo E. Piovano »

 

Les hernies discales, quel lien avec les pesticides ?

 

La cyperméthrine ? C'est aussi un biocide à usage domestique.

 

 

« Libero, Province d'Entre Ríos, novembre 2014. Marta Elsa Cian, une productrice de volailles. Les habitants de la ville l'a surnomment "la femme folle au masque". Chaque fois qu'elle quitte sa maison, elle se protège afin d'éviter d'être exposée aux produits agrochimiques provenant de la pulvérisation aérienne des cultures. Elle souffre d'insuffisance respiratoire chronique, d'hypertension, de neuropathies associées à des symptômes hématologiques et cardiologiques. »

 

Même question. On pourrait ajouter : comment se fait-il que les personnes qui ne mettent pas de masques ne soient pas atteintes par tous ces affections, ou seulement l'une ou l'autre ?

 

 

Terminons sur une abomination :

 

« Malvinas Argentinas, province de Cordoue, septembre 2014. En 2014, les bénéfices de Monsanto s'élevaient à environ 16 milliards de dollars.

Photo Pablo E. Piovano »

 

C'est la légende d'un montage, une sorte de vitrail avec des sortes de saintes en prière, avec des masques à gaz et, en avant-plan, des barbelés.

 

On laissera à l'auteur le soin de décrypter la symbolique dans le détail. Mais les barbelés... Il est des personnages infâmes prénommés Adolf et Joseph qui ont trouvé un digne héritier. Et Libé qui reproduit ça ? Beurk !

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Etienne 15/10/2019 17:50

Tout à fait d'accord !
Je ne suis absolument pas pour défendre les sociétés et leur profit. Par contre, je suis contre la désinformation et la perversion des faits pour défendre un cause,qu'elle qu'elle soit.
Je suis viticulteur Bio, et pourtant, jeune supporte pas ces discours alarmistes mêlés de mensonges ou en tout cas de fausse interprétations pour attaquer les conventionnels. Pourquoi ? Parce que ce discours biaisé peut tout autant être utiliser pour les Bio.
On peut faire dire ce que l'on veut en manipulant les chiffres, les corrélations. Au dépend de la vérité.
Ex : 3% des accidents qui arrivent sur autoroute sont dûs à des gens qui roulaient dans le mauvais sens. Donc, 97% des accidents sont dûs à des gens qui roulent dans le bon sens. Donc, les gens qui roulent dans le bon sens sont beaucoup plus dangereux que ceux qui roulent dans le mauvais sens. CQFD.
Nous utilisons du cuivre pour protéger le vignoble. C'est un métal lourd qui s'accumule dans les sols.
Certains collègues enturbanés sont en train de préparer une défense allucinante pour cette matière qui est inscrite dans la liste des matières sujettes à substitution de l'UE. Ils veulent faire passer cette matière pour innofensive pour la nature sous prétexte qu'elle est d'origine naturelle, pour pouvoir l'utiliser encore. Là, le danger disparaît. Non!
Les produits phyto quels qu'ils soient sont dangereux et ils le sont d'autant plus s'ils sont mal utilisés. Comme les médicaments. Mais ils sont utiles à l'homme, qu'ils soient d'origine naturelle ou de synthèse. A nous de les utiliser le moins possible pour avoir l'impact minimal sur l'homme et l'environnement.
Stop aux discours militants dénués de bon sens et de raison. La vérité n'est pas noire ou blanche mais souvent grise. Et stop aux manipulations de tous bords !

Didier 14/10/2019 13:57

Tant d'agitation pour masquer le vrai danger...
Vous ne faites que renforcer l'agribashing en vous agitant sur la toile... une époque est désormais révolue et le pouvoir de l'information n'est pas de votre côté...

corrector 13/10/2019 15:51

D'après le site de Monsanto, en 2014, les bénéfices réalisés ( net revenue ) sont d'un peu plus de 2,7 milliards USD, pas de 16. L'article que vous citez confond sans doute les ventes ( sales ) qui sont données à 15,855 milliards USD. voir https://monsanto.com/app/uploads/2017/05/2014_monsanto_annualreport.pdf