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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La plupart des rumeurs [aux États-Unis d'Amérique] sur les moustiques génétiquement modifiés sont erronées

12 Octobre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

La plupart des rumeurs [aux États-Unis d'Amérique] sur les moustiques génétiquement modifiés sont erronées

 

Henry Miller*

 

 

Le génie génétique a livré des résultats scientifiques, technologiques et humanitaires monumentaux, allant de la production d'insuline humaine dans des bactéries à la thérapie génique, en passant par l'augmentation de la sécurité alimentaire et la réduction de la malnutrition dans les pays en développement. Mais il continue à subir des caillassages, venant parfois de directions inattendues.

 

Le plus récent visait un produit extrêmement important qui contribue à réduire les populations de l'espèce invasive Aedes aegypti, le moustique tigre. Ce ravageur non indigène transmet des maladies virales, notamment le zika, la dengue, le chikungunya, la fièvre du Nil occidental et la fièvre jaune. Pour la plupart d'entre elles, il n'y a pas de vaccins ni de médicaments efficaces. Il n’est pas étonnant que les moustiques tuent plus d’êtres humains que tout autre animal de notre planète.

 

Oxitec, une filiale britannique d'une société américaine, a créé une approche novatrice et élégante sur le plan scientifique. On élève en laboratoire des moustiques mâles portant une mutation génétique spécifique qui, en l'absence d'un certain produit chimique, provoque la mort de la plupart de leurs descendants avant qu'ils n'atteignent leur maturité. Les moustiques mâles ne piquent pas. Leur lâcher ne présente donc aucun risque pour la santé et, du fait que la plupart de leurs descendants meurent, les moustiques génétiquement modifiés ne persistent pas longtemps dans l'environnement. Le lâcher des mâles sur plusieurs mois entraîne une réduction sensible de la population de moustiques.

 

Lors d'essais sur le terrain menés au Brésil, aux Îles Caïman, en Malaisie et au Panama, Oxitec a montré que la dissémination de ces moustiques mâles génétiquement modifiés avait régulièrement réduit les populations sauvages de plus de 80 %, et des essais sur le terrain plus récents ont montré une réduction allant jusqu'à 95 %. En 2014, sur la base de ces essais sur le terrain, l’autorité de réglementation du Brésil a approuvé la dissémination commerciale de ces moustiques, en grande partie parce que les méthodes traditionnelles de lutte contre les moustiques ne protégeaient pas les habitants du pays des maladies virales transmises par Ae. aegypti.

 

Plus tôt ce mois-ci [le 10 septembre], un groupe international de chercheurs a publié dans Scientific Reports les résultats de son analyse des moustiques sauvages locaux à Jacobina, au Brésil, à la suite du lâcher de centaines de milliers de moustiques par semaine par Oxitec de 2013 à 2015. Ils ont rapporté qu'une petite fraction (3-5 %) des moustiques lâchés ont survécu, se sont accouplés avec des individus sauvages et ont produit une progéniture qui a atteint la maturité. (Oxitec avait précédemment prédit une survie de cet ordre de grandeur.) En conséquence, les moustiques de la population locale ont hérité et se sont avérés contenir des fragments des génomes des moustiques Oxitec. Mais ces fragments ne sont pas les parties transgéniques qui confèrent la mutation létale ni le gène marqueur de fluorescence également introduit ; c'étaient juste des gènes « d'arrière-plan » ordinaires des moustiques parentaux. (Et même si les segments transgéniques ont été transférés horizontalement, ils ne sont pas dangereux et l’impact global du lâcher de l’OX513A d’Oxitec produit toujours une réduction considérable du risque pour l’homme des maladies véhiculées par Ae. aegypti.)

 

Voici l'argument décisif : leurs observations ne sont pas nouvelles et des observations similaires ont été incluses dans des publications précédentes et dans des documents présentés par Oxitec aux autorités locales. Néanmoins, les auteurs de l'article de Scientific Reports se sont livrés sur cette base à des spéculations et à des affirmations alarmistes complètement dénuées de fondement qui remettent en question la sécurité de la dissémination des moustiques d'Oxitec – des propos recueillis et largement diffusés dans les médias et les chambres d'écho des activistes anti-OGM. « Failed GM mosquito control experiment may have strengthened wild bugs » (l’échec d'une expérience de contrôle des moustiques génétiquement modifiés peut avoir renforcé les bestioles sauvages) », a ainsi été un des titres.

 

Le titre même de l'article de Scientific Reports, « Transgenic Aedes aegypti Mosquitoes Transfer Genes into a Natural Population » (les moustiques Aedes aegypti transgéniques transfèrent des gènes à une population naturelle), suggère que le gène auto-limitant des moustiques d'Oxitec ou le gène marqueur de fluorescence ont été transférés, bien que ce ne soit pas le cas (les auteurs eux-mêmes l'ont démontré dans un article précédent [ma note : il s'agit des auteurs brésiliens, pas états-uniens]).

 

Les auteurs de l'article de Scientific Reports ont également émis l'hypothèse que le transfert de fragments d'ADN des moustiques d'Oxitec pourrait conférer une résistance aux insecticides ou une « vigueur hybride » (amélioration de l'état de santé général, résistance aux maladies, etc.), ce qui soulèverait des problèmes. Mais il n'y a aucune preuve de cela. Ils auraient tout aussi bien pu supposer que l’ajout de très petites quantités d’ADN de fond pourrait faire en sorte que les moustiques commencent à dévorer les piranhas brésiliens...

 

Y a-t-il un motif de préoccupation ? Voici quelques faits saillants qui se trouvent dans l'article de Scientific Reports ou qui concordent avec ses observations :

 

  • Les moustiques OX513A d'Oxitec ont considérablement réduit la population locale de moustiques vecteurs de maladies, comme prévu.

     

  • Le gène auto-limitant (mortel) des moustiques OX513A ne persiste pas dans l'environnement (et si c'était le cas, cela tuerait les moustiques qui le portent, ce qui serait une issue favorable).

     

  • La transmission des gènes de fond des moustiques OX513A à un petit nombre de ceux de la population locale ne se traduit pas par un risque accru de transmission de maladies (et les moustiques OX513A ne sont pas résistants aux insecticides, il n’y a donc aucune possibilité qu'ils transmettent une résistance à d’autres moustiques). Enfin, selon des études antérieures, ces derniers continuent de disparaître de la population. Pas de mal, pas de faute.

     

  • En bref, cet article contient des erreurs évidentes, et apparemment intentionnelles, erreurs qui auraient dû être détectées par les éditeurs et les réviseurs. Il devrait être rétracté. Je laisserai à d'autres le soin de déterminer s'il s'agit d'une faute professionnelle de la part des chercheurs.

 

_____________

 

* Henry I. Miller, médecin et biologiste moléculaire, est Senior Fellow à l'Institut de Recherche du Pacifique. Il a été le directeur fondateur du bureau de la biotechnologie de la FDA.

 

Source : https://www.acsh.org/news/2019/09/23/much-buzz-about-genetically-engineered-mosquitoes-wrong-14302

 

 

 

Voici le résumé de « Transgenic Aedes aegypti Mosquitoes Transfer Genes into a Natural Population » (les moustiques Aedes aegypti transgéniques transfèrent des gènes à une population naturelle) de Benjamin R. Evans et al. (nous découpons...)

 

« Pour tenter de contrôler les maladies transmises par les moustiques – la fièvre jaune, la dengue, le chikungunya et le zika –, une souche de moustiques Aedes aegypti modifiés par transgenèse et contenant un gène létal dominant a été mise au point par une société commerciale, Oxitec Ltd.

 

Si la létalité est complète, la libération de cette souche ne devrait que réduire la taille de la population et ne pas affecter la génétique des populations cibles.

 

Environ 450.000 mâles de cette souche ont été relâchés chaque semaine pendant 27 mois à Jacobina, Bahia, au Brésil.

 

Nous avons génotypé la souche disséminée et la population cible de Jacobina avant le début de la libération pour plus de 21.000 polymorphismes mononucléotidiques (PMN). L'échantillonnage génétique effectué dans la population cible six, 12 et 27-30 mois après le début des disséminations montre clairement que des portions du génome de la souche transgénique ont été incorporées dans la population cible.

 

De toute évidence, des hybrides viables rares entre la souche relâchée et la population de Jacobina sont suffisamment robustes pour pouvoir se reproduire dans la nature. La souche relâchée a été développée en utilisant une souche originaire de Cuba, croisée avec une population mexicaine. Ainsi, les Ae. aegypti de Jacobina sont maintenant un mélange de trois populations.

 

On ignore comment cela peut affecter la transmission des maladies ou affecter d'autres efforts pour contrôler ces vecteurs dangereux.

 

Ces résultats soulignent l’importance de la mise en place d’un programme de surveillance génétique lors de ces disséminations afin de détecter des résultats inattendus. »

 

 

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Il est là 12/10/2019 16:20

Le biotausaurus devant cette annonce "Oui mais l'homme il détruit la planète alors moins d'humain c'est mieux. Et puis tous les animaux sont régulés par la prédation, pourquoi notre espèce aurait-elle le droit d'échapper à cs contraintes alors qu'elle a besoin d'être régulée ? C'est du spécisme !".