Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Angleterre et Pays de Galles tout bio : la cata !

30 Octobre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Agriculture biologique

Angleterre et Pays de Galles tout bio : la cata !

 

Ou : le bio ne sauvera pas la planète

 

 

Allons-y pour une nouvelle séance de biobashing – enfin selon les conceptions de ceux qui sont blindés contre les faits.

 

Laurence G. Smith, Guy J. D. Kirk, Philip J. Jones & Adrian G. Williams, majoritairement de l'Université Cranfield, se sont livrés à un énorme exercice qui s'est matérialisé en « The greenhouse gas impacts of converting food production in England and Wales to organic methods » (les impacts en termes de gaz à effet de serre de la conversion de la production alimentaire aux méthodes biologiques en Angleterre et au Pays de Galles).

 

Un titre qui fait plaisir en ce qu'il se réfère à la production alimentaire, cette finalité fort triviale de l'agriculture oubliée par tous ceux qui font de l'agribashing.

 

 

Le résumé de l'étude

 

En voici le résumé (nous découpons) :

 

« L'agriculture est un contributeur majeur aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) et doit figurer dans les efforts de réduction des émissions.

 

L'agriculture biologique pourrait y contribuer par la réduction de l'utilisation d'intrants agricoles et l'augmentation de la séquestration du carbone dans le sol, mais pourrait aussi exacerber les émissions par l'augmentation det la production alimentaire ailleurs pour compenser les rendements biologiques moindres.

 

À ce jour, aucune évaluation rigoureuse de ce potentiel n'a été réalisée à l'échelle nationale.

 

Ici, nous évaluons les conséquences pour les émissions nettes de GES d'un passage de 100 % à la production d'aliments biologiques en Angleterre et au Pays de Galles à l'aide d'une analyse du cycle de vie.

 

Nous prévoyons des déficits majeurs dans la production de la plupart des produits agricoles par rapport à une base de référence conventionnelle.

 

Les émissions directes de GES sont réduites avec l'agriculture biologique, mais lorsque l'on prend en compte l'utilisation accrue des terres à l'étranger pour compenser les déficits de l'offre intérieure, les émissions nettes sont plus importantes.

 

La séquestration accrue du carbone dans les sols ne pourrait compenser qu’une petite partie des émissions plus élevées à l’étranger. »

 

 

Quelques éléments saillants en matière de production

 

Comme il se doit de nos jours, l'Université Cranfield a produit un communiqué de presse, « 100% organic farming could increase greenhouse gas emissions » (une agriculture à 100 % biologique pourrait augmenter les émissions de gaz à effet de serre). En résumé :

 

« L’équipe de recherche a trouvé que l’agriculture purement biologique :

 

  • Augmenterait le nombre de bovins de boucherie et d'ovins, en raison de l’augmentation des surfaces en pâturages. Cependant, le volume de viande n'augmenterait pas en raison du ralentissement des taux de croissance.

     

  • Les porcs et la volaille, ainsi que les œufs, diminueraient, car les aliments disponibles seraient moins concentrés. Le nombre de vaches laitières et la production laitière diminueraient pour des raisons similaires.

     

  • La production de pommes de terre, de carottes, de pois et de haricots augmenterait, mais la production de blé diminuerait davantage.

     

  • Certaines cultures, telles que les graines oléagineuses, ne seraient pratiquement pas cultivées dans un système entièrement biologique. »

 

 

Quand un média se plante...

 

NatureAsia a également produit un communiqué de presse, sous un titre fort neutre : « Environment: Impacts of switching to organic farming on emissions assessed » (environnement : les imp acts du passage à l'agriculture biologique sur les émissions ont été évaluées). Down Under, en Australie et Nouvelle-Zélande, le titre est devenu : « Switching to 100% organic farming cuts greenhouse gas emissions but almost halves yields » (passer à l'agriculture 100% biologique réduit les émissions de gaz à effet de serre mais réduit les rendements presque de moitié)... il y a visiblement eu des problèmes de compréhension, ou de fatigue à la lecture de la phrase suivante qui s'est arrêtée à mi-chemin :

 

« L’étude suggère que l’agriculture biologique permettrait de réduire les émissions, mais si l’utilisation accrue des terres à l’étranger était prise en compte pour compenser la baisse de la production nationale, les émissions nettes augmenteraient. »

 

 

Un constat accablant

 

Nous n'aborderons pas ici la question, bien trop complexe, de la validité du travail s'agissant des GES. Notons cependant que l'hypothèse que l'agriculture biologique augmente la séquestration du carbone dans les sols est peut-être hasardeuse (voir par exemple ici et notez que le GIEC n'a pas mentionné l'agriculture biologique dans ses récents travaux). En tout cas, elle peut difficilement rivaliser avec les techniques d'agriculture de conservation et de régénération des sols (et à l'initiative « 4 pour 1000 », chère à l'ex-ministre Stéphane Le Foll). Et nous ne cesserons de souligner qu'on peut produire des engrais azotés – actuellement gros contributeurs de GES – avec des procédés faisant appel à une électricité qui peut être décarbonée.

 

Ce qui nous intéressera ici, ce sont les résultats sur la production alimentaire. Au risque de paraître cynique aux yeux des climato-hystériques, nous voulons manger trois fois par jour, à notre faim et si possible avec plaisir, et pouvons bien supporter une température un peu plus élevée.

 

Nous le ferons d'autant plus volontiers que l'agriculture biologique, selon les auteurs et bien d'autres, n'est pas une solution aux changements climatiques.

 

Les auteurs écrivent sous « Résultats » :

 

« Nous prédisons une baisse de la production alimentaire totale exprimée en énergie métabolisable (EM) de l'ordre de 40 % par rapport au niveau de référence de l'agriculture conventionnelle (figure 1, tableau supplémentaire 1). La production de protéines comestibles pour l'homme diminue dans une proportion similaire (tableau supplémentaire 2). Cette diminution est due à la diminution des rendements des cultures par unité de surface sous gestion biologique et à la nécessité d’introduire des cultures fourragères propices à la fertilité avec des légumineuses fixatrices d’azote dans les rotations des cultures. Cette dernière exigence est un effet au niveau du système agricole qui n'est pas pris en compte dans les comparaisons au niveau des cultures. »

 

 

 

Production alimentaire projetée selon les méthodes d'agriculture conventionnelle et biologique (en millions de tonnes par an, ordonnée de gauche). a Production végétale et surfaces. * colza oléagineux. b Production de bétail et nombre de têtes (sauf indication complémentaire ci-après en millions de têtes par an, ordonnée de droite. ** nombre de moutons × 10, *** nombre de volailles × 100, **** production de lait en Mt × 105. La conversion en méthodes 100% biologiques a entraîné une diminution du blé, de l'orge, du colza, des porcs, des œufs, de la viande de volaille et du lait et une diminution globale à 64 % du niveau de référence conventionnel. Données de Smith et al. Les données source sont fournies dans un fichier de données source.

 

 

Dans « Climate: 100% organic farming would boost emissions » (climat : une agriculture 100% biologique augmenterait les émissions), la BBC rapporte les propos d'un auteur :

 

« "Nous estimons que si l'agriculture biologique était adoptée en totalité sans changement de régime, il nous faudrait près de six millions d'hectares de terres supplémentaires", a déclaré l'un des auteurs, Philip Jones, de l'Université de Reading.

 

"Une grande partie de ce qui devrait provenir de l'Europe. Ceci a un impact associé sur l'environnement, en ajoutant des kilomètres de nourriture potentiellement inutiles et des émissions de gaz à effet de serre à nos systèmes alimentaires.»

 

Six millions d'hectares, c'est les deux tiers de la surface agricole du Royaume-Uni (incluant l'Écosse et l'Irlande du Nord), laquelle occupe déjà près de 70 % de la superficie britannique. C'est entre le quart et le cinquième de la surface agricole française ; 60.000 kilomètres carrés, c'est une fois et demi la superficie de la Suisse... Et, panurgisme et stupidité aidant, les autres pays européens se mettraient aussi au 100 % bio... Alors, alimenter les British à partir du continent...

 

 

La Soil Association mécontente

 

La Soil Association, l'association qui promeut le bio, a évidemment protesté en insistant sur la nécessité de changer de régime alimentaire, et donc d'analyser le potentiel de l'agriculture biologique à la lumière d'une nouvelle donne. Réponse des auteurs :

 

« "L’hypothèse concernant les régimes est cruciale : les consommateurs de produits biologiques d’aujourd’hui sont un groupe qui se définit lui-même et qui n’est pas typique de la nation", a déclaré le co-auteur, le Dr Adrian Williams de l’Université de Cranfield.

 

"La question de savoir si un régime national différent pourrait être fourni par la même superficie de terres intégralement en production biologique est une étude différente. Celle-ci visait à comprendre les limites de la production. L'étude était fondée sur une modélisation rigoureuse qui avait pour fondement les limites biophysiques des productions sans azote manufacturé." »

 

Nous attendons impatiemment cette « étude différente » par les promoteurs de l'agriculture biologique. Une étude complète, cela va sans dire, détaillant en particulier les solutions adoptées pour maintenir la fertilité des sols sans apports de matières organiques issues de l'agriculture conventionnelle et constituant en fait des engrais minéraux « blanchis » par le passage dans un estomac animal.

 

 

Écho en France ?

 

Est-ce parce que l'étude porte sur l'Angleterre et le Pays de Galles ou parce que ce n'est pas une bonne nouvelle pour l'agriculture biologique et, partant, la bien-pensance ? L'AFP a pourtant produit une dépêche en anglais, reprise, toujours en anglais, par RFI... L'article commenté ici n'a pas eu d'écho en France, à part, à notre connaissance, une référence par Korii.slate reprise par Yahoo !, « Le bio ne sauvera pas la planète ». Sur ce dernier, parmi les quelques commentaires hilarants :

 

« Non, le bio ne sauvera pas la planète mais il videra votre portefeuille... »

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Flore 28/04/2020 12:01

Bonjour, "Nous attendons impatiemment cette « étude différente » par les promoteurs de l'agriculture biologique". Que pensez vous de cet articles pour la France : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02193910/document
Pour le monde : https://www.nature.com/articles/ncomms11382?origin=ppub ou https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/10/2/025001

Raùl-Hugues 30/10/2019 08:40

"Les émissions de GES réduites en agri bio " ? Avec les labours ? Avec + de consommation de gasole et plus de libération de CO 2 par minéralisation de la matière organique ? A tout le moins , ça se discute ...