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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Zones non traitées aux abords des habitations : autopsie d'une chienlit (4)

21 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique

Zones non traitées aux abords des habitations : autopsie d'une chienlit (4)

 

Le Président Emmanuel Macron en rajoute une couche ! La chienlit a un bel avenir

 

 

Et le Président Emmanuel Macron fit du « en même temps »

 

Des chartes de bonnes pratiques ? Est-ce encore une bonne idée aujourd'hui, dans ce climat que l'on peut qualifier d'insurrectionnel même si le nombre de maires frondeurs se compte (pour le moment) en quelques dizaines.

 

Il y a un élément de plus dans cette chienlit : la déclaration satisfaite d'un Président de la République plastronnant, faite dans un entretien accordé à Konbini News le 23 août 2019 :

 

« La solution n’est pas de prendre un arrêté qui n’est pas conforme à la loi ; c’est de mobiliser pour changer la loi. Et moi j’ai demandé justement à la préfecture de trouver une solution concrète pour cette commune. Ce qui est vrai, c’est que nous devons aller vers un encadrement des zones d’épandage des pesticides. On l’a vu, d’ailleurs, pour les populations qui vivaient à proximité des vignes, ou d’autres productions où il y avait beaucoup d’épandage. Il y a des conséquences sur la santé publique. Il faut arrêter de dire des bêtises, il y en a. Donc monsieur le maire, il a raison sur ses motivations. Donc c’est à nous de réussir maintenant à changer la loi, d’avoir aussi des discussions avec les agriculteurs, les producteurs, pour que ça leur permette de fonctionner, parce que tout ça ça a un coût pour eux, ça veut dire qu’ils doivent mieux encadrer les choses. Mais je pense qu’il faut le faire maintenant très vite. Donc, je le soutiens dans ses intentions, mais je ne peux pas être d’accord quand on ne respecte pas la loi. C’est normal. Et ça on va le changer vite. »

 

Le texte ci-dessus a été retranscrit par M. Paul Cassia sur Mediapart, dans « Le président de la République et les pesticides: derrière les mots, le statu quo », une excellente analyse :

 

« ... les déclarations du président de la République se veulent habiles, selon une technique désormais bien éprouvée – je soutiens le maire et "en même temps" je soutiens le préfet qui s’oppose au maire – mais devenue lassante car prévisible et usée jusqu’à la corde... »

 

Ce serait un moindre mal si ces propos n'étaient pas

 

« ...transposables à tous les sujets (il suffit grosso modo de remplacer "pesticides" par "temps de travail", "durée de cotisation", "rythme scolaire"…) ».

 

L'article 83 de la loi Egalim – l'obligation d'établir des chartes de bonnes pratiques – était déjà une capitulation devant la surenchère populiste et démagogique qui joue sur les peurs et le dénigrement des produits phytosanitaires (et des institutions de la République et de l'Union Européenne – l'ANSES et l'EFSA).

 

Voilà donc qu'au sommet de l'État, on soutient un acteur de la vie publique – le maire de Langouet – qui ne respecte pas la loi et les institutions « dans ses intentions » et on réagit par l'annonce d'un changement de la loi – enfin prétendument puisque la loi se suffit déjà à elle-même et que les projets d'arrêté et de décret résultent de décisions qui ne sont pas les siennes.

 

C'est une capitulation de la démocratie devant le bullying, le harcèlement, les manipulations, les hypocrisies.

 

Quelles seront les réactions quand la société française sera (peut-être) confrontée à des obligations extravagantes imposées aux agriculteurs – à ceux qui nous nourrissent et alimentent un vaste pan de l'économie française – dans les chartes à venir ? Quelles seront les instructions données aux préfets qui devront valider les chartes ? Et quelles seront, le cas échéant, les décisions du Conseil d'État saisi de demandes d'annulation dans un contexte juridique que nous n'analyserons pas plus avant mais qui est loin d'être satisfaisant ?

 

 

La chienlit a un bel avenir

 

Selon l'article 7 de la Charte de l'Environnement,

 

« Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement. »

 

C'est une belle conquête de l'activisme et défaite de la démocratie : pourquoi seulement en matière d'environnement ?

 

Un jour, sur ce dossier ou un autre, le Conseil d'État sera amené à intimer au Gouvernement de respecter une « opinion » majoritaire. Imaginez que EÉLV demande un décompte des « opinions » favorables à une distance de 150 mètres (elle figure automatiquement dans les réponses générées par son outil) et saisisse le Conseil d'État...

 

Ce sera alors le triomphe de la mauvaise foi et l'avènement d'une dictature des manipulateurs.

 

Le Gouvernement a tonitrué qu'il s'en est remis à la science ? L'outil d'EÉLV comporte l'indication qu'une étude de l'Université de Californie montre que le fait d'habiter à 450m d'une zone traitée avec le manèbe augmente de 75% le risque d'avoir la maladie de Parkinson. Imaginez que le Conseil d'État se laisse séduire par l'argument que le Gouvernement n'a pas suivi la science (même si aucune spécialité n'a été autorisée en France pour le manèbe) et que, partant, 5 ou 10 mètres ne sont pas suffisants...

 

Une zone tampon de 150 mètres représente une déprise agricole de 9 hectares ou plus autour d'une maison isolée dans les champs.

 

La consultation qui vient d'être ouverte peut-elle se dérouler sereinement quand le Monde, par exemple, publie un tonitruant « Arrêtés antipesticides : à Parempuyre, dans le Médoc, "on est tous empoisonnés" » – propos de Mme la Maire Béatrice de François (qui brigue un troisième mandat et vient de découvrir que tout le monde est à l'agonie...) ?

 

Ce qui passait autrefois par des manifestations, des défilés et des actions violentes sera obtenu grâce à quelques sites web relayés par des médias complaisants, des pétitions en ligne et des réponses prémâchées à des consultations.

 

 

Des zones tampons qui posent bien des questions

 

Mais revenons plus spécifiquement à notre usine à gaz. Les agriculteurs voient leur outil de travail amputé d'une surface qui sera dans la majorité des cas plutôt modeste si les propositions actuelles sont maintenues ; mais ce ne sera pas sans conséquences graves dans certaines situations. Dans « Les agriculteurs s’invitent au congrès des maires ruraux » (réservé aux abonnés), la France Agricole relève :

 

« Il faut dire que dans un département comme celui du Nord, très urbanisé, la mise en place de ZNT, zones non traitées, autour des habitations aurait un impact très fort. "Une ZNT de 5 m représenterait une surface de 2575 ha sur une SAU totale de 357 000 ha, précise Claire Petitprez de la FDSEA. Une ZNT de 10 m, correspondrait à une surface de 8128 ha, et une ZNT de 150 m, 161 750 ha soit 45,3 % de la SAU ! C’est complètement impensable !" »

 

Que vont devenir ces surfaces ?

 

Dans l'Agri du 12 septembre 2019, M. Jean-Paul Pelras a publié un éditorial instructif qui aurait mérité une diffusion nationale, « La solution : ne plus construire à moins de 150 mètres d’un champ ! »

 

 

(Source)

 

 

C'est une histoire de terre agricole, maraîchère, devenue terrain vague, autant dire dépotoir. Cela pose question : qui entretiendra une bande de 3, 5 ou 10 mètres de large ? Quel agriculteur s'aventurera à passer une faucheuse dans un terrain parsemé d'« encombrants » ? Ou fera le déplacement pour nettoyer 2 ares ?

 

Ces maires si prompts à agiter leur devoir de protection envers leurs administrés seront bien embêtés quand se multiplieront les plaintes des riverains pour des motifs plus ou moins sérieux ou futiles comme l'envahissement de leurs beaux jardinets par les ronces ou les chardons, voire les pissenlits (qu'ils ne pourront plus éliminer que par l'huile de coude, ayant été privés de désherbants sélectifs et efficaces par la « loi Labbé »).

 

 

 

 

On peut imaginer l'étendue du problème qui s'annonce par la vidéo ci-dessus.

 

 

(Source)

 

 

Les zones tampons non traitées ont aussi pour effet que tout permis de construire délivré à l'avenir pour un terrain jouxtant un champ créera automatiquement une servitude en défaveur du propriétaire et de l'exploitant du champ. À moins qu'une solution ne soit rapidement apportée à cette situation, on peut s'attendre à une multiplication des actions en justice.

 

Sur son excellent Blog-Notes, M. Olivier Masbou écrit :

 

« Par ailleurs, le Gouvernement surveille de très près la situation dans les zones viticoles. Dans certains secteurs (où la le prix de la vigne se chiffre en centaines de milliers, voire en millions d’euros, l’hectare) des propriétaires viticoles réfléchissent à faire reconnaître les zones de non traitement comme une expropriation. Et de demander un dédommagement à l’Etat. Ça pourrait coûter cher !!! »

 

Et les chartes départementales ? Imaginez qu'on se mette d'accord en Savoie sur un texte qui relève de la couture et en Haute-Savoie, de la haute couture ; un texte qui tient compte des réalités de l'agriculture et un texte qui fait la part belle aux citadins venus s'installer à la campagne... Comment va-t-on gérer les disparités ?

 

La chienlit a décidément un bien bel avenir...

 

 

Mais croisons les doigts et, surtout, agissons !
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M
Bonjour, on commence à voir dans bon nombre de villes, des herbes folles qui peu à peu envahissent le terrain. Certains parasites vont profiter de ces nouveaux repaires ! Sauf si les nouveaux moyens se mettent en place ? A savoir : désherbage thermique ! mais quid du bilan carbone ? - désherbage manuel ? si pôle emploi trouve du monde ? - utilisation de l'acide acétique (vinaigre) quid de l'effet sur le sol, la faune, à long terme et à fortes doses du fait d'applications répétées ? Les romains jetaient du sel sur les terres des exilés. Nos écolos deviennent des terroristes comme avant eux, les révolutionnaires en 1793 et 1794, les Maoïstes, les Kmers Rouges, Staline et les autres. On a vu le résultat !
Répondre
S
@ makha le mercredi 25 septembre 2019 à 15:31

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais vous faites erreur dans votre raisonnement.

Dans l'ancienne situation, on pouvait passer un coup de désherbant (pas forcément du glyphosate, par exemple un anti-germinatif) et la situation était nette pour un bout de temps.

Maintenant on ne peut plus. A la main, avec des moyens mécaniques (le cimetière de Toulouse est "nettoyé" au rotofil !), de l'eau chaude, des lances thermiques ou des herbicides "bio", c'est considérablement plus cher et inabordable pour de nombreuses collectivités.

"...il faut embaucher du monde", écrivez-vous ? A condition d'en avoir les moyens financiers, qui ne tombent pas du ciel, même dans une "économie capitaliste", de surcroît "folle". Et à condition de trouver des partants pour la binette et la pioche.

Il faudrait se frotter à quelques réalités...
M
Le désherbage dans les villes peut très facilement être fait à la main ou mécaniquemen (des machine commence à faire leur apparition) ... seulement, il faut embaucher du monde ! Voilà comment dans une économie capitaliste folle, on arrive à préférer faire des économies plutôt que veiller à la santé des populations et de l'environnement d'autant plus fou que ces économies vont directement aller dans la poche de ceux qui en ont déjà le plus ! Quand il n'y aura plus rien sur Terre, on reparlera des "écolos terroristes" ...
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La vidéo sur le cimetière de Toulouse est édifiante.
M
Un maire répond avec humour aux arrêtés anti-pesticide de certains autres maires. Le monde agricole commence doucement à se manifester sur l'agribashing de certains, bonne nouvelle même si la réponse est un peu tardive.

https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/economie-social/article/un-maire-agriculteur-signe-un-arrete-interdisant-d-uriner-pres-des-cultures-202-152395.html
https://www.terre-net.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/debuts-des-feux-de-la-colere-205-152343.html
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

http://www.buzger.com/fr/un-arrete-municipal-pour-contraindre-les-habitants-a-la-bonne-humeur.html


"Si la ville de Essarts-en-Bocage est une toute petite commune de 8 000 habitants qui fait beaucoup parler d'elle en ce moment.

La ville, proche de la Roche-sur-Yon, accueillera le 5 octobre prochain un festival de musique appelé "Ville en joie".

Pour cette occasion, le maire a décidé de prendre un arrêté municipal pour obliger ses administrés à garder le sourire et à afficher leur bonne humeur durant toute la semaine que durera le festival.

Dans le texte de loi, il demande notamment d'interdire la projection de films tristes ou encore la diffusion de livres qui se terminent mal.

Ils sont invités à laisser leur mauvaise humeur de côté pour afficher un large sourire, pour lutter contre la morosité ambiante, qui va de pair avec l'arrivée de l'automne.

Pour susciter la joie, le maire préconise "de ne laisser rentrer sur notre territoire (...) aucune personne qui pourrait faire barrage à l’expression de cette émotion".

Ce dernier espère d'ailleurs également instaurer un label de "ville en joie" dans le futur.

Une initiative qui n'a pas manqué de faire réagir. "
P
Bonjour
le cuivre et d’autres produits de bio contrôle comme le soufre seront bien exemptés à partir du 1er janvier 2020 de l’obligation de mettre en place des mesures de protection des personnes pour leur utilisation à proximité des zones attenantes aux bâtiments habités et des parties non bâties à usage d’agrément contiguës à ces bâtiments selon l’article L253-8 III du CRPM
De quoi favoriser l’AB
Répondre
S
Le soufre et le spinosad (!), mais pas le cuivre, au moins dans la catégorie biocontrôle :

https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2019-615

C'est assez grotesque, car il me semble que l'événement de Villeneuve-de-Blaye était plutôt lié au soufre.
P
C’est surtout nouveau pour le cuivre...un intense lobbying de certaines parties...enfin je pense qu’il n’a pas fallu manœuvrer beaucoup ; une porte était entrouverte il suffisait de la pousser
Seppi je peux vous donner plus d’informations en message personnel
P
Plus d’informations ici

http://www.ecophytopic.fr/tr/réglementation/mise-sur-le-marché-des-produits/note-à-destination-des-acteurs-du-conseil-et-de-la
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'aimerais qu'on me convainque.

Le cuivre et le soufre sont-ils des "A l'exclusion des produits de biocontrôle mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 253-6, des produits composés uniquement de substances de base ou de substances à faible risque au sens du règlement (CE) n° 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et abrogeant les directives 79/117/ CEE et 91/414/ CEE du Conseil"?

Je vois mal les composés à base de cuivre entrer dans la catégorie substance de base ou à faible risque.

D'ailleurs, il y en a qui s'agitent (devinez…) pour inciter les commentateurs à suggérer qu'il faut exclure les produits utilisables en bio de l'arrêté.

Quelqu'un a vu dans l'arrêté -- attribué au seul Didier Guillaume -- "une confusion dangereuse entre chimie de synthèse et traitements Bio et qui déplace ainsi le cœur du débat."
H
Il est quand même sacrément interpellant de voir EELV s'inquiéter de la maladie de Parkinson, la roténone, gravement impliquée dans la survenue de cette pathologie (et dans d'autres dont des anomalies embryonnaires) fut quand même un de leurs produits bio préféré avant son interdiction en 2009. Les agriculteurs bio montèrent même au créneau pour obtenir 2 ans de prolongation d'utilisation.
Quand à la merde à acheter dans les supermarchés (tiens ces gens ont tout de même besoin de supermarchés ?), sans élevage, zéro merde... Bon, les bobos peuvent toujours faire (illégalement) une petite cabane au fond du jardin pour leurs besoins naturels et la vidanger tous les ans comme autrefois, ils en auront de la merde. Mais c'est plus de boulot et moins de confort...
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

EELV s'inquiète de tout ce qui contribue à leur plan comm' ou marketing.

Les dangers de la pollution de l'eau bénite pourraient-ils leur apporter visibilité et voix qu'ils se lanceraient dans une campagne pour son élimination…

"Mais c'est plus de boulot et moins de confort…" ? Et plus de mouches !