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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Une bonne politique est la clé de la croissance agricole en Afrique, déclare le lauréat du Prix Mondial de l'Alimentation

10 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Une bonne politique est la clé de la croissance agricole en Afrique, déclare le lauréat du Prix Mondial de l'Alimentation

 

Nkechi Isaac*

 

 

 

 

Le Dr Sanjaya Rajaram est un scientifique mexicain d'origine indienne qui s'est vu décerner le Prix Mondial de l'Alimentation 2014 pour ses recherches scientifiques dans le développement de plus de 480 variétés de blé qui ont été commercialisées dans 51 pays. Nkechi Isaac, notre correspondant au Nigéria, l'a rencontré en marge du premier Congrès International du Blé à Saskatoon, au Canada, où Rajaram conseillait des scientifiques.

 

Isaac : Selon les projections, d'ici 2050, le monde comptera plus de 9 milliards d'habitants, les pays en développement d'Afrique connaissant une importante explosion démographique. En tant que spécialiste de l'agriculture, que devraient selon vous faire les pays africains pour nourrir leurs citoyens ?

 

Rajaram : Je suis très optimiste pour l'Afrique. Elle a les ressources naturelles et des disponibilités en terres. Vous avez les plus grands leaders en Afrique comme Nelson Mandela et Kwame Nkrumah, mais il faut revenir à l'essentiel : nous avons besoin d'une politique appropriée pour le développement de l'agriculture. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire de répéter les erreurs de la Révolution Verte d’il y a 50 ans, dans laquelle nous n’avions pas participé activement.

 

Nous voulons commencer à exploiter les sols et donc nous devrions travailler sur les cultures les plus productives – le manioc, le sorgho, le mil, le riz et toutes ces cultures que les gens aiment. Il est possible de doubler, tripler le rendement de ces cultures en Afrique. Le blé peut être cultivé dans certaines régions d'Afrique, comme en Éthiopie, dans le Sahel et dans le nord du Nigeria. Vous pouvez tripler le rendement du blé dans ces régions. La possibilité est énorme, mais je pense que vous aurez toujours besoin d’une politique appropriée pour croître. La stratégie doit être révisée de manière à ce qu'elle soit prise en compte localement. Cela doit être fait correctement.

 

 

Isaac : Vous avez développé beaucoup de variétés de blé. Actuellement, le Nigeria dépense environ 4 millions de dollars par an pour importer du blé et il est prévu de réduire nos importations de blé de 60 % d’ici 2050. Pensez-vous que cela est réalisable et quelles sont vos recommandations pour réussir cet exploit ?

 

Rajaram : Oui, c'est réalisable dans le cas du Nigeria, en particulier dans le nord du Nigeria. Nous pouvons y [cultiver] une plus grande superficie et veiller à ce qu'elle soit arrosée. Si nous pouvions développer la culture du blé dans la région du nord et éventuellement la combiner avec d’autres cultures, nous pourrions réussir. Mais cela doit être examiné de manière concertée, en intégrant les bonnes politiques, la recherche et le développement et la formation des agriculteurs.

 

 

Isaac : Vous êtes actuellement consultant pour une entreprise de semences. Quelle importance accordez-vous à l’acquisition de semences de qualité dans la production finale des agriculteurs ?

 

Rajaram : Je sais que si nous produisons des semences de qualité, cela se répercutera invariablement sur la production agricole. Des semences de qualité produisent un bon rendement, mais des semences de mauvaise qualité ont l'effet inverse. Pour atteindre la sécurité alimentaire, vous devez mettre en place un très grand programme de semences, un programme de vulgarisation, un programme de formation des agriculteurs et un système de commercialisation. Ça peut être fait.

 

 

Isaac : Comment pensez-vous que les variétés de blé améliorées aident à lutter contre le changement climatique ?

 

Rajaram : Si nous établissons certains de ces programmes et commençons à diffuser les variétés sur lesquelles nous travaillons, il y aura une sélection et une adaptation progressives à ce climat. C’est la raison pour laquelle je pense que nous devrions créer en Afrique des variétés qui s’adaptent au climat et aident à lutter contre le changement climatique.

 

 

Isaac : Dans l'un de vos discours, vous avez dit que vous êtes pro-biotechnologie. La perception est que l'Afrique n'est pas prête pour les OGM. Est-ce vrai ?

 

Rajaram : Je suis à 100 % en désaccord. Nous avons des disponibilités en terres gigantesques en Afrique, mais sans la technologie appropriée, nous n'en tirerons aucun avantage. L’Afrique est tout à fait prête à utiliser cette technologie pour nourrir sa population croissante. Sans elle, je ne pense pas qu’il sera possible de produire suffisamment de nourriture pour la population. Ce dont nous avons besoin, ce sont des politiques adéquates pour réglementer la technologie, une adhésion à la technologie et le développement de la technologie.

 

 

Isaac : On prétend que les OGM rendent les gens malades et causent d'autres maux. Est-ce vrai ?

 

Rajaram : Pourquoi la moitié des Américains [qui mangent des aliments génétiquement modifiés depuis des décennies] ne sont-ils pas morts ? La biotechnologie est sûre. Les avantages des OGM sont énormes. Par exemple, vous pouvez produire du coton sans avoir à appliquer des pesticides et réduire leur emploi d'un facteur 10. Savez-vous combien de personnes meurent de ces produits chimiques ? L'impact positif de ces [OGM] sur l'environnement est énorme mais notre politique ne nous permet pas de les obtenir.

 

 

Isaac : Au Nigeria, la diffusion du cotonnier Bt vient d'être autorisée à des fins commerciales et le niébé Bt est en cours de finalisation. Est-ce un bon pas pour le pays ?

 

Rajaram : Félicitations au Nigeria car il va aider son industrie textile et sa santé humaine car les personnes qui traitent sans aucune protection sont vulnérables à ces produits chimiques. Le cotonnier Bt réduit l'application de produits chimiques de 10 à deux (en saison de croissance). Il s'agit donc d'une étape formidable pour le développement social et économique du pays. Mais vous devez avoir un organisme de biosécurité fort pour réglementer le processus.

 

_______________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/08/proper-policy-key-africas-agricultural-growth-says-world-food-prize-winner/

 

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