Dans l'Opinion : « Erik Fyrwald (Syngenta): "L’alimentation, c’est 25% des émissions de gaz à effet de serre. Il faut réduire cette empreinte" »
Glané sur la toile 391
« Erik Fyrwald (Syngenta): "L’alimentation, c’est 25% des émissions de gaz à effet de serre. Il faut réduire cette empreinte" » est un entretien accordé à Mme Emmanuelle Ducros et publié dans l'Opinion.
Nous n'aimons pas le titre !
Nous n'aimons pas le chapô :
« Erik Fyrwald: "L’agriculture biologique pose de bonnes questions mais elle n’est pas une solution à la préoccupation la plus importante du moment : le réchauffement climatique" ».
Nous sommes ravis par le reste.
Cela mérite explication.
En premier lieu, nous pensons que la préoccupation la plus importante du moment doit être d'améliorer le situation alimentaire du moment et de préparer l'avenir.
Parler du monde de 2050 et de ses 9,7 milliards d'habitants prévus, c'est aussi parler des projets de recherche dans les domaines de l'amélioration des plantes et de la protection des plantes – par des « pesticides » dits « chimiques » ou « de synthèse » ou par des solutions autres comme le biocontrôle – dont une grande partie ne se matérialiseront sur le terrain qu'à cet horizon de temps compte tenu de la durée de la recherche-développement, des procédures administratives et de la diffusion-vulgarisation.
Il faut cesser de s'adonner au court-termisme politique et médiatique.
En second lieu, et pour en rester au climat, nous avons un problème avec les 25 % des émissions de gaz à effet de serre attribués à l'alimentation.
Il faut cesser de mettre l'agriculture et l'alimentation au banc des accusés climatiques.
Reprenons du rapport du GIEC :
« Environ 25-30 % des émissions totales de GES sont imputables au système alimentaire. Celles-ci proviennent de l'agriculture et de l'utilisation des terres, du stockage, du transport, de l'emballage, de la transformation, de la vente au détail et de la consommation (niveau de confiance moyen). Cette estimation inclut les émissions de 10 à 12 % provenant des activités de culture et d’élevage dans les exploitations et de 8 à 10 % de l’utilisation et des changements dans l’utilisation des terres, y compris la déforestation et la dégradation des tourbières (niveau de confiance élevé) [...] »
Il faut cesser de faire l'amalgame entre alimentation et agriculture et, pour celle-ci, mélanger ce qui relève de l'activité agricole en tant que telle et ce qui relève de choix (ou de non-décisions) politiques. Ainsi, la déforestation n'est pas intrinsèquement liée à l'agriculture.
Il faut aussi préciser les équations s'agissant des cycles des gaz à effet de serre et tenir compte de la séquestration temporaire ou à long terme du carbone. Par exemple, le méthane roté par une vache, c'est du gaz carbonique transformé en aliment qui, si cet aliment n'avait pas été ingéré, serait redevenu à brève échéance du gaz carbonique (sauf séquestration). Et ce méthane redevient à l'échéance de la décennie du gaz carbonique.
En bref, il faut faire cesser l'hystérie sur l'agriculture et le climat, la première étant du reste une réponse (temporaire) pour le second grâce à la séquestration du carbone dans le sol (l'initiative 4 pour mille en ayant été une traduction politique).
En troisième lieu, nous ne pensons pas que « [l']agriculture biologique pose de bonnes questions ».
Il s'agit d'un système idéologique quasi-religieux qui s'impose des contraintes sans s'être posé des (bonnes) questions. Et il s'agit d'un système qui tente de les imposer à l'agriculture qui nous nourrit (et répond ou peut répondre aux divers défis climatiques).
Mais cela laisse du champ pour de nombreuses observations fort pertinentes et fort utiles. Cela commence fort. Réponse à la première question :
« Il y a toujours eu des gens pour remettre en cause la technologie, en opposant une recherche sophistiquée, basée sur la science, à une naturalité considérée comme saine et innocente, meilleure pour eux. Il en résulte aujourd’hui l’opposition artificielle entre l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique. L’une est, à tort, perçue comme étant mauvaise et toxique, l’autre, à tort aussi, comme totalement bonne. Cela repose sur des présupposés faux. D’abord, celui que l’agriculture biologique n’utilise pas de pesticides. Elle en utilise massivement : sur les fruits, les volumes peuvent être dix fois supérieurs à ceux utilisés en agriculture conventionnelle – c’est ce que nous constatons par exemple sur la culture des pommes en Nouvelle-Zélande. On ne parle pas de produits anodins. Le cuivre, par exemple, a beau être naturel, il n’en reste pas moins un métal lourd dont les autorités européennes de sécurité sanitaire estiment qu’il n’a pas d’usage sûr. Il reste cependant autorisé. Ensuite, l’idée selon laquelle l’agriculture biologique est sans conteste meilleure pour l’environnement. Ses rendements étant très inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle (de 30 à 35 % en moyenne et jusqu’à 50 % pour le blé), elle nécessite des surfaces cultivées beaucoup plus importantes pour produire la même quantité de nourriture. Cela signifie que pour développer d’avantage une agriculture biologique à l’échelle mondiale, il faut accélérer la déforestation. En outre, l’agriculture conventionnelle, contrairement à l’agriculture biologique, peut éliminer l’utilisation du labour des sols grâce à l’utilisation de technologies et ainsi séquestrer le carbone dans les sols et ne pas le libérer dans l’atmosphère. »
Ou encore :
« Mais la défiance généralisée pousse plutôt à croire que l’on ferait mieux de cultiver sans rien, sans protéger les cultures contre les ravageurs et les maladies. Les personnes qui rejettent cela ne doivent pas comprendre que, sans protection des cultures, nous perdrions 70 % des récoltes de riz, la moitié des récoltes de maïs et de pommes de terre, 45 % des récoltes de soja et un quart du blé mondial. Nous croyons à l’ouverture et à la pédagogie. Nous partageons les données de nos études. Nous voulons des règles strictes pour les évaluations. Les contraintes sur les phytosanitaires sont de plus en plus fortes et c’est tant mieux… A condition que cela soit basé sur des faits et de la science. »
Pour le reste... allez sur site.
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