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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Confédération Paysanne : défendre les paysans ou se faire les supplétifs de leurs ennemis ?

25 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Confédération Paysanne : défendre les paysans ou se faire les supplétifs de leurs ennemis ?

 

 

(Source)

 

 

L'heure des choix, tout au moins du processus d'analyse, semble avoir sonné pour la Confédération Paysanne.

 

Le 8 septembre 2019, selon le Courrier Picard,

 

« [d]es dizaines de personnes se sont retrouvées à Drucat, dimanche 8 septembre. Sous l’impulsion de Novissen, elles ont manifesté contre la ferme des mille vaches pour une 6e Fête anti 1000 vaches dans le village même où l’exploitation est installée »

 

 

(Source)

 

 

Quand la photo est en plan rapproché, on peut se poser des questions. FR3 Régions propose une autre photo dans « A Drucat, les opposants à la ferme des 1000 vaches dénoncent aussi le glyphosate » et avance comme chiffre la centaine.

 

Mais le problème n'est pas là : la Confédération Paysanne s'est associée à cette manifestation, en compagnie de... L214 qui, en vitrine, « a pour but de montrer les conditions de vie, de transport et de mort des animaux en s’appuyant sur des arguments solides, exposer des informations fiables, soulever des questions éthiques, proposer des solutions » et, en réalité, œuvre pour l'abolition de l'élevage. Sa récente tribune/appel/pétition est nominalement dirigée contre « l'élevage intensif », mais il faut être bien naïf pour ne pas y voir la tactique du saucissonnage, de la tranche de salami (voir ci-dessous).

 

L'événement, du reste, comportait aussi une « table ronde-débat » intitulée : « Agro-industrie : les pesticides, comment s'en passer ». Au vu du plateau, il est fort improbable qu'il y ait eu un débat d'idées... Mais, là encore, la Conf' a dû zapper un fait important : les utilisateurs de pesticides, ce sont les agriculteurs (mais aussi, par exemple, les consommateurs, sauf qu'ils sont alors généralement appelés « biocides »).

 

 

(Source)

 

 

À ce stade du texte, j'ai eu un problème : « Nicolas Girod : "Seule l'agriculture paysanne nous permettra de nous émanciper de l'agrobusiness" », une tribune publiée par le Monde le 23 septembre 2014 avait disparu des écrans ! À l'heure où je l'ai repris, les données bibliographiques disaient : « Publié hier à 16h10, mis à jour à 14h48 »... publié le 23 septembre 2019, mis à jour le 24...

 

De mémoire, dans la partie librement accessible, le porte-parole de la Conf' avait expliqué à fort juste titre que la Conf' devait faire l'effort de bien choisir ses alliés – fussent-ils de circonstance – et que derrière l'objectif apparent de L214 de combattre l'élevage intensif, la cible suivante serait le mode d'élevage et les éleveurs soutenus par la Conf'.

 

 

 

 

Le nouveau texte semble vraiment nouveau. Et il s'adresse aux signataires de la pétition :

 

« A vous, donc, signataires, nous souhaitions vous poser ces questions : comment L214 pourrait être le porte-étendard de cette lutte contre l’élevage intensif, alors que l’abolition de l’élevage qu’elle prône détruirait l’agriculture paysanne et les écosystèmes, en découplant définitivement monde végétal et monde animal ? »

 

Fallait-il une tribune pour s'adresser aux membres de la Conf' qui ont signé la pétition– en plus dans le Monde qui, comme chacun sait, est le journal le plus lu par eux ?

 

Au moins, et c'est heureux, les choses sont précisées :

 

« Nous pensons que cet appel est la mise en œuvre pratique d’une stratégie politique et philosophique abolitionniste. Cette stratégie est d’ailleurs clairement exprimée dans le livre Manifeste animaliste (Alma, 2017) de la philosophe et signataire de l’appel Corine Pelluchon : "Il est possible que d’ici quelques années les animalistes, ayant obtenu l’adhésion d’un nombre de plus en plus grand de personnes, parviennent à convaincre la société qu’après avoir réussi à franchir la première étape, le retour progressif à l’élevage extensif, il est temps de passer à la deuxième étape : la transition vers une société sans exploitation animale et donc sans élevage.»

 

 

 

 

Dans l'Opinion, Mme Emmanuelle Ducros a commis un « La Confédération paysanne refuse de se faire manger par L214 », avec en chapô :

 

« Le syndicat agricole, très hostile à l’agriculture industrielle, ne veut pas être instrumentalisé par les opposants à l’élevage. »

 

Elle y relève :

 

« L’affaire [de Drucat] a suscité des remous au sein du syndicat. Au sortir d’une réunion du secrétariat national, mercredi 18 septembre, Nicolas Girod, le porte-parole de la Confédération paysanne, met les points sur les i : "Nous ne pouvons pas travailler avec L214. La finalité de cette association est l’abolition de l’élevage. Elle est opposée à la nôtre qui est celle d’une agriculture paysanne, variée, avec des paysans nombreux et bien sûr des éleveurs", explique-t-il. »

 

Faut-il croire, à la lumière de la dépublication/republication de tribunes par le Monde, que les choses ne sont pas si simples et que dans le morceau suivant il faille remplacer « sont apparues » par « subsistent » ?

 

« "Des tentations sont apparues, qui n’existaient pas vraiment avant, reconnaît Nicolas Girod. Nous avons dû rappeler à nos membres, localement, que nous ne pouvions pas combattre l’agriculture industrielle de concert avec L214. Que la démarche de cette association, en s’inscrivant dans la lutte contre l’agriculture industrielle, est opportuniste et que sa finalité est la fin de l’élevage. Quand elle prône de façon moins agressive l’alimentation non carnée, c’est un enfumage. Si L214 parvient à ses fins sur ce sujet et tue l’élevage industriel, la prochaine cible, ce sera nous. Les petits éleveurs ne seront certainement pas épargnés." »

 

On ne peut que partager, en partie, cette analyse. En fait, ils sont déjà indirectement pris à partie quand L214 s'en prend aux abattoirs locaux qui desservent les petits éleveurs et sont plus faciles à cibler.

 

Et il faut l'étendre à d'autres sujets pour lesquels la Conf' pactise avec des mouvements qui s'en prennent déjà aux intérêts des adhérents de la Conf' ou s'en prendront à eux, une fois le résultat intermédiaire atteint. Qu'il ne soit pas dit qu'aucun adhérent de la Conf' n'utilise des pesticides* (*de synthèse)...

 

Mais on ne peut partager qu'en partie, car le problème essentiel reste de savoir si la Conf' défend réellement ses adhérents ou si son objectif second n'est pas « la lutte contre l'agriculture industrielle », le premier étant la lutte contre le capitalisme.

 

Si elle défend vraiment leurs intérêts en combattant leurs collègues travaillant selon une autre trajectoire économique. Si elle est – enfin – capable d'admettre qu'il y a de la place pour tous dans le paysage agricole français et que, sauf destruction du tissu économique et social de l'agriculture, il y en aura de plus en plus avec l'évolution démographique. Si elle est aussi – enfin – consciente du fait que son modèle d'agriculture en quelque sorte élitiste ne peut prospérer que s'il y a, à côté, une autre agriculture qui alimente à bon prix les masses.

 

Défendre les paysans ou se faire les supplétifs de leurs ennemis... telle est la question posée.

 

 

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I
Ravie de voir que la Conf' change d'avis et comprend que toute sles alliance ne sont pas possibles ni souhaitables. Franchement une alliance entre L214 et des éleveurs contre l'élevage industriel me fait penser à l'alliance des USA et de l'URSS contre es nazis, on sait tous comment ça fini ce genre d'alliance.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais ne vous réjouissez pas trop vite !