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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Chers journalistes, arrêtez d'être les porte-voix des menteurs

12 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Chers journalistes, arrêtez d'être les porte-voix des menteurs

 

Une lettre ouverte aux salles de presse du monde entier

 

Dan Gillmor*

 

 

J'ai commencé par lire un peu distraitement... ce rappel à l'ordre et à la déontologie journalistique est très centré sur les États-Unis d'Amérique et la communication de l'administration (gouvernement) Trump.

 

Et puis j'ai vu une séquence d'une des innombrables émissions dans lesquelles on cause, « on » désignant un animateur sélectionné pour sa faconde plutôt que sur ses connaissances et des « invités » pas toujours au fait des sujets abordés, mais susceptibles de créer le buzz. J'ai vu et entendu des énormités...

 

 

(Source)

 

 

Il s'est tout de même trouvé une participante (Mme Elisabeth Lévy) sur huit – si j'ai bien compté – pour dire son fait à une autre...

 

Et puis j'ai décidé de traduire.

 

Bien sûr, la demande d'arrêter d'être des porte-voix – ou des faire-valoir – de menteurs ne servira à rien. Ce fonctionnement est dans le cahier des charges implicite des émissions en cause – faire de l'audience et pas de l'information comme le suggère la désignation générique de ces chaînes – et cette fonction, dans les gènes de bien des présentateurs.

 

Mais ça fait du bien !

 

Ça le fait d'autant plus que nous venons d'assister à un déluge de complaisance envers deux... disons journalistes qui viennent de pondre chacun un livre à charge contre les pesticides et, surtout, les institutions.

 

 

Hep ! L'Obs ! Hep ! M. Arnaud Gonzague ! « Tous les pesticides doivent être interdits » ? Vous savez très bien que M. Fabrice Nicolino « roule » pour le biobusiness et milite pour l'interdiction des seuls pesticides « de synthèse ».

 

 

S'il vous plaît, stop !

 

S'il vous plaît, arrêtez de donner du temps d'antenne en direct aux menteurs. Arrêtez de publier leurs mensonges.

 

S'il vous plaît, examinez ce que vous faites. Vous laissez des menteurs utiliser vos normes traditionnelles – qui avaient du sens à d'autres époques et dans d'autres circonstances – pour vous transformer en amplificateurs de tromperie. Vous savez que vous le faites, et parfois même vous le défendez.

 

S'il vous plaît, stop !

 

Mais, mais, mais... mais vous dites que c’est le président et nous devons publier ce qu’il dit, car, par définition, ce que le président dit est une nouvelle. Nous devons mettre Kellyanne Conway dans nos programmes et la citer dans nos gazouillis et nos articles, car elle a l’oreille du président et sait ce qui se passe à la Maison-Blanche.

 

Non, ce n'est pas une obligation. Et de plus, vous ne devriez pas le faire.

 

Les politiciens ont toujours dit des mensonges. Mais là c'est différent. Ceux qui dirigent notre gouvernement, ainsi que leurs principaux partisans, ont lancé une guerre contre le journalisme honnête, les faits et la liberté d'expression en général. Ils utilisent la désinformation comme stratégie. Ils veulent que les gens soient si confus au sujet de ce qui est vrai et de ce qui est faux qu'ils abandonnent l'idée même que le journalisme peut les aider à faire le tri. Ce n'est pas « business as usual ». Vous êtes peut-être de l'avis contraire ; que des journalistes normalisateurs implacables continuent de le penser pour cet équipage anormal montre bien à quel point vous souhaitez être dans la routine – mais vous devez à un moment donné reconnaître la réalité et réagir.

 

Votre travail n’est pas de «rapporter » sans discernement – c’est-à-dire de faire de la sténographie et d'appeler cela journalisme – lorsque les personnes que vous suivez trompent le public. Votre travail consiste en partie à faire que le public soit informé de ce que des personnes et des institutions influentes font avec notre argent et en notre nom.

 

 

Sarah Huckabee Sanders, payée pour mentir pour l'administration Trump. Photo : Alex Wong/Getty

 

 

Mais, mais, mais... mais, dites-vous, nous dénonçons leurs mensonges. Nous les laissons proférer des mensonges et ensuite nous les réfutons.

 

Oui, parfois vous faites cela, mais pas toujours. Et vous refusez presque toujours d'appeler les mensonges par leur nom, en recourant à des mots édulcorés comme « inexactitude » pour paraître plus « objectifs », même lorsqu'il est évident que la déclaration est un mensonge proféré en connaissance de cause.

 

Mais même si vous le faisiez à chaque fois et en temps réel – ce que vous ne faites absolument pas –, cela ne suffirait pas. Des chercheurs ont montré de manière concluante que la répétition du mensonge tend à le renforcer. Il existe des preuves que contester les mensonges peut être utile dans certaines circonstances, mais ce que vous faites est essentiellement d’amplifier les mensonges.

 

Vous devez regarder les choses en face : vous êtes confrontés au piratage radical de vos propres systèmes opérationnels. Cela nécessite de repenser radicalement ces systèmes.

 

 

Ce fut une des rares émissions avec une contradictrice connaissant le sujet (Source)

 

 

Alors, dans un monde où les gens puissants mentent si effrontément, comment pouvez-vous les arrêter, tout en remplissant votre rôle essentiel dans notre société ? En piratant le journalisme pour relever le défi, à commencer par annoncer aux menteurs et au public que vous ne jouerez plus le jeu. Voici quelques manières de procéder :

 

Arrêtez d'inviter les menteurs avérés aux programmes de télévision et de radio en direct. CNN, MSNBC, CBS, et autres : vous savez avec certitude que Kellyanne Conway mentira si vous la faites passer à la télévision. Il suffit de ne plus le faire. (Cela signifie, bien entendu, que vous ne devriez jamais diffuser des séances d’information de la Maison Blanche.)

 

Remarque : je ne m'adresse pas à Fox « News » ici, car la chaîne de Murdoch a choisi d'être le principal propagandiste de l'administration Trump. En attendant, j’espère que les autres adopteront cette politique, peu importe qui est au pouvoir. (Mis à jour pour préciser que je ne pense pas que Fox adoptera jamais une telle politique.)

 

Interdire d'antenne les menteurs avérés signifie que vous aurez besoin de nouveaux interlocuteurs. Soyez vigilants. Établissez une politique de tolérance zéro. Quand quelqu'un qui n'est pas déjà un menteur avéré – il est vrai que c'est difficile à trouver dans l'administration Trump – ment dans votre émission, ne l'invitez plus jamais.

 

Les journalistes qui publient après coup – sur Twitter, dans des articles, etc. – n’ont aucune excuse. Vérifiez les faits et dites non à la publication des mensonges, même si cela signifie attendre quelques minutes avant de publier vos gazouillis et vos articles.

 

Cela devrait s'appliquer également à Trump. Ne le prenez pas à la télévision en direct, car vous savez parfaitement qu'il va mentir sans relâche et vous utiliser comme haut-parleur. Prenez-le en différé, le temps de vérifier les faits, et gérez la diffusion en conséquence.

 

Cela ne signifie pas ignorer les mensonges, pas du tout. Cela signifie les traiter de manière à accomplir votre vrai travail d’aider les gens à comprendre ce qui se passe. Comment ?

 

Si vous faites de la télévision, coupez le son. Faites passer une voix off pour dire quelle est la vérité. Par exemple : « Le président discute de l’enquête du Département de la Justice sur la gestion des courriels de Clinton par l’ancien directeur du FBI, Comey. Il n’y a aucun lien entre l’examen par l’inspecteur général de la façon dont Comey a traité les courriels et l’enquête Mueller. »

 

En d’autres termes, faites ce que les experts en matière de désinformation suggèrent : ne répétez pas les mensonges. Commencez par dire ce qui est vrai, comme le recommandent depuis longtemps des experts tels que George Lakoff, Brendan Nyhan et Jason Reifler. (J'en avais proposé une version pour les débats présidentiels de 2016, mais mon idée a coulé sans laisser de trace, et je crains que ceci ne coule également.)

 

Puis, une fois terminé, créez un lien vers la version non éditée des mensonges de Trump afin que ceux qui veulent savoir ce qu’il a vraiment dit puissent le faire.

 

Pour les organisations de la presse écrite, c'est beaucoup plus facile. Rapportez la vérité, pas les mensonges, mais en précisant le contexte et comment le problème a surgi – les tromperies du personnage en cause.

 

Oui, cela pourrait nuire à l'audimat – et le fera presque certainement. Cela pourrait réduire le nombre de pages vues. Donc, il y a une décision à prendre. Êtes-vous des journalistes ou des saltimbanques ?

 

Je crains de connaître déjà la réponse à cette question. Mais je garde un espoir éternel que le journalisme retrouve finalement sa colonne vertébrale.

 

Aujourd'hui, ce serait bien.

 

 

L'un assène, l'autre relaie… (source)

 

________________

 

Dan Gillmor

 

La première règle d'une conversation : écoutez. Biographie et informations : http://dangillmor.com/about

 

Source : https://medium.com/@dangillmor/dear-journalists-stop-letting-liars-use-your-platforms-as-loudspeakers-cc64c4024eeb

 

 

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F
Concernant Trump, l'immense majorité des médias relayent surtout les propos des anti-Trump... et ils profèrent au moins autant de mensonges! Je pense que l'auteur fait fausse route. "Couper le son et passer une voix off" relève de la manipulation... et c'est contre-productif car les partisans de Trump auront beau jeu de crier "on censure ces propos car ce sont des vérités qui dérangent".<br /> <br /> Je pense que les journalistes devraient travailler sur deux points essentiels: (1) distinguer les faits des opinions et (2) renforcer la pluralité. Dans les médias français il y a beaucoup trop de "débats" qui ne sont que du bavardage entre personnes qui partagent plus ou moins les mêmes idées. C'est par la confrontation des idées que le public peut se forger un avis. Censurer les propos qui déplaisent ne contribue qu'à la manipulation de l'opinion publique.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Je ne suis pas de près les choses publiques états-uniennes pour pouvoir étayer un jugement.<br /> <br /> Mais le fait est que Trump est une sacrée vedette et que rien ne l'effraie. Que "les autres" racontent aussi des mensonges et profèrent des énormités est -- malheureusement -- aussi un fait. Et leur manque de crédibilité est peut-être le meilleur atout de Trump pour sa réélection.<br /> <br /> Je pense que l'auteur a fait une proposition raisonnable. Cela ne consiste pas à censurer, mais à avertir avant le mensonge (on peut aussi avertir après). Et ça s'applique à tous les menteurs.<br /> <br /> Pour les médias français… On a dépassé les bornes depuis longtemps et sauf formidable coup de balai, c'est sans espoir.