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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« 30% de fraude au bio dans les Alpes-Maritimes » sur France Bleu

23 Septembre 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Agriculture biologique

« 30% de fraude au bio dans les Alpes-Maritimes » sur France Bleu

 

Glané sur la toile 399

 

 

Du papier toilette... bio...

 

Voilà une information publiée par France Bleu Azur qui ne circulera guère au-delà du département... le bio, c'est tellement beau...

 

Oui, malheureusement pour lui, le bio vient sur le marché avec une plus-value pour des produits qui ne se distinguent des produits conventionnels que par le mode de production – par des contraintes qui le rendent nécessairement plus cher à produire.

 

« 30% de fraude au bio dans les Alpes-Maritimes » ? C'est tentant de coller une étiquette ou de griffonner un « bio » sur une ardoise... En bref :

 

« Du bio pas bio ! C'est le constat des autorités azuréennes, après de nombreux contrôles sur les marchés, dans les restaurants et les grandes surfaces depuis le début de l'année. 30% des produits examinés (fruits, légumes, huiles d'olive...) ne respectent pas les normes ou sont carrément des faux. »

 

Il faut toutefois prendre cette information à sa juste mesure :

 

« ...La Direction départementale de la protection des populations, rattachée à la préfecture, effectue régulièrement des contrôles pour vérifier que le bio que vous mangez est bien issu de l'agriculture biologique. Sur la vingtaine de visites effectuées depuis le début de l'année 2019, 30% des vendeurs et/ou producteurs se sont fait épingler pour fraude au bio. »

 

Une « vingtaine de visites effectuées depuis le début de l'année 2019 », ça ne fait pas un gros échantillon. Ce n'est surtout pas très sérieux lorsque cela mène à un tel taux de non-conformité.

 

L'article a été écrit par une extra-terrestre. Mais dans quel monde vivent ces « journalistes » ?

 

« Un fruit ou un légume biologique doit provenir d'une terre qui n'utilise aucun pesticide et qui est convertie depuis au moins cinq ans. »

 

C'est doublement faux ! Le bio emploie des pesticides, et la conversion prend deux ans, pas cinq.

 

Autre allégation dans la même veine :

 

« Dernier exemple en date cet été. Un primeur antibois a reçu une visite pour avoir écrit "bio" sur son ardoise alors que les fruits et légumes qu'il vendait présentaient des pesticides. "Nous lui avons demandé son certificat bio, il était falsifié," se souvient Pierre-Henri Bauer, le chef du service de sécurité sanitaire et alimentation à la préfecture des Alpes-Maritimes. »

 

Non, les fruits et légumes bio peuvent légalement contenir des pesticides, même non autorisés en agriculture biologique : le producteur a une obligation de moyens, pas de résultats. Mais il va de soi qu'à partir d'un certain niveau de résidus de substances non autorisées, on se trouve en présence d'une fraude.

 

On rappellera que selon les données les plus récentes – collectées en 2017 – 95,9 % de l'ensemble des échantillons analysés se sont avérés exempts de résidus de pesticide (pour 54,1 % (points de pourcentage)) sans résidus quantifiables ou contenaient des traces dans les limites légalement autorisées (pour 41,8). En bio, ces chiffres sont respectivement 98,5 %, 86,3 % et 12,2 %.

 

Et puisque nous en sommes à critiquer, cela devient lassant de lire des choses comme :

 

« L'agriculture bio connaît une forte expansion dans les Alpes-Maritimes. Notre département compte 234 fermes biologiques et 3.976 hectares de terres bio. »

 

Cela fait 17 hectares/ferme de moyenne, sans nul doute un ensemble de structures plus grandes se livrant à l'élevage et de petites structures fruitières et maraîchères. C'est, certes de l'agriculture au sens large, mais c'est aussi une manière trompeuse pour le grand public de présenter le secteur.

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M
Bonjour, voici les superficies en ha (source Agreste 2015) : prairies artificielles : 324 ha - STH : 54634 ha - vigne 133 ha - plantes à parfum : 22 ha - oliviers 982 ha - Fleurs 230 ha - pépinières 80 ha. Ils doivent importer beaucoup de produits alimentaires ! Vue la marge sur les produits "bio", ne nous étonnons pas de telles dérives !
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S
Bonjour,

Merci pour ce complément.

Il n'y a d'ailleurs pas que le bio qui fait l'objet de fraudes. L'huile d'olive est un autre produit pour lequel invoquer une origine locale et une qualité supérieure est source de gros profits.