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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pour l'Afrique, la voie à suivre consiste à adopter la technologie, pas à la craindre !

24 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Pour l'Afrique, la voie à suivre consiste à adopter la technologie, pas à la craindre !

 

Motlatsi Musi*

 

 

 

 

Quand j’ai entendu parler pour la première fois des activistes qui voulaient retirer les produits de protection des plantes à des agriculteurs africains comme moi, je ne pouvais pas y croire. Veulent-ils vraiment nous ramener à l'âge de pierre ?

 

C’est ce qui se produirait si nous perdions l’accès au glyphosate et à d’autres technologies sûres qui nous aident à défendre ce que nous cultivons contre les mauvaises herbes, les parasites et les champignons. Une situation déjà mauvaise en Afrique deviendrait pire encore.

 

Nous devons éviter ce sort à tout prix – et cette semaine [le texte original a été mis en ligne le 17 mai 2019], la situation est devenue un peu plus difficile car un jury américain en Californie a accordé plus de 2 milliards de dollars de dommages et intérêts à un couple qui alléguait un lien entre le glyphosate et le cancer.

 

Musi est apparu dans le documentaire ‘Food Evolution’.

 

Ici, en Afrique du Sud, j'ai utilisé du glyphosate pendant au moins une douzaine d’années, depuis que le maïs et le soja résistants à cet herbicide sont devenus disponibles pour les petits agriculteurs. D'autres agriculteurs de mon pays ont utilisé le glyphosate depuis les années 1970. Nous convenons tous que cela nous aide à vaincre les mauvaises herbes qui font concurrence à nos cultures pour l’eau et les nutriments. C’est un outil sûr et éprouvé.

 

Je n'ose pas penser à ce qu'il adviendrait de l'agriculture africaine en l'absence de protection des cultures. Notre continent traîne derrière le reste du monde dans la production alimentaire. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, plus de 250 millions d'Africains souffrent de malnutrition. Cela représente 21 % de la population totale de mon continent – et c’est presque le double du taux de malnutrition en Asie (environ 11 %) et plus de quatre fois celui de l’Amérique du Sud (environ 5 %).

 

Motlatsi dans sa ferme.

 

Et pourtant, nous pourrions prendre encore plus de retard. À l'heure actuelle, nous ne faisons que lutter pour produire la nourriture dont nous avons besoin. Dans un monde sans protection des plantes, nous échouerions complètement. Beaucoup d'entre nous deviendraient des agriculteurs de subsistance qui survivent à peine. Plutôt que de vendre des aliments aux consommateurs, nous devrions les garder pour nous-mêmes.

 

J’ai vu une protection des cultures déficiente conduire à des catastrophes agricoles. Un groupe d'activistes se présentera et encouragera les petits agriculteurs à cesser d'utiliser des produits conventionnels de protection des plantes. Ses membres colporteront une théorie sur la valeur des culture associées, sur les moyens d'attirer les insectes prédateurs ou quelque chose du genre. Mais ces tentatives de défier les leçons de l'agriculture moderne ne fonctionnent pas. Les agriculteurs et les consommateurs en font toujours les frais.

 

Prenant la parole lors de la table ronde mondiale des agriculteurs.

 

Au 21e siècle, nous devons adopter la technologie, ne pas en avoir peur. Pour l’Afrique, la voie à suivre consiste à choisir les bonnes semences, à cultiver les meilleures plantes et à utiliser les meilleurs produits de protection des plantes afin que nous puissions profiter de récoltes abondantes.

 

Je serai le premier à admettre que de nombreux agriculteurs doivent lire plus attentivement les instructions sur les étiquettes de leurs bidons de produits, car ils ne les utilisent pas toujours correctement. Mais c’est un argument pour une meilleure éducation, pas pour l’élimination de bons produits.

 

En protégeant mes cultures, je produis plus de nourriture sur moins de terre. C’est donc un élément important de l’agriculture durable. Pourtant, il ne suffit pas de produire de la nourriture. Grâce au glyphosate, je n’ai pas à lutter contre les mauvaises herbes en bouleversant mon sol avec des labours profonds. Cela signifie que le glyphosate protège non seulement mes cultures des mauvaises herbes mais également mes champs de l'érosion des sols.

 

Des herbicides moins efficaces m'obligeraient à passer avec mon tracteur plus souvent dans mes champs, ce qui augmenterait mes coûts en carburant et les prix à la consommation. Cela augmenterait les gaz à effet de serre que je libère dans l'atmosphère. Avec le glyphosate, cependant, je séquestre le dioxyde de carbone et je fais ma petite part pour prévenir les changements climatiques.

 

Mais ce n’est pas tout. Peu de gens comprennent un autre défi et la manière dont il menace d’aggraver les problèmes déjà rencontrés par les agriculteurs africains.

 

Même avec la protection des cultures, nous avons du mal à convaincre nos enfants de nous suivre dans l’agriculture. Ils sont attirés par la vie urbaine et se demandent s’il y a un avenir dans l’agriculture. Si nous devons leur dire que l’agriculture signifie soudainement retourner en arrière et revenir à la pratique obsolète du désherbage manuel, nous aurons encore moins de succès dans nos efforts pour les persuader de choisir des carrières dans l’agriculture.

 

L'Afrique risquerait de manquer d'agriculteurs.

 

Qu'est-ce que cela voudra dire dire ? Quelque chose me dit que chaque fois que nous lisons à propos d’un bateau de réfugiés qui se noient en Méditerranée, nous entrevoyons ce qui pourrait nous attendre. Les personnes affamées feront des choses désespérées – et une Afrique qui ne protège pas ses cultures deviendrait l'endroit le plus désespéré de la planète.

 

Les Africains vont tout risquer pour échapper au nouvel âge de pierre.

 

 

L’apparition de Musi dans « Food Evolution » est un témoignage puissant d’un petit exploitant agricole qui en avait marre d’être commandé par des militants extérieurs défendant leurs propres intérêts.

_______________

 

Agriculteur, Afrique du Sud

 

M. Motlatsi Musi produit du maïs, des haricots et des pommes de terre, et élève des porcs reproducteurs et des vaches sur 21 hectares qu’il a acquis en 2004 par le biais du Programme de Redistribution des Terres pour le Développement Agricole (LRAD). Le Prix Kleckner de 2017 lui a été décerné le 17 octobre 2017 à Des Moines, Iowa.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/05/for-africa-the-way-forward-is-to-embrace-technology-not-fear-it/

 

 

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I
Ces agriculeturs africain sont mes héros. Je leur souhaite tout le courage du monde. J'espère qu'un jour eux aussi verrons leur biographie dans les librairies, ils le méritent.
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S
Bonjour,

Merci pour eux.