« Nous venons de subir deux canicules sévères, mais nous n’agissons pas » dans le Monde : consternant !
Glané sur la toile 384
(Source – on peut y agrandir le graphique)
« Nous venons de subir deux canicules sévères, mais nous n’agissons pas » est un interview de Mme Florence Habets, chercheuse en hydrométéorologie.
Elle « prévient que les sécheresses vont "augmenter en intensité, en superficie et en durée". »
On peut se cabrer devant ce genre de divination qu'on tente de nous imposer par un sophisme de l'appel à l'autorité.
L'hydrométéorologie a-t-elle des preuves irréfutables de cette évolution à venir ? Certes, les modèles – qui ne sont que des modèles – « prédisent » une accentuation des sécheresses, mais de quel horizon de temps s'agit-il ? Réagir ainsi sur la base de deux canicules – dont il faudra vérifier la signification climatique sur le long terme (événements exceptionnels ou inscrits dans une réelle évolution climatique) – témoigne d'un manque de prudence et de maîtrise. On est là dans le même schéma que celui qui agite nombre de politiciens : un fait divers, une loi... À moins que ce soit l'occasion pour l'interviewée de se faire connaître (mais elle a déjà d'autres références médiatiques comme the Conversation, plus mesuré et sourcé) et pour l'intervieweuse de meubler les pages Planète du journal tout en contribuant à sa ligne politico-éditoriale.
Même source et même possibilité d'agrandir. Notez l'ordre des scénarios : intermédiaire, pessimiste, optimiste. L'horizon « proche », ce sont les années 2035...
Le plus consternant, c'est cependant les réponses apportées aux questions relatives aux solutions. Stocker l'eau d'hiver n'est pas une bonne solution... Les grands barrages non plus...
Et la consternation ne peut que grandir à la lecture de l'argumentation. Pour le stockage, a priori grâce à de petits barrages collinaires ou sur cours d'eau (style Sivens ou Caussade) et des bassins :
« Non, cela ne peut être qu’une solution de dernier recours. D’abord parce qu’augmenter nos capacités de stockage avec l’idée que nous pourrons poursuivre les mêmes activités, les mêmes cultures aux rendements fantastiques, est un leurre. [...] »
Pourquoi « de dernier recours » ? Qui parle de stocker pour « poursuivre les mêmes activités » ? Et quand bien même, serait-ce péché que de faire du bio ou de l'élevage du côté de feu le barrage de Sivens ?
« […] Nos pratiques agricoles ne sont pas adaptées au changement climatique. [...] »
Cette déclaration à l'emporte-pièce ignore le travail fait par les agriculteurs, parfois considérable. Mais cela n'évacue pas la question de l'adaptation à des conditions agro-climatiques en évolution, le problème de l'eau n'en étant qu'une composante (sur laquelle on peut agir, contrairement aux, par exemple, gelées tardives en grandes cultures).
« […] Cela peut constituer par ailleurs une appropriation de la ressource hydrique par l’agriculture intensive, alors que les tensions sur l’eau vont devenir plus fortes à l’avenir. [...] »
L'« appropriation de la ressource hydrique »... les grands mots... Que vient faire l'agriculture « intensive » ici ? L'agriculture moins « intensive », tout comme l'agriculture biologique, est pareillement touchée par les problèmes de sécheresse. Les « tensions sur l’eau » doivent évidemment être dissipées, mais pas au détriment de l'agriculture et des agriculteurs, c'est-à-dire, au final, de notre alimentation et de ceux qui la fournissent. Ce discours a pour effet pervers de justifier, voire d'attiser, les tensions.
« […] En outre, le remplissage de ces infrastructures en automne peut contribuer à augmenter la durée des pénuries. [...] »
L'argument est vraiment renversant ! Le principe de base est précisément de stocker l'eau en excédent qui partirait sinon à la mer pour l'utiliser au moment des pénuries... pas que pour l'agriculture d'ailleurs.
« […] Ensuite, construire des barrages coûte cher et ceux-ci occupent des surfaces prises sur des zones humides, des terres agricoles, des forêts, contribuant à l’artificialisation des sols… [...] »
Avec l'évocation du prix on n'a pas encore atteint le fond du mille-feuilles argumentatif... Très intéressante l'idée qu'un plan d'eau représente une « artificialisation », certes « des sols » et pas des terres. Que faut-il alors penser des gigantesques plans d'eau créés pour éviter que Paris ne soit inondé ? En une phrase est déclinée la formidable ambition d'une personne qui regrette que « nous n'agissons pas » : surtout ne rien faire... enfin pas de stockage d'eau.
En réalité nous « agissons »... Canicule ou pas, sécheresse prononcée ou pas, tous les ans, des arrêtés sont pris dans de nombreux départements pour restreindre les usages de l'eau. Politique de Gribouille... Légèreté et inconséquence... Pérennisons... Pas de stockage...
« […] En France, il y a les grandes "bassines", qui continuent à être installées en Poitou-Charentes et le barrage litigieux de Caussade. Or l’eau à l’air libre chauffe et s’évapore, surtout lorsqu’elle est peu profonde, précisément au moment où l’on en a le plus besoin, l’été.[...] »
Un autre formidable argument ! Cette eau qui s'évapore, c'est celle qui se serait retrouvée à la mer...
« […] Il y a quelques années, en Californie, des millions de boules en plastique avaient été jetées dans un vaste réservoir pour freiner ce phénomène. »
La solution à un problème (si tant est que cela en fut une) devient... un problème...
Les grands barrages sont tout autant honnis. En bref, ils ne seraient utiles que pour « de courtes sécheresses »...
« […] mais, pour les épisodes pluriannuels, les grandes infrastructures peuvent avoir des effets pervers, car elles favorisent l’usage excessif de la ressource. Leur présence rassure a priori, du coup on prend des mesures d’économie trop tard et le temps nécessaire pour les remplir de nouveau prolonge la pénurie. [...] »
Ne sortons pas du lit, nous pourrions faire une bêtise... Il faut interdire les voitures, car elles favorisent les excès de vitesse...
La minceur de cet argument se mesure à l'expérience d'une gestion avisée de l'eau mise à la disposition de tous les usagers grâce à de grandes infrastructures comme le canal de la Durance et les réalisations de la Compagnie d'Aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc.
Et cela se poursuit :
« [...] Des enquêtes en Chine, en Espagne, aux Etats-Unis ont montré que, lors de longues sécheresses, les rivières dotées de ce genre d’infrastructures souffrent davantage que les autres. »
Sources ? La généralisation est-elle permise ? Et, si l'on redoute aux fins de l'argumentation « de longues sécheresses », quelle est la solution préconisée ?
Au final,
« Les moyens d’améliorer le stockage de l’eau dans la nature sont les mêmes que pour lutter contre les nitrates : planter des haies, protéger les zones humides, arrêter l’artificialisation des terres… »
Sauf que ça ne répond que partiellement à un déficit pluviométrique important, voire dans certains cas modeste.
Toutes les civilisations sédentaires – et agricoles – confrontées à un problème d'eau ont mis au point des solutions pour y répondre, certes parfois mal avec des conséquences graves comme la salinisation des sols ou encore l'asséchement de la mer d'Aral. Toutefois, nous en savons beaucoup plus que nos ancêtres et avons des moyens beaucoup plus importants pour relever les défis de manière réfléchie et judicieuse.
Que l'idéologie puisse mener au refus – a priori et par principe – de certaines solutions éprouvées est tout simplement consternant.
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