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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

M. Stéphane Foucart et l'obsession anti-néonics sur Twitter : « Sans commentaires » ? Sans blague ?

31 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Néonicotinoïdes

M. Stéphane Foucart et l'obsession anti-néonics sur Twitter : « Sans commentaires » ? Sans blague ?

 

 

(Source)

 

 

 

 

Le sophisme du cum hoc, propter hoc

 

M. Eugène Matadon s'est penché dans un fil Twitter sur cette blague en analysant de plus près la publication scientifique (ou pseudo-scientifique) qui prétend démontrer une augmentation de la « charge toxique aiguë des insecticides » – un indicateur tout à fait artificiel ayant un rapport très distant avec la réalité des faits – d'un facteur 48 et 4, respectivement, pour la toxicité orale et par contact, entre 1992 et 2014.

 

Juste un exemple sur le mode facétieux (il y a bien plus sérieux dans ce fil) :

 

 

 

 

Faire une corrélation entre une étude sur l'emploi des pesticides aux États-Unis d'Amérique – en zones cultivées – et le déclin des insectes volants en Allemagne – dans des zones de nature protégée –, il fallait oser ! Et insister... Errare humanum est...

 

 

Une étude américaine tout à fait « indépendante »...

 

Nous ne nous attendons pas à trouver un article dans le Monde Planète signé par les grands chasseurs de conflits d'intérêts que sont M. Stéphane Foucart et Mme Stéphane Horel.

 

Non, il n'y aura pas de : « La fabrique du doute : Comment les activistes manipulent la science et nous mettent en danger ». Non, il n'y aura pas de « Ce livre montre comment les organisations anti-pesticides et anticapitalistes ont rendu possible cette catastrophe, en truquant le débat public par l'instrumentalisation de la science, de la réglementation et de l'expertise.

 

 

 

 

Car l'article scientifique (ou pseudo-scientifique) a été financé par Friends of the Earth U.S.

 

Quatre auteurs ont touché des « research fees » – des honoraires pour la recherche – de FOE. Le cinquième est un membre du personnel de FOE.

 

Deux auteurs sont des salariés du Pesticide Research Institute (PRI), une « environmental consulting firm », une entreprise de consultance environnementale, ce dernier adjectif exposant l'orientation générale de la boutique fondée par une ancienne employée du Pesticide Action Network North America. Un autre auteur est le chercheur principal de Toxicology Research International (TRI), une entreprise unipersonnelle dont il est le propriétaire et qui compte parmi ses clients, notamment, des cabinets d'avocats (devinez lesquels).

 

Bien entendu, « [l]es bailleurs de fonds n'ont joué aucun rôle supplémentaire dans la conception de l'étude, la collecte et l'analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit. »

 

Enfin voyons ! Ce n'est pas cette firme que l'on aime tant haïr au Monde Planète... Dans ce cas, la recherche est tout à fait « indépendante » ; et forcément crédible puisqu'elle va dans le « bon » sens, celui de la mise en cause des néonicotinoïdes.

 

 

Mais que dit l'article ?

 

Voici le résumé de « An assessment of acute insecticide toxicity loading (AITL) of chemical pesticides used on agricultural land in the United States » (une évaluation de la charge de toxicité aiguüe des insecticides (AITL) des pesticides chimiques utilisés sur les terres agricoles aux États-Unis) de Michael DiBartolomeis, Susan Kegley, Pierre Mineau, Rosemarie Radford et Kendra Klein (nous découpons) :

 

« Nous présentons une méthode de calcul de la charge de toxicité aiguë des insecticides (AITL) sur les terres agricoles des États-Unis et les zones environnantes et une évaluation des changements survenus dans les AITL de 1992 à 2014. La méthode AITL prend en compte la masse totale des insecticides utilisés aux États-Unis, la toxicité aiguë pour les insectes en utilisant la DL50 par contact et par voie orale pour les abeilles comme valeurs de référence pour la toxicité pour les arthropodes, et la persistance des pesticides dans l'environnement.

 

Cette analyse préliminaire montre que les types d'insecticides de synthèse appliqués sur les terres agricoles ont fondamentalement changé au cours des deux dernières décennies, passant de pesticides principalement organophosphorés et de N-méthyl carbamate à un mélange dominé par les néonicotinoïdes et les pyréthrinoïdes.

 

Les néonicotinoïdes sont généralement appliqués sur des terres agricoles américaines à des taux d'application inférieurs par hectare ; cependant, ils sont considérablement plus toxiques pour les insectes et persistent généralement plus longtemps dans l'environnement.

 

Nous avons constaté une augmentation de l'AITL de 48 et de 4 fois de 1992 à 2014 pour la toxicité orale et par contact, respectivement.

 

Les néonicotinoïdes sont principalement responsables de cette augmentation, représentant entre 61 et près de 99 % de la charge de toxicité totale en 2014.

 

Les cultures les plus responsables de l'augmentation des AITL sont le maïs et le soja, avec une augmentation particulièrement importante de la contribution relative du soja à l'AITL entre 2010 et 2014.

 

Les expositions orales sont potentiellement plus préoccupantes en raison de la toxicité relativement plus élevée (DL50 basse) et de la probabilité plus élevée d'exposition par les résidus dans le pollen, le nectar, l'eau de guttation et d'autres milieux environnementaux.

 

En utilisant l'AITL pour évaluer la toxicité orale par classe de pesticide, les néonicotinoïdes représentaient près de 92 % de l'AITL total entre 1992 et 2014.

 

Le chlorpyrifos, le cinquième insecticide le plus largement utilisé au cours de cette période, ne représentait que 1,4 % de l'AITL total d'après les DL50 par voie orale.

 

Bien que nous utilisions certaines hypothèses simplificatrices, notre analyse de dépistage révèle une augmentation de la charge de toxicité liée aux pesticides au cours des 26 dernières années, ce qui pourrait menacer la santé des abeilles mellifères et d’autres pollinisateurs et pourrait contribuer à la diminution des populations d’insectes utiles, ainsi que d’oiseaux insectivores et d'autres consommateurs d'insectes. »

 

Lisez bien la dernière phrase... « certaines hypothèses simplificatrices »... et les semi-auxiliaires au conditionnel (« potentially threatens » et « may contribute »)...

 

Qu'en est-il des néonicotinoïdes, plus spécifiquement utilisés en traitements de semences ? Les auteurs sont réalistes sur les limitations de leur travail :

 

« Comme indiqué précédemment, l'analyse AITL ne tient pas compte des tendances en matière d'application de pesticides dans les traitements de semences, ni ne quantifie la dose d'exposition réelle ou estimée d'un insecticide après le traitement des semences. Dans une approche fondée sur les risques, l'omission de ces facteurs peut entraîner une surestimation du potentiel de danger pour les pollinisateurs et d'autres espèces non ciblées de l'exposition à des insecticides appliqués comme traitements de semences. Par conséquent, une approche plus fine serait nécessaire pour estimer les impacts réels des traitements des semences sur les dangers, en particulier pour l'utilisation de néonicotinoïdes. Ce niveau de raffinement est difficile, mais il fournirait une évaluation plus précise de l’impact de ces insecticides sur les terres agricoles des États-Unis et les zones environnantes. »

 

Si nous avons bien compris, dans le cas d'un néonicotinoïde appliqué en traitement de semences, la quantité totale de produit est convertie en charge de toxicité bien que pour la toxicité par contact, par exemple, le problème se limite essentiellement aux dérives et que pour la toxicité par voie orale, il faille tenir compte de la dynamique du produit dans la plante..

 

En résumé, c'est un gros travail de compilation et de calcul qui apporte des informations à manier avec précaution... ce que l'activisme va cependant omettre de faire. À preuve...

 

 

 

 

 

 

Et côté Allemagne ?

 

Ce sera plus simple. Nous avons déjà traité sur ce blog de « More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas » (un déclin de plus de 75 pour cent en 27 ans de la biomasse totale d'insectes volants dans des zones protégées) de Hallmann et al. paru dans Plos One en octobre 2017.

 

« Compter les insectes », un article de Mme Susanne Günther, alias Schillipaeppa, citait en particulier la Frankfurter Allgemeine Zeitung :

 

« La FAZ conclut que la "méthode d'estimation statistique sophistiquée" des auteurs n'avait à l'évidence pas été comprise :

 

"Ainsi le professeur de statistiques Walter Krämer l'a critiquée pour RWI [Leibniz-Institut für Wirtschaftsforschung (Institut Leibnitz de Recherche Économique, anciennement Rheinisch-Westfälisches Institut für Wirtschaftsforschung, Institut de Recherche Économique de Rhénanie-Westphalie] comme 'Unstatistik' [degré zéro de la statistique]." »

 

Nous nous étions aussi penché sur le sujet dans « Ces drôles d'oiseaux du CNRS, du MNHN et du Monde Planète (épisode VI) – Le Monde et la multiplication des sophismes ».

 

Comme le montre le graphique suivant, les auteurs n'ont même pas mentionné les pesticides comme cause du déclin allégué ; les terres arables – vous savez, là où on épand généralement des pesticides – sont même présentées comme favorables au développement des insectes !

 

 

 

 

Nous avions décrit un ensemble de limitations affligeant cette étude, et également présenté deux graphiques d'un commentateur dans Plos One. Le premier présente la droite de régression sur l'ensemble de la période étudiée par Hallmann et al. Le deuxième présente une autre interprétation, a priori tout aussi valable que la thèse du déclin continu.

 

 

 

 

 

 

En tout cas, cette étude ne démontre pas ce qu'« on » lui fait dire, « on » étant l'activisme, y compris celui déployé dans un gazouillis mettant deux graphiques côte à côte...

 

 

Est-ce bien sérieux ?

 

Posons la question à l'heure où le Monde Planète de M. Stéphane Foucart fait l'article, y compris sous la signature de M. Stéphane Foucart, pour « Et le monde devint silencieux - Comment l'agrochimie a détruit les insectes », un livre de M. Stéphane Foucart.

 

Et vous savez quoi ? Dans sa prose M. Stéphane Foucart propose le graphique suivant :

 

 

 

 

Succombons à son cum hoc, propter hoc plus que foireux : les ventes de néonicotinoïdes décollent aux États-Unis vers 2003-2004... à l'époque où, selon le graphique précédent, les captures d'insectes volants se stabilisent en Allemagne.

 

Rappelons que les apiculteurs australiens et canadiens (en Alberta) ne rechignent pas à mettre leurs ruches au bord des champs de colza issus de semences traitées avec un néonic... et font d'impressionnantes récoltes de miel.

 

 

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franseb 02/09/2019 17:52

Si vous aviez raison, la France comme de nombreux pays n'aurait pas interdit les neonicotinoides sur leur territoire. A moins, que tous ces pays ne soient secrètement gouverner par le lobby des antipesticido-capitalistes?

Seppi 03/09/2019 12:01

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Et dire que les "antipesticides-(anti)capitalistes" accusent nos pays d'être secrètement gouvernés par les pro-pesticido-capitalistes...

Posons la question différemment : pourquoi de nombreux pays N'ont PAS interdit les néonicotinoïdes, malgré les poussées des mouvements anti-pesticido-capitalistes ? Pourquoi les agences d'évaluation de ces pays et les autorités de décision estiment-elles que les néonics en question sont acceptables comme solutions de lutte contre des ravageurs lorsqu'ils sont utilisés selon les préconisations d'emploi.

Pourquoi les apiculteurs de l'Alberta (des professionnels) ne se sont pas associés à ceux de l'Ontario (beaucoup d'amateurs) pour faire interdire les traitements de semences avec des néonics ?

Vous ne savez peut-être pas que la France a eu dans son gouvernement une femme qui s'est vantée d'avoir reçu un bouquet de fleurs offert par quelques dizaines d'organisations en remerciement pour son "combat" contre le glyphosate...

what else 31/08/2019 23:10

En parlant insecticides nous pouvons rester simplement en France et cela se reproduit dans diverse enseignes de grande distribution et curieusement seppi passe l'actualité Française sous silence .

Dépassement de la limite maximale de résidus sur la molécule «Fosthiazate »

https://www.oulah.fr/rappel-produit-pommes-de-terre-de-consommation-de-marque-parmentine/


[Les personnes qui auraient consommé ce produit et qui présenteraient des symptômes de maladie tels que : confusion/nervosité, maux de tête, problèmes respiratoires, circulatoires, sont invitées à contacter leur médecin.]


Alors seppi retrouver les poisons pesticides dans la nourriture, c'est vraiment anodin selon vous???

Seppi 03/09/2019 08:18

Graines germées de fenugrec bio… 53 morts, des centaines de handicapés à vie… Comparaison n'est certes pas raison mais dans le cas du bio on prend sciemment des risques avec la santé publique par idéologie.

Hbsc Xris 31/08/2019 21:57

Je ne sais plus si vous avez déjà cité cette bonne analyse critique de l'étude allemande sur le déclin des insectes sinon, je la rappelle quand même https://www.agriculture-environnement.fr/2018/08/23/au-sujet-du-declin-des-insectes-volants.

Seppi 03/09/2019 08:01

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

De mémoire, la réponse est non.

L'analyse est effectivement excellente.