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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les cultures importent : les jeunes citoyens prennent l'initiative

29 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #CRISPR, #OGM

Les cultures importent : les jeunes citoyens prennent l'initiative

 

Risk-monger*

 

 

 

 

En réaction à la décision de la Cour de Justice de l'Union Européenne de l’année dernière d'assujettir les technologies modernes d'amélioration des plantes à la directive de 2001 sur les OGM non fonctionnelle, un groupe d’étudiants en technologies agricoles a lancé une initiative citoyenne européenne pour remédier à cette situation regrettable. Voici pourquoi les agriculteurs et les scientifiques leur doivent leur respect et leur soutien.

 

 

Le Risk-monger étouffe depuis trop longtemps dans l'hypocrisie de la bulle de Bruxelles. Cela fait des décennies que j'observe la disparition de solutions scientifiques claires à des risques gérables, noyées qu'elles sont dans l'émotion de campagnes de peur activistes dénuées de preuves et de solutions de rechange viables (certaines personnes ont donné à cette folie un nom : « le principe de précaution »), et je suis devenue assez cynique.

 

 

La relégation des NPBT (new plant breeding techniques – nouvelles techniques d'amélioration des plantes) a été une merveille d'exécution d'un plan de jeu

 

 

En ce qui concerne l'agriculture, je m'attends maintenant à ce que le recueil de stratégies de l'activiste soit appliqué sans distinction, sans égard pour le fait que les agriculteurs ne devraient pas être obligés d'échouer ; appliqué sans comprendre que la plupart des interdictions de technologies agricoles ont eu des conséquences plus graves pour l'environnement que leur mise en œuvre ; et sans respect pour les groupes vulnérables menacés, globalement, d'insécurité alimentaire. Je suis toujours très attaché à la recherche des meilleures solutions pour la production alimentaire et agricole, mais après des années passées dans des salles remplies d’idéologues et de fanatiques, vous finissez par vous attendre au pire de la population.

 

Ainsi, l'année dernière, lorsque la Cour de Justice de l'Union Européenne a décidé de castrer les innovations les plus intéressantes en matière de technologies d'amélioration des plantes, en raison des intérêts propres de la fraction extrémiste du lobby de l'alimentation biologique, j'ai détesté les activistes et leurs pratiques déplorables. J'ai maudit la Commission Européenne pour son manque de courage pour réglementer correctement les nouvelles techniques d'amélioration des plantes, et j'ai alors prié pour que quelqu'un fasse quelque chose pour mettre fin à cette injustice insensée envers les agriculteurs et les chercheurs.

 

Dans le même temps, à un peu plus d’une heure de Bruxelles, dans une faculté d’agriculture de l’Université de Wageningen (Pays-Bas), un groupe d’étudiants en maîtrise examinait avec plus d’optimisme les restrictions de l’Union Européenne en matière de recherche et d’agriculture. Ces étudiants ont clairement compris à quel point cette folie n’avait aucun sens et ils ont été prêts à résoudre le problème par une solution claire et rationnelle. Les étudiants apprennent à identifier et à résoudre des problèmes. Ils ont donc lancé une initiative citoyenne européenne afin que la Commission Européenne réévalue la manière dont les nouvelles technologies d'amélioration des plantes devraient être appréhendées (ce que les fonctionnaires européens auraient dû faire il y a une décennie). Mes prières ont été exaucées.

 

 

Ouvert, engageant, honnête… inspirant : https://www.growscientificprogress.org/meet-us?lang=fr

 

 

GrowScientificProgress.org

 

J’ai eu la chance d’interviewer trois des étudiants qui sont derrière l’initiative citoyenne GrowScientificProgress ; leur vision et leurs solutions pour l’agriculture européenne sont bien plus matures que le moindre bruit venant de Bruxelles. Peu de temps après mon entretien sur Skype avec Martina Helmlinger, une étudiante autrichienne, Lilli Schütz, de l’Allemagne, et Lavinia Scudiero, de l’Italie, il est devenu évident que c’était le Risk-monger qui était sur le point d’être éduqué.

 

Ma première question était rude : pourquoi devrions-nous prendre au sérieux une initiative citoyenne d’un groupe de jeunes étudiants (pensez « pauvre Greta »...) ? Lavinia a immédiatement répondu : « En tant qu'étudiants, nous ne sommes liés à aucune entité ni aucun intérêt. » Lilli a ensuite ajouté : « Nous sommes en sécurité. Nous ne pouvons pas être accusés d'avoir un intérêt. Mais nous devons faire attention à garder notre indépendance. Nous ne pouvons pas être financés par des groupes, des entreprises ou des organisations. » « Les OGM sont un sujet délicat », a poursuivi Martina, « nous savons qu'il existe un lobby anti-OGM qui tente de nous accuser de servir les intérêts de l'industrie. Mais nous sommes des citoyens, préoccupés par l'avenir de l'innovation agricole dans l'Union européenne, qui souhaitent informer et inspirer leurs concitoyens. »

 

Il n'a pas fallu longtemps pour découvrir que ces étudiants savaient exactement ce qu'ils faisaient. Vous ne pouvez pas changer la décision de la Cour de Justice de l'Union Européenne, vous ne pouvez pas changer la directive de 2001 sur les OGM, vous ne pouvez pas annuler les décennies de campagnes de peur enracinées dans la perception du secteur européen de l'ag-tech (toutes choses que les consultants promettent de faire), mais vous pouvez offrir des précisions sur cette législation dépassée, simplement en ajoutant une annexe à la directive de l’UE sur les OGM qui spécifie comment les différentes technologies d'amélioration des plantes devraient être traitées. C’est ce que la Commission Européenne aurait dû faire si elle n’avait pas aussi peur d’une demi-douzaine de militants chimiophobes gesticulant avec un mégaphone à l’extérieur de leurs fenêtres.

 

Ce que ces étudiants m'ont montré, c'est que l'avenir de la science et de la politique agricoles européennes s'annonce plus prometteur pour la prochaine génération de chercheurs en agriculture. Tandis que je vais entrer dans les détails de l'annexe proposée par les étudiants dans ma chronique qui sera publiée à l'automne dans European Seed, cet article couvrira le fond de l'histoire : ce qui motive ces jeunes scientifiques à défendre la recherche, à se lever pour défendre une politique claire et pour défendre les agriculteurs.

 

 

Il ne s'agit pas seulement d'amélioration des plantes

 

Un utilisateur de Twitter m'a posé une question difficile à transmettre au groupe : « En dehors d'un petit nombre de sélectionneurs, est-ce que quelqu'un d'autre est très intéressé par cela ? » Ils ont admis que la plupart des consommateurs ne veulent pas savoir comment fonctionnent les nouvelles technologies de sélection… mais cela n’a jamais été leur vision. Lilli a fait valoir que ces techniques pourraient réduire considérablement la quantité de pesticides utilisés pour produire nos aliments – c’est dans l’intérêt de tous. Elle a ensuite ajouté que de nombreuses innovations augmenteraient les rendements (en particulier dans les régions du monde où la nourriture est rare) et amélioreraient les sols tout en atténuant les effets du changement climatique et en restaurant la biodiversité. Ces technologies aideront à protéger la nature. En outre, certaines modifications génétiques ont montré comment retarder la détérioration des aliments, et prolonger ainsi la durée de conservation de certains fruits et légumes.

 

Lavinia – Une vétérinaire étudiant le droit de la sécurité alimentaire

 

Réduire le gaspillage alimentaire, atténuer les effets du changement climatique, réduire les pesticides, améliorer la sécurité alimentaire mondiale, protéger les sols et la biodiversité – tous devraient s’intéresser à leur initiative citoyenne. Lavinia a mis cette question dans un contexte parfait. « Beaucoup de nos amis, sceptiques à propos de tout ce qui a trait aux OGM, ont demandé : "Pourquoi faites-vous cela ?" Lorsque nous commençons à expliquer les avantages des technologies, ils comprennent, changent d’avis et deviennent convaincus ».

 

Les étudiants sont très conscients du fait que l'on associe l'amélioration des plantes aux grandes entreprises chimiques. Leur initiative citoyenne aidera les petites entreprises et les laboratoires qui ne peuvent pas se permettre le processus de réglementation, en encourageant notamment la recherche sur des problèmes de semences moins courants (notamment pour les pays en développement). Il existe des centaines de solutions simples à des problèmes complexes que ces technologies peuvent potentiellement résoudre. Lilli a ajouté comment ces innovations vont être développées ailleurs puis importées dans l'UE, « alors pourquoi ne pas laisser nos chercheurs résoudre nos problèmes agricoles ? »

 

 

Il s'agit de respecter la nature

 

Je devais leur demander ce qu’elles pensaient du rejet par le lobby des produits biologiques des nouvelles techniques de sélection. Martina a été directe : « C’est un tel gaspillage de ne pas utiliser la technologie. L'agriculture biologique n'a pas le potentiel de soutenir la population entière dans sa forme actuelle, mais elle le pourrait. »En effet, elle est en plein dans le mille. Certaines techniques d'amélioration des plantes telles que la pomme de terre cisgénique [ma note : une pomme de terre qui a reçu un gène d'une autre pomme de terre] ou les pommes résistantes à la tavelure permettraient aux agriculteurs d’obtenir des rendements plus élevés avec peu ou pas de pesticides. Désactiver un gène dans une graine ne modifie pas nécessairement le produit végétal, cela lui peut lui permettre simplement de se protéger de certaines conditions qui nécessitent normalement l’application de pesticides. Les agriculteurs biologiques avaient l’occasion de devenir plus compétitifs et plus durables s’ils n’avaient pas été coulés par le lobby de leur industrie qui a pris parti pour la gauche radicale de leur mouvement.

 

Lilli – sciences de l'alimentation

 

Lilli m'a alors posé une question directe : « C'est quoi les semences naturelles ou traditionnelles ? » Lorsque nous examinons les semences anciennes pour la pastèque ou le maïs, il est clair que personne aujourd'hui ne voudrait manger de ces produits.

 

Les étudiants ont vite fait de me rappeler que l'amélioration des plantes est un processus naturel (pensez « évolution » ou « sélection naturelle »). La mutagenèse est un processus naturel (les cellules sont en effet toujours en mutation). Ce que fait la science, c'est accélérer le processus et le cibler pour atteindre les objectifs souhaités. Il est ridicule de rejeter les techniques d'amélioration des plantes au motif qu’elles ne sont pas naturelles.

 

 

Il s'agit de nourrir l'avenir

 

Ces étudiants sont très conscients des défis que leur avenir apportera. Ils seront au sommet de leur carrière de recherche lorsque la population mondiale atteindra 10 milliards. Les décisions de recherche que nous prenons aujourd'hui détermineront notre façon de nourrir l'avenir. Ces trois jeunes femmes m'ont clairement expliqué que l'Europe n'était pas prête à relever ce défi. Alors, qui va prendre la responsabilité ?

 

Martina - Droit de l'alimentation

 

Je leur ai demandé comment elles percevaient leurs perspectives d'avenir pour les chercheurs européens en technologies de l'agriculture. Après la décision de la Cour de Justice de l'Union Européenne de jeter les nouvelles techniques d'amélioration des plantes sous le poids de processus de réglementation coûteux et sans fin, beaucoup ont prédit un autre exode de chercheurs en biotechnologie européens. Lavinia, l'initiatrice du projet, en convient et a dit que c’est précisément pour cela qu'ils ont pris cette initiative. Lilli ne comprend pas comment l’Europe peut avoir son mot à dire dans le développement de la recherche si elle dit : « Non à la technologie ! ». « Nous ne devrions avoir aucun moyen ni droit de prendre part au processus de décision. Il est ridicule que les cerveaux scientifiques quittent l'Europe et que les semences à valeur ajoutée reviennent quand même. » Martina a été plus optimiste : « Si cet échec de la réglementation peut être corrigé de manière pertinente, l'Europe peut montrer au monde comment faire de manière responsable la recherche sur l'amélioration des plantes et le développement technologique. »

 

 

Il s'agit de nous inspirer

 

Après avoir parlé avec ces trois jeunes scientifiques incroyables, je ne savais pas trop quelle casquette je portais. Étais-je le Risk-monger à la recherche d'un article ? Étais-je le professeur Zaruk cherchant à les guider sur les pièges de la politique européenne ? Étais-je un acteur pro-science essayant de les aider ?

 

À la fin, j’étais simplement un citoyen européen prêt à signer la pétition (divulgâcheur : je l’ai fait). Ces étudiants m'ont amené à croire qu'il y a un avenir pour les sciences agricoles européennes et une agriculture plus durable. Je crains d'avoir abandonné tout espoir pour l'agriculture de l'UE il y a près de dix ans lorsque l'approche de précaution en matière de politique agricole fondée sur les dangers a été appliquée. Ce que ces trois jeunes ont fait m'a rassuré sur le fait que la science européenne a encore la possibilité de faire la différence.

 

Mais il ne s'agit pas que de science. Il s’agit plus de l’agriculture et de l’importance d’un processus de production végétale amélioré. Il s'agit d'une agriculture plus durable, utilisant moins de pesticides, des rendements plus élevés tout en protégeant la biodiversité et les sols. Il s'agit de réduire le gaspillage alimentaire, les émissions de CO2 et les coûts de main-d'œuvre. Ce n'est pas une initiative scientifique ou de recherche ; c'est un plaidoyer pour les outils pour une meilleure agriculture.

 

Cela concerne directement les agriculteurs.

 

 

Signez maintenant !

 

Mais avec peu de soutien, ces jeunes étudiants dynamiques ne peuvent pas le faire seuls. La communauté européenne de la recherche ne suffira pas pour obtenir le nombre requis de signatures (un million de personnes réparties dans tous les États membres de l’UE... y compris le Royaume-Uni). Il appartient aux douze millions d’agriculteurs européens qui dépendent d’une technologie plus performante et plus durable de remettre cette opportunité sur la table.

 

Je recommande vivement à tous les agriculteurs européens, encouragés par leurs associations d'agriculteurs, de se rendre à l'initiative citoyenne GrowScientificProgress et de signer leur pétition pour protéger l'agriculture de l'UE… parce que les cultures importent.

 

_______________

 

David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et la page Facebook de Risk-monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2019/08/18/crops-matter-young-citizens-take-the-initiative/

 

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Marc 01/09/2019 16:59

Merci à ces étudiants qui osent braver la vague anti-agriculture moderne et saine. J'ai signé leur appel et le referai sur d'autres sujets. Mme LUCET devraient les inviter sur son plateau ! mais cela est hautement improbable !

Il est là 29/08/2019 12:29

Bravo à ces jeunes étudiants qui ont compris ce qu'il convient de penser des OGM et qui démontrent avec pertinence que les OGM sont compatibles avec une agriculture bio, ce que beaucoup ne veulent pas comprendre.

En tout cas j'ai signé leur pétition, vous l'avez signé aussi, @Seppi ?

PS : j'avoue que contacter le Risk Monger ne me gainerait pas mais je ne speak pas assez english pour communiquer avec lui. Est-ce qu'il comprend le français ?