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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le monde fait-il face à un « effondrement des pollinisateurs » ? Comment et pourquoi les médias se trompent encore et toujours en science

14 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #critique de l'information

Le monde fait-il face à un « effondrement des pollinisateurs » ? Comment et pourquoi les médias se trompent encore et toujours en science

 

Jon Entine*

 

 

 

 

Note : Selon le contexte, le mot « abeilles » est à prendre au sens large et inclut notamment les bourdons.

 

 

Voici ce que disent les avocats : « Si les faits ne sont pas de votre côté, plaidez sur la loi. Si la loi n’est pas de votre côté, discutez des faits. Si ni les faits ni la loi ne sont de votre côté, tapez du poing sur la table. »

 

Remplacez le mot « loi » par le mot « science » et le même principe s’appliquera à de nombreux groupes de défense de l’environnement et même à certains politiciens faisant campagne pour interdire divers pesticides sous prétexte qu’ils contribuent à un effondrement dangereux de notre population de pollinisateurs.

 

N'ayant ni les faits, ni la science de leur côté, ils ont beaucoup tapé du poing sur la table ces derniers temps.

 

Comme d'autres et moi-même l'avons décrit dans Genetic Literacy Project et comme l'ont souligné d'autres organes de presse tels que le Washington Post et Slate, le récit de l'effondrement des pollinisateurs est implacable et généralement faux depuis plus de sept ans.

 

Il a surgi avec le syndrome d'effondrement des colonies (CDD) qui a débuté en 2006 et a duré quelques années – une mortalité anormale des abeilles qui a éliminé près du quart de la population d'abeilles domestiques des États-Unis ; mais sa cause reste inconnue. Selon des entomologistes, des versions du CCD se produisent périodiquement depuis des centaines d'années.

 

Ce fut un événement inquiétant en partie parce qu’il avait exacerbé une tendance constatée pour la première fois dans les années 1980, lorsque l’acarien Varroa destructor a envahi les populations d’abeilles nord-américaines et européennes, initiant un problème de santé grave chez les pollinisateurs. Aujourd'hui, presque tous les entomologistes sont convaincus que la crise actuelle de la santé des abeilles est principalement due au méchant Varroa. Les abeilles mellifères affaiblies, transportées par camion d'un bout à l'autre du pays comme du bétail, sont confrontées à un certain nombre de facteurs de stress ayant des répercussions sur leur santé, y compris l'utilisation d'acaricides pour contrôler les acariens envahissants, les changements climatiques, les changements dans le paysage et l'utilisation de certains produits chimiques agricoles, susceptibles de réduire la capacité des abeilles à lutter contre la maladie.

 

 

Montée de l'abeille-calypse

 

Malgré tout, la « crise des abeilles » a été ignorée jusqu'en 2012, lorsque des groupes de plaidoyer se sont mobilisés pour diffuser un récit apocalyptique après qu'un hiver rigoureux eut entraîné une forte augmentation temporaire de la mortalité hivernale des abeilles.

 

Le nombre de pertes de colonies a bondi en 2006 avec le CCD, mais il est stable et même en amélioration depuis.

 

 

 

 

Les sirènes d'alarme ont retenti en prenant un tour particulier : les groupes de plaidoyer ont mis en cause une classe de pesticides appelés néonicotinoïdes, introduits dans les années 1990, bien après que l'invasion par le Varroa eut infecté les ruches et commencé à provoquer un déclin. La description était apocalyptique, certains activistes affirmant même que les néonics allaient mener les abeilles à l'extinction.

 

L'« abeille-calypse », comme cela a été surnommé, a fait la une des journaux – la plus célèbre étant la couverture du magazine Time intitulée « Un monde sans abeilles ». L'affirmation selon laquelle les néonics étaient les fautifs a été accréditée dans une certaine mesure par des expériences de laboratoire, dans la plupart desquelles on saoulait les abeilles individuelles avec des néonics surdosés, alors que ce n'est pas ainsi que les abeilles rencontrent l’insecticide dans la nature, dans laquelle ils sont principalement appliqués en enrobage des semences.

 

Dans les évaluations de laboratoire, qui ne sont pas considérées comme étant à la pointe de la technique – les évaluations sur le terrain reproduisent beaucoup mieux les conditions réelles –, la mortalité des abeilles mellifères avait augmenté. Mais c'était également vrai de tous les insecticides testés ; après tout, ils sont conçus pour tuer les parasites. Les néonics sont en réalité beaucoup plus sûrs que les pesticides qu’ils ont remplacés, principalement des organophosphates (de synthèse) et des pyréthrines (naturelles et utilisées par les agriculteurs biologiques), deux catégories de substances cancérogènes pour l’homme et nocives pour les insectes utiles. Une étude réalisée par des chercheurs du Département de l'Agriculture et de la Mississippi State University a montré que les néonics sont loin d'être les pesticides les plus meurtriers comme le prétendent de nombreux groupes de plaidoyer, en particulier lorsque leur impact est observé dans des conditions réalistes sur le terrain (c'est-à-dire en appliquant le pesticide comme le feraient les agriculteurs).

 

La tempête dans les médias a déclenché la panique dans les milieux politiques, avec pour cible principale les néonics. Des examens réglementaires d'urgence ont déjà été lancés dans l'Union Européenne, aux États-Unis et au Canada. Mais tandis que le bruit médiatique augmentait, les statistiques sur le nombre de colonies d'abeilles racontaient en réalité une histoire différente. Les statistiques sur les populations d'abeilles domestiques, établies par la plupart des gouvernements nationaux et faciles à trouver sur des sites Web accessibles au public, et publiées par la FAO, Statistique Canada et l'USDA entre autres institutions, ont montré que loin d'être en déclin, les populations d'abeilles domestiques ont augmenté sur tous les continents (sauf l’Antarctique) depuis l’entrée sur le marché des néonics au milieu des années 1990.

 

Lorsque la « science » soutenant l'abeille-calypse a été examinée, le récit de « crise mondiale » a commencé à s'effilocher. Non seulement il a été révélé que les expériences initiales avaient administré des surdoses aux abeilles, mais un nombre croissant d'études sur le terrain de grande qualité – qui testent la manière dont les abeilles sont réellement affectées – ont révélé qu'elles pouvaient se nourrir avec succès sur des cultures traitées aux néonics sans dommage notable. Il n’est donc pas surprenant que ces tests fassent écho à des données concrètes observées dans des pays tels que l’Australie, où il n’y a pas de crise du Varroa, et l’Ouest canadien, où de nombreux apiculteurs installent leurs ruches au milieu des énormes champs de canola traités avec un néonic pour leur permettre de récolter leur pollen nutritif.

 

L'évaluation préliminaire des néonics publiée par l'EPA des États-Unis en 2017 a finalement porté un dernier coup au récit de l'abeille-calypse. Bien qu'elle soit en cours de finalisation, l'analyse de l'EPA a clairement montré que la plupart des utilisations, y compris l'enrobage des semences, « ne posent pas de risques importants pour les colonies d'abeilles». Peu après, l'ARLA du Canada a publié une conclusion similaire.

 

Mais à ce moment-là, l'Europe avait sacrifié la science à l'hystérie. L’interdiction de précaution des néonics imposée par l’UE, si souvent citée par les activistes comme preuve d’une crise, corrobore en fait la conclusion selon laquelle nous ne sommes pas en crise, bien que de manière quelque peu tordue. Comme je l'ai expliqué précédemment, les régulateurs européens – soumis à d'intenses pressions politiques pour interdire les substances chimiques – ont été contraints de truquer le processus de révision afin d'exclure de leur évaluation, arbitrairement, des tests sur le terrain montrant clairement que les néonics ont un impact minimal sur l'environnement. Les régulateurs ont ensuite fait état de « données manquantes » dans leur évaluation scientifique – en d’autres termes, les preuves qu’ils avaient exclues – pour rationaliser une interdiction « de précaution ».

 

 

Qu'en est-il d'une crise des abeilles sauvages ?

 

Ceux qui étaient déterminés à garder le récit de crise en vie n’ont guère été impressionnés. Privés des faits et de la science pour défendre leurs arguments, de nombreux groupes de pression ont tout simplement tapé du poing sur la table en durcissant radicalement leur discours. Par exemple, en 2016, le Sierra Club (tout en demandant des dons) a évoqué à outrance la crise des abeilles mellifères :

 

« Les abeilles ont eu une année dévastatrice. 44 % des colonies mortes… et Bayer et Syngenta inondent toujours votre pays de pesticides « néonics » toxiques tueurs d'abeilles, qui figurent désormais parmi les produits de traitement les plus largement utilisés dans le pays. »

 

Mais plus récemment, en 2018, la même organisation a publié un message différent sur son blog. Les abeilles mellifères, a reconnu à contrecœur le Sierra Club, ne sont pas menacées.

 

« Les abeilles domestiques ne risquent pas de mourir. Les maladies, parasites et autres menaces sont certainement de véritables problèmes pour les apiculteurs, mais le nombre total d’abeilles domestiques dans le monde a augmenté de 45 % au cours des cinquante dernières années. »

 

Oubliez les abeilles domestiques, a déclaré le Sierra Club, le problème est maintenant celui des abeilles sauvages et, plus généralement, de tous les insectes pollinisateurs menacés d'extinction en raison de tous les types de pesticides utilisés en agriculture (bien que les néonics, ont-ils insisté, soient particulièrement dévastateurs). « Les abeilles autochtones », écrit l’organisation sur son site Web, « parmi lesquelles on trouve plus de 20.000 espèces de tailles, formes et couleurs différentes, subissent des pertes incroyables ».

 

Mais cette affirmation est-elle plus crédible que les déclarations du style « au loup » émises par le Sierra Club deux ans plus tôt ? Comme je l'ai écrit ici et ici, ces affirmations plus récentes sont plus difficiles à évaluer car il existe littéralement des milliers d'espèces d'abeilles sauvages et entre un et 30 millions d'espèces d'insectes. Dans les deux cas, nous ne savons même pas combien il y en a, et encore moins combien il y a d'individus dans chacune d'elles.

 

La plus fameuse tentative visant à résoudre le problème des estimations relatives aux espèces est la récente étude de Sanchez-Bayo qui prétend présenter une « apocalypse des insectes » dans le monde entier. C’est du moins ce que la presse a annoncé dès la publication de l'étude, le New York Times annonçant péremptoirement que « The Insect Apocalypse is Here » (l'apocalypse des insectes est arrivée). Mais la recherche à peine publiée, la communauté scientifique a contesté les résultats (ici, ici, ici).

 

La stabilité des populations de bourdons est vivement débattue. Ceux qui répandent le discours du déclin s'appuient généralement sur des déclins régionaux observés pour quelques espèces, comme le bourdon à tache rousse [Bombus affinis], qui a été ajouté à la liste des espèces en voie de disparition en 2017.

 

Bourdon à tache rousse

 

Mais ce récit ignore souvent les preuves bien connues selon lesquelles de nombreuses espèces d'abeilles sauvages sont en plein essor. Le fait que les espèces d'abeilles sauvages considérées comme florissantes soient précisément celles qui sont connues pour polliniser les cultures et entrer ainsi en contact le plus direct avec des pesticides est encore plus dissonant à propos du déclin des abeilles sauvages.

 

Les travaux les plus complets dans ce domaine ont été menés par David Kleijn et son équipe de l'Université de Wageningen aux Pays-Bas. Une enquête mondiale publiée dans Nature en 2015, menée sur trois ans par 58 chercheurs des cinq continents, a révélé que seulement 2 % des espèces d'abeilles représentaient environ 80 % des visites de plantes cultivées. Comme les chercheurs le notent dans leur résumé,

 

« Parmi les cultures, les années et les régions biogéographiques, les communautés d'abeilles sauvages visitant les cultures sont dominées par un petit nombre d'espèces communes, et les espèces menacées sont rarement observées sur les cultures. »

 

Sam Droege, de US Geological Survey, l'un des plus grands experts en matière d'abeilles sauvages aux États-Unis, qui réalise le tout premier recensement des espèces d'abeilles sauvages en Amérique du Nord, a déclaré qu'il pensait que, d'une manière générale, les abeilles sauvages « se portaient bien ». Les défis, dit-il, résultent principalement de la perte d'habitat, pas des pesticides, car la plupart des espèces vivent loin des fermes et la plupart ne pollinisent pas les cultures.

 

Une étude de 2013 publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences a analysé les populations d'abeilles indigènes des États-Unis sur une période de 140 ans. Sur les 187 espèces indigènes analysées individuellement, seules trois ont fortement décliné – toutes parmi le genre Bombus (bourdons).

 

Il est bien établi que la propagation des maladies à partir de bourdons gérés importés pour polliniser des cultures commerciales de serre est à l’origine de nombreuses pertes d’espèces particulières. Cela est même vrai pour la figure de proue des activistes, le bourdon à tache rousse, qui figure en bonne place dans la « liste rouge » de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), souvent citée dans les campagnes militantes. Comme le note même le Sierra Club :

 

« …les maladies des ruches commerciales peuvent être transmises à des espèces sauvages lorsque les populations se nourrissent sur les mêmes fleurs. Comme pour d'autres animaux d'élevage intensif, le surpeuplement et les régimes alimentaires homogènes ont augmenté le niveau d'agents pathogènes et de parasites dans les colonies d'abeilles mellifères gérées. Les chercheurs ont constaté des taux élevés de maladie chez les abeilles sauvages vivant à proximité de serres utilisant des abeilles gérées au Canada, en Irlande et en Angleterre. Selon l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature, le bourdon à tache rousse, classé en danger de disparition début 2017 après avoir diminué de plus de 90 % au cours de la dernière décennie, pourrait voir sa disparition attribuée aux maladies transmises par les abeilles commerciales. »

 

Les scientifiques commencent tout juste à comprendre que la forte augmentation du nombre de colonies d'abeilles mellifères gérées pour les services de pollinisation des cultures joue peut-être un rôle dans le déclin des abeilles sauvages. Remettant en cause l'opinion répandue il y a quelques années à peine d'une crise, il est maintenant largement reconnu que les populations d’abeilles domestiques augmentent. De plus, il se peut que la concurrence d'un nombre croissant d'abeilles mellifères pour le butinage sur les mêmes fleurs pèse sur quelques rares espèces d'abeilles sauvages en déclin – parmi lesquelles quatre espèces de bourdons identifiées par le Sierra Club.

 

 

Les disponibilités alimentaires mondiales ne sont pas menacées

 

Donc, encore une fois, sans les faits ni les connaissances scientifiques à l'appui, les groupes de plaidoyer ont fait un revirement et tapent à nouveau du poing sur la table. Comme ils le prétendaient autrefois pour les abeilles, ils affirment maintenant que le déclin des abeilles sauvages et d’autres insectes pollinisateurs met en péril notre approvisionnement alimentaire. Une statistique est souvent citée en boucle : elle figure dans le récent rapport de l’IPBES des Nations Unies sur la biodiversité et indique que « plus de 75 % des types de cultures vivrières dans le monde, y compris les fruits et les légumes, et certaines des plus importantes cultures commerciales telles comme le café, le cacao et les amandes, dépendent de la pollinisation par des animaux. »

 

Il y a un truc ici. La plupart des gens (y compris la plupart des journalistes) oublient ou négligent le point important selon lequel il s’agit de 75 % des types de cultures, des espèces, et non de 75 % de la production végétale. En fait, 60 % de la production agricole provient de cultures qui ne dépendent pas de la pollinisation par des animaux, y compris les céréales et les plantes à tubercules. Comme le GLP l'a noté dans son analyse, environ 7 % seulement de la production agricole est menacée par le déclin des pollinisateurs – un pourcentage qui ne saurait certes être bien accueilli mais qui est loin d'une apocalypse.

 

 

[ma note : ce graphique est très vicieux ! Il s'agit de 107 espèces dont sont notamment exclues les espèces anémophiles, autopollinisées et à multiplication végétative. L'article d'origine est ici.]

 

Et le mot « dépendre » semble presque délibérément trompeur. Plus précisément, la pollinisation donne un coup de pouce marginal au rendement de la plupart de ces cultures. Peu de gens « comptent » réellement dessus. Un rapport de l'IPBES sur les pollinisateurs publié en 2018 le présente sous la forme d'un graphique à secteurs pratique.

 

Nombre de ces faits sont ignorés par les groupes de plaidoyer qui affûtent leurs discours, et ils sont généralement perdus dans les médias « s'il y a du sang, ça se vend » qui présentent systématiquement des scénarios catastrophiques d'effondrement des pollinisateurs et de l'approvisionnement alimentaire. Malheureusement, de nombreux scientifiques sont prêts à suivre. Certains sont des activistes eux-mêmes ; d'autres espèrent faire ressortir l'importance de leurs résultats pour attirer l'attention des médias et promouvoir les propositions de financement.

 

 

Les scientifiques jouent le jeu de la catastrophe

 

Deux exemples récents proviennent de chercheurs qui étudient le déclin des abeilles sauvages en Ontario et au New Hampshire ; ils ont dopé leurs modestes résultats avec des citations effrayantes clairement conçues pour alimenter le nouveau scénario de l'« apocalypse des abeilles sauvages ».

 

L'article de la Canadian Broadcasting Company sur l’étude ontarienne, menée par des chercheurs de l’Université York, était intitulé : « Canadian researchers warn of ‘cascading impacts’ as bumblebee species decline » (des chercheurs canadiens mettent en garde contre les«  effets en cascade » du déclin des espèces de bourdons). L’auteur principal, Lawrence Packer, a averti que « l’écosystème entier » était en danger. En fait, l'étude n'a examiné qu'une seule espèce de bourdon, Bombus pensylvanicus, et seulement en Ontario, en utilisant la « science citoyenne » et des « archives de musée » notoirement trompeuses en plus de leurs propres recherches sur le terrain pour évaluer son déclin.

 

L’étude sur le New Hampshire a fait l’objet d’un titre similaire publié par l’AP qui a été repris par le Washington Post et dans d’autres médias importants : « Wild bee species critical to pollination on the decline » (les espèces d’abeilles sauvages essentielles à la pollinisation sont en déclin). Se fondant à nouveau sur des collections d'insectes de musées, cette fois-ci pour une durée de 125 ans, les chercheurs ont constaté des baisses chez 14 des 119 espèces étudiées en Nouvelle-Angleterre. C’est un peu moins de 12 %. Néanmoins, la chercheuse principale Sandra Rehan avait préparé ses éléments de langage pour son entretien avec AP et son message a été parfaitement conforme aux attentes : « Étant donné que ces espèces sont des acteurs majeurs de la pollinisation des cultures, cela laisse craindre que la production des cultures clés et l'approvisionnement alimentaire en général ne soient compromis. »

 

L’article se concentrait sur Greg Burtt, de Burtt's Apple Orchard à Cabot, dans le Vermont ; il a déclaré qu’il comptait beaucoup sur les pollinisateurs sauvages pour ses productions. Cependant, son verger de 4 hectares et 9.000 arbres existe depuis 10 ans et aucune difficulté n’a été signalée dans l’article.

 

 

Les rendements augmentent pour les cultures dépendant des pollinisateurs

 

Il est intéressant de noter que, compte tenu de toutes les annonces de catastrophes liées à un déclin continu des pollinisateurs sauvages et d'effets désastreux sur la production alimentaire, personne n’a envisagé de consulter les statistiques pour évaluer l'ampleur réelle du « désastre ». Comme pour le nombre de ruches d'abeilles domestiques, les données sur les cultures sont largement enregistrées au Canada par Statistique Canada et aux États-Unis par l'USDA.

 

Donc, chez GLP, nous avons pensé à le faire. Vous trouverez ci-dessous des graphiques du rendement des cultures, calculés en divisant la production globale par le nombre d'acres. Comme cela a été noté, dans chaque cas, nous avons sélectionné uniquement les cultures qui dépendent le plus de la pollinisation par les abeilles sauvages et les abeilles mellifères, car de nombreuses espèces recourent aux deux.

 

Nous commençons par l’Ontario et la Nouvelle-Angleterre, puis nous avons choisi des cultures représentatives des États-Unis. De toute évidence, une multitude de facteurs influent sur les rendements, en particulier les conditions météorologiques. Il y aura donc des fluctuations, parfois importantes, dans toutes les données de rendement historiques. Mais il est clair que la tendance générale des cultures sensibles aux pollinisateurs est soit la stabilité, soit une augmentation dans presque tous les cas. À quelques exceptions près, où nous avons constaté des baisses de rendement, les raisons qui n’ont rien à voir avec la pollinisation sont indiquées.

 

 

Ontario : cultures pour lesquelles les pollinisateurs ont une grande influence ou sont importants pour les rendements commerciaux

 

 

 

 

Nouvelle-Angleterre : Cultures fortement influencées par la pollinisation ou pour lesquelles une pollinisation est nécessaire pour maximiser les rendements commerciaux

 

 

* La canneberge nécessite une pollinisation afin de maximiser les rendements commerciaux.

 

 

* Les agriculteurs locaux disent que les infestations de drosophiles à ailes tachetées constituent un problème majeur de ravageurs.

 

 

Nous avons également examiné un certain nombre de cultures dans plusieurs États américains. Dans presque tous les cas, la tendance est stable ou à la hausse. Dans les rares cas où il y a eu un léger déclin, nous expliquons les circonstances, qui n’ont rien à voir avec le « déclin » des pollinisateurs.

 

 

US : Cultures pour lesquelles la pollinisation est essentielle

 

 

 

 

 

 

US : Cultures pour lesquelles les pollinisateurs ont une grande influence

 

 

 

 

[Les abricots ont besoin d'une période de froid adéquate pendant l'hiver et d'un temps chaud et sec pendant la floraison (début février et mi-mars) et pendant tout l'été. Étant donné que la vallée de San Joaquin produit la plus grande partie de la récolte californienne (et que l'État produit entre 85 et 95 % des abricots américains), les conditions météorologiques dans une poignée de comtés ont une incidence importante sur les rendements globaux aux États-Unis. En raison des variations climatiques, les hivers de la vallée centrale n'ont pas été suffisamment froid pour les cultures au cours des dernières années (en particulier de 2012-2013 à 2017-2018), ce qui a réduit les rendements. Les hivers de 2013-2014 et 2014-2015 ont été les plus chauds jamais enregistrés en Californie.]

 

 

 

 

[Les rendements des pêches en Californie sont restés relativement stables (et élevés) depuis 2007 – chutant de deux tonnes par acre en 2012-2013 et se maintenant jusqu'en 2017 – reflet des mauvaises conditions météorologiques et des sols en raison de la sécheresse dans l’État. Toutefois, la production de cet État a diminué par rapport à celle d’autres États (84 % des pêches en 2007 et 69 % en 2018) en raison de la baisse de la demande de pêches en Californie et de la concurrence accrue des importations. Les États produisant une plus grande part de la récolte totale, tels que la Géorgie, le New Jersey et la Caroline du Sud, ont produit environ 1 à 6,5 tonnes par acre depuis 2007, tandis que les rendements de la pêche de la Californie ont varié entre 12 et 16.

 

Non seulement ces États produisent des rendements plus faibles, mais ils sont beaucoup plus sensibles aux conditions météorologiques extrêmes. Les hivers chauds et les gelées printanières peuvent détruire la récolte. Par exemple, en mars 2017, un gel a détruit 90 % de la récolte de pêches de Caroline du Sud et en 2018, un gel tardif a détruit environ la moitié de la récolte de la Géorgie.]

 

 

 

 

 

 

Comme le disait John Adams, « les faits sont têtus ». Nous ne pouvons pas être simultanément en pleine crise de pollinisateurs menaçant notre capacité à produire de la nourriture et voir la productivité augmenter continuellement pour les cultures les plus sensibles à la pollinisation.

 

Avec ces allégations d'une catastrophe imminente pour les abeilles sauvages, comme dans le cas des allégations originales d'abeille-calypse, peu de journalistes, d'activistes, de scientifiques ou d'experts de la biodiversité qui sonnent régulièrement cette alarme écologique ont passé en revue les faits dans leur contexte. Les groupes de plaidoyer extrapolent systématiquement le déclin d'une poignée d'espèces d'abeilles sauvages (sur les milliers que nous connaissons) pour affirmer que nous sommes en pleine crise mondiale. Mais comme pour le « Honey Bee-Mageddon », nous ne le sommes pas.

 

Soyons clairs : la vraie raison pour laquelle de nombreux groupes de pression mobilisent la crise des pollinisateurs est de donner du poids à leurs attaques contre les pesticides que les agriculteurs utilisent pour gérer les infestations d’insectes nuisibles. Les pollinisateurs sont clairement confrontés à des problèmes de santé complexes, mais des diagnostics simplistes et des interdictions sélectives de pesticides relativement sûrs, si elles sont promulguées, sont susceptibles de conduire à des problèmes plus graves encore. En d’autres termes, ils ont beau être animés par de bonnes intentions – et il n’y a aucune raison de croire qu’ils ne croient pas en la narration qu’ils défendent –, certains groupes de plaidoyer importants pour la protection des abeilles mettent directement en danger les abeilles et notre système alimentaire.

 

Ni les faits ni la science n'étant de leur côté, les catastrophistes continuent de taper du poing sur la table. Ceux d'entre nous qui s'intéressent réellement à la science et aux faits peuvent toutefois relever l'ironie : ce sont précisément les pesticides que les catastrophistes nous exhortent à interdire qui, avec les nombreux autres outils de la trousse de l'agriculteur moderne, nous ont permis de produire plus de ces aliments nutritifs et à des prix plus bas que jamais auparavant dans l'histoire humaine.

 

Il n'y a pas d'apocalypse des pollinisateurs. Mangez vos fruits et légumes. Ils sont bons pour vous.

 

____________

 

Jon Entine est directeur exécutif du Genetic Literacy Project. Biographie. Suivez-le sur Twitter @JonEntine.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2019/07/30/the-world-faces-pollinator-collapse-how-and-why-the-media-get-the-science-wrong-time-and-again/?mc_cid=0d5e87ffe7&mc_eid=afcdb5c221

 

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H
@ Il est là : Sur l'histoire de l'alimentation et des boissons, je n'ai absolument rien à vous conseiller. Les livres abondent dans ce domaine et tous ne racontent que les tables des rois, seigneurs, riches bourgeois et ecclésiastiques, c'est à dire la table d'une toute petite minorité des populations européennes du passé. Sur l'histoire de l'agriculture : Jean Denis Vigne pour le néolithique, Georges Duby pour le moyen âge, Jean-Marc Moriceau pour les XV-XVIIIème siècle. Un bouquin intéressant et facile sorti récemment : L'odyssée des plantes sauvages et cultivées de Serge Hamon, généticien de l'IRD. Après en accès libre grand public, on trouve beaucoup d'articles intéressants dans Persée sur le net, à condition de bien trier les publications récentes. Le monde universitaire dans les domaines de l'histoire et de l'archéologie sont actuellement ravagés par la bien pensance et la terreur idéologique exercée par quelques "stars" grand public. Lisez également les agronomes anciens : Caton l'ancien, Olivier de Serres, le savoureux Arthur Young avec ses "Voyages en France". Et puis sur le site Gallica de la BNF, il y a énormément de vieux ouvrages en accès libres qui ne sont pas à prendre à la lettre mais fournissent des témoignages intéressants sur les préoccupations du passé. Tiens, je me souviens d'avoir lu un vieil ouvrage du XVIIIème évoquant les abeilles ravagées par le "dévoiement" ou la "dyssentrie". Il s'agit vraisemblablement de nosema qui faisait déjà des ravages et sans les pesticides modernes qui ont bon dos.
Après, il y a beaucoup de publications passionnantes issues de l'archéologie scientifique mais plus souvent en anglais. Un petit tour d'horizon que je trouve bien résumé sur le site de l'Inrap https://www.inrap.fr/magazine/Les-sciences-et-les-methodes-de-l-archeologie/accueil#Les%20sciences%20et%20les%20m%C3%A9thodes%20de%20l%E2%80%99arch%C3%A9ologie
Répondre
S
@ Hbsc Xris le dimanche 18 août 2019 à 06:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Quel puits de connaissances !

On peut ajouter "Histoire de la génétique et de l'amélioration des plantes" d'André Gallais aux éditions Quae.
I
Hbsc Xris

Je vous remercie pour cette liste non exhaustive. Ok je verrai ce que je peux trouver

Je pense que j irai avl occasion lire votre blog qui a l air interessant

Cordialement
H
Je vais plus loin que vous Jacques Lemiere, je pense que les sociétés agraires passées (dans ce que je connais : l'Europe et plus la France) se contrefichaient totalement de la biodiversité, notion inventée de toutes pièces fin des années 1980. Mieux nos ancêtres qui n'étaient pas en mesure de partager leurs maigres récoltes avec la "merveilleuse nature" combattaient farouchement tout ce qui pouvait occasionner un prélèvement : insectes, oiseaux, mammifères. Les populations de mammifères ont explosé partout en France depuis 50 ans du fait de la diminution de la chasse, et des surfaces gagnées par les friches et la forêt et ainsi que de certaines protections ou réintroductions comme le loup, dont l'historienne (du dimanche) que je suis, pense qu'on va en pleurer dans les années à venir... Si les insectes ont diminué, à mon sens, les pesticides n'y sont pas pour grand chose. Les véhicules ont fait disparaitre des millions de chevaux, à commencer par les villes, l'hygiène a mis fin aux tas de fumier omniprésents du passé et à mis des règles à leur traitement et utilisations. Les rivières et les fleuves ont cessé d'être les égouts à ciel ouvert qu'ils ont été pendant des siècles, bien loin du mythe des eaux claires et limpides qu'on nous sert aujourd'hui. Bref, tous les insectes à m. ont drastiquement diminué et comme je l'ai écris, je ne le regrette pas. Mais il est vraisemblable que cela a impacté tous les autres insectes par report de leurs prédateurs, d'où, à mon sens, la diminution dont on nous parle aujourd'hui. En précisant que pour les 20 ou 30 dernières années, les rééquilibrages étant fait, je ne crois plus à des diminutions notables d'insectes, du moins je ne les observe pas. D'autres insectes comme les tiques, ont trouvé à exploser pour des raisons simples. La multiplication des petits prédateurs mammifères comme les renards, belettes, fouines, ont rendu impossible le lâcher de poules du matin, même si vous êtes à l'écart d'une route. Des huluberlus écolo prétendent que le renard serait un bienfait car il mangerait les souris et rats porteurs et diffuseurs de tiques ???? Personnellement, je n'ai jamais piégé une souris ou un rat avec des tiques, (je n'affirme pas que cela n'existe pas, il existerait une variété de souris blanche US qui les attrape), par contre n'importe quel renard abattu ou piégé supporte au moins une dizaine de tiques répartis au niveau du cou et de la tête, parfois beaucoup plus, il y a des records.
Pour revenir aux abeilles, sujet d'origine, je pense que le varroa est la première cause de leur mortalité. Et elles ne nourrissent pas la planète comme on le raconte dans nos infos-intox quotidiennes.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.


Histoire des peurs alimentaires: du Moyen Âge à l'aube du XXe siècle, Madeleine Ferrières, 2002
I
Xris

Oui j al vu un peux votre blog j ai vu que vous etes historienne de l agriculture et de l alimebtation.

Du coup en tabt qu historienne de ces domaines quelles livres vous me conseillez de lire pour eb savoir plus ?
S
Hbsc Xris le vendredi 16 août 2019 à 22:33

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Le sujet des insectes est très complexe.

Pour l'abeille, oui, le varroa… et l'apiculteur.
J
il suffit de connaitre un néoapiculteur..pour comprendre que l'idéologie antipesticide est au coeur de leur narratif...

moi avoir dit..si je vois tes abeilles dans mon jardin je les tue...pour protéger les pollinisateurs présents qui on fait et font le boulot!!!
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S
@ Jacques Lemiere le vendredi 16 août 2019 à 10:18

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Malheureusement, il n'y a pas que les néoapiculteurs...
H
Pour compléter cet excellent article, j'ai rédigé sur un blog que je tiens depuis quelque temps, un article pour essayer d'expliquer le fait que les abeilles ne nourrissent pas la planète. http://hbscxris.over-blog.com/2019/06/pour-en-finir-avec-une-legende-urbaine-non-les-abeilles-ne-nourrissent-pas-la-planete.html
Cependant, je pense que sur le monde des insectes a effectivement vécu un cataclysme depuis 50 ans dans les campagnes européennes, et depuis plus d'un siècle si on inclut les villes qui outre la mise en place des réseaux d'égouts, virent disparaitre les chevaux et les étables de villes à partir du début du XXème siècle. Ce cataclysme dans le monde des insectes, c'est la disparition des mouches et de tous les insectes de la "merde", dans les pays Occidentaux du moins, en raison des normes d'hygiène notamment et des changements de modes de vie. Curieux que les entomologistes ne semblent guère s'intéresser à cette question.
http://hbscxris.over-blog.com/2019/06/la-quasi-disparition-des-mouches-et-c-est-tant-mieux-pour-ceux-qui-les-ont-connu.html
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais j'avoue ne pas comprendre.
I
Seppi

Ah je me doutais bien qu il etait plus prudent de couper l gerbe une fois haute pour la biodiversité
Une solution a proposer a l académie d agriculture ?
S
@ Jacques Lemiere le vendredi 16 août 2019 à 10:15

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

I concur !
S
@ Il est la le jeudi 15 août 2019 à 10:54

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La fin de l'élevage aurait un effet dévastateur sur quasiment l'ensemble des écosystèmes.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Vous avez raison pour la disparition (ou plutôt la raréfaction) des chevaux (et de ce qui va avec : les surfaces pour les nourrir et le crottin). Il y a aussi la disparition des étables qui seraient aujourd'hui classées insalubres. Et la disparition des fauches tardives.

Aujourd'hui, on sait que le meilleur mode d'exploitation de l'herbe consiste à la couper jeune, et souvent. Autrefois, on attendait qu'elle soit haute pour faire une coupe de foin et, à l'automne, de regain. Cela permettait à toute une flore et une faune de prospérer.

Quand j'étais petit (enfin, plus petit qu'aujourd'hui), je pouvais aller à la pêche avec juste ma canne. Le pré voisin fournissait les sauterelles à foison. Aujourd'hui, je pense que c'est fini, à moins de changer la partie de pêche en partie de chasse aux sauterelles.

Dans les causes il y a aussi à mon sens la fauche précoce des prés