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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le GIEC, l'agriculture et l'alimentation : quelques réflexions

17 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #Alimentation

Le GIEC, l'agriculture et l'alimentation : quelques réflexions

 

 

Quand expliquera-t-on que produire de la nourriture et la mettre à la disposition des gens est une activité indispensable et essentielle ?

 

 

Le 8 août 2019, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC)) a publié un rapport, « Changement climatique et terres émergées : rapport spécial du GIEC sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres » et un résumé à l'intention des décideurs.

 

 

Un processus scientifico-politique...

 

Selon le communiqué de presse (en français), le rapport est le fruit d'un travail d'évaluation de la littérature existante :

 

« Le rapport a été élaboré par 107 experts provenant de 52 pays, qui se sont réparti les tâches comme suit:

 

- auteurs coordonnateurs principaux 15

- 71 auteurs principaux

- 21 éditeurs-réviseurs

 

C’est la première fois qu’une majorité (53 %) des auteurs d’un rapport du GIEC proviennent de pays en développement. Les femmes représentent 40 % des auteurs coordonnateurs principaux.

 

L’équipe des auteurs s’est appuyée sur les contributions de 96 auteurs collaborateurs. Elle a intégré plus de 7 000 références dans le texte. Elle s’est de plus penchée sur un total de observations formulées par les experts et les gouvernements premier projet de texte: 28 275 ( projet de texte: version finale destinée aux gouvernements10 401; second 14 831; : 3 043). »

 

Le résumé à l'intention des décideurs a été produit par des négociateurs gouvernementaux sous le contrôle d'experts. Pour en savoir plus sur comment les choses se sont passées, voir ici. En résumé, les travaux ont été consensuels.

 

 

...sujet à de nombreux biais

 

Le mode de production du rapport est évidemment sensible aux biais qui affligent la littérature... garbage in, garbage out (foutaises en entrée, foutaises en sortie).

 

La recherche d'« Altieri », un auteur thuriféraire de l'« agro-écologie » canal militant, produit 15 occurrences...

 

L'agriculture de précision, c'est 15 occurrences, l'agriculture urbaine, 21 et l'agro-écologie, 33, l'agriculture intelligente face au climat (climate-smart agriculture) n'étant citée que 13 fois. On peut être surpris de ne pas voir mentionnée l'agriculture régénérative – qui cherche positivement à stocker du carbone dans le sol – ni l'initiative « 4 pour 1000 », chère à l'ex-ministre Stéphane Le Foll, sauf pour une référence bibliographique.

 

L'agriculture biologique n'est pas mentionnée non plus. C'est pourtant un désastre s'agissant de l'utilisation des terres à des fins de production (ou c'est peut-être parce qu'il s'agit précisément d'un désastre et que le souligner aurait été politiquement très incorrect).

 

En bref, il y a à boire et à manger dans ce rapport... mais on reste sur sa faim.

 

 

Un graphique qui laisse songeur : le régime végétarien a des effets importants de réduction de la mortalité pour les grandes causes, mais aucun effet toutes causes confondues.

 

 

Un rapport ambigu

 

Deux aspects nous semblent particulièrement problématiques.

 

D'une part, ce rapport est un florilège de déclarations ambiguës, précautionneuses. Nous avons déjà relevé dans un billet précédent, à titre d'exemple, une « confiance élevée » pour « un potentiel d'atténuation technique de 0,7 à 8,0 GtCO2e année-1 [...] », un rapport de 1 à 11, précédé par un conditionnel.

 

D'autre part et en partie en conséquence, chacun trouve son bonheur dans ce rapport grâce à une lecture sélective, à laquelle des auteurs du rapport peuvent même contribuer.

 

 

(Source. Après avoir rappelé à juste titre que le GIEC « ne développe pas les scénarios et ne fait pas de modélisation » (voir ici), Mme Valérie Masson-Delmotte répercute un gazouillis qui attribue la paternité d'une allégation au GIEC...).

 

 

Ce résumé du rapport de l'AFP en 2:11 minutes est-il fidèle ? « ...le GIEC prône... », « ...les experts recommandent... » ? Non, le GIEC énonce des constats (allégués), sans faire de recommandations.

 

 

 

Lu et cité par le GIEC... une nouvelle vérité biblique

 

Les allégations faites dans le rapport – ou ce qui en est retiré par l »cture sélective – acquièrent le statut de vérité biblique. Puisque le GIEC l'a dit, c'est que c'est vrai... Par exemple :

 

 

 

 

Le graphique ci-dessus sera sans nul doute exploité ad nauseam. Le régime végane permettrait de réduire les émissions de GES de quelque 7,5 à 8 gigatonnes de CO2éq.

 

C'est fondé sur deux études, Tilman et al. et Stehfest et al. Mais est-il raisonnable de fonder un rapport de portée mondiale, largement exploité (dans le bon et le mauvais sens) sur deux références ?

 

Ce graphique sera-t-il bien compris lorsque les graphiques de Tilman montrent que la plus grande réduction des émissions de GES proviendrait des pays en développement, qui aspirent justement à une alimentation plus carnée ?

 

 

 

 

 

 

N'a-t-on pas oublié quelque chose ?

 

 

Un tel rapport est-il crédible avec un Stehfest qui s'ouvre par : « Environ 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont dues à la production animale ». Il a été reconnu que ce chiffre était erroné. Selon la FAO, ce chiffre serait plutôt de 14,5 % sur la base d'une analyse sur le cycle de vie et de 5 % selon l'approche sectorielle du GIEC.

 

 

(Source)

 

 

Mais, même là, il semble y avoir un gros souci, ainsi que l'illustre cet autre graphique :

 

 

(Source)

 

 

L'émission de 16 grammes (ou kilogramme, tonne...) de méthane par des ruminants a été précédée par la captation de 44 grammes (ou...) de CO2 par des plantes et leur transformation en fourrage. Et ce méthane est retransformé assez rapidement en CO2 dans l'atmosphère. Il s'agit d'un cycle, alors que la combustion de carbone fossile alimente en partie le stock.

 

Et il y a un souci encore plus grand : qu'adviendra-t-il des moyens de subsistance des agriculteurs et éleveurs, des filières agroalimentaires, et des grands équilibres écosystémiques, de la biodiversité si, par hypothèse, nous modifions drastiquement les régimes alimentaires ?

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jean 17/08/2019 13:48

La multiplicationpar trois des productions agricoles a entrainé une multiplication par 3 du CO2 absorbé.le retour a la forme co2 n'est pas instantanné.Entre l'absortion du C par la plante et la combustion de la Calorie par un humain rejetant du Co2 il s'écoule un temps assez long entre 6 mois et 1 an de moyenne.Sur La masse totale cela represente un stockage temporaire de CO2 intéressant et qui montre l'intérêt de toujours mieux produire.Le retour en arrière serait une catastrophe

Seppi 01/09/2019 12:33

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne pense pas qu'un tel stockage temporaire ait une quelconque importance. Si on se préoccupe des gaz à effet de serre, la priorité doit aller aux émissions de carbone fossile, transformé en CO2 qui restera dans l'atmosphère pendant longtemps (le siècle ?) et ne sera piégé dans la mer que très lentement.

De quoi remettre quelques idées en place:

http://www.fao.org/3/ac836e/AC836E03.htm

jean 17/08/2019 13:42

L'agriculture n'est pas traité correctement par le GIEC et les ong.On ne prends pas en compte tout le co2 absorbé par les plantes.Vous dites 10 ans pour le méthane.Si cela était mis dans le cycle du Co2 cela enléverai tous les arguments anti viande et cie basé sur une exagération des effets méthane et 0 reconnaissance du CO2 absorbé par les plantes

Seppi 01/09/2019 12:21

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je pense comme vous. Mais cela revient à dire que toutes ces têtes d'œuf se trompent… Et je pense qu'ils sont obnubilés par les émissions et pas suffisamment attentifs aux transformations et captations.

Le méthane des vaches n'a un effet sur le forçage climatique que si sa production varie -- essentiellement si la taille du cheptel varie. En simplifiant, le méthane produit -- à partir de CO2 -- aujourd'hui remplace celui produit il y a une dizaine d'année -- redevenu CO2.

Voir :

http://seppi.over-blog.com/2018/12/les-rots-des-vaches-contribuent-ils-au-rechauffement-climatique-vous-serez-surpris.html

http://seppi.over-blog.com/2019/03/point-de-vue-il-faut-cesser-de-blamer-les-vaches-pour-le-changement-climatique.html

Il est la 17/08/2019 13:33

Bon apres les experts auteurs du rappirt eux memes disent qu aucun regime n est bon pour toute l humanite mais qu il y a des regimed possibles a adapte en fonction de la feographie du gout de chacun et des habitudes culturelles. Donc a nous de faire le tri parmis les 8 regimes recommandes en fonction de ces facteurs. Alors oui diminuer la viznde et les produits laitiers est tres bien renoncer complètement est un choux personnel et non une obligation

Seppi 01/09/2019 12:02

Il est la le samedi 17 août 2019 à 13:33

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Si vous avez compris ce que les "experts" ont voulu dire, vous êtes fort ! Enfin au-delà des banalités et des évidences.