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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le GIEC et le végétarisme et véganisme : encore une escroquerie médiatique

11 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Le GIEC et le végétarisme et véganisme : encore une escroquerie médiatique

 

 

Le coup est parti du Guardian britannique – journal notoirement branché sur une « écologie » de salons branchés mâtinée d'anticapitalisme et épicée de complotisme (ah... Monsanto...), à l'instar du Monde Planète.

 

Il a profité – horresco referens – d'une fuite du, à l'époque du forfait, projet de résumé à l'intention des décideurs du rapport du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) intitulé « Changement climatique et terres émergées : rapport spécial du GIEC sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres.

 

Il en a évidemment profité pour peindre le diable sur la muraille avec en titre « We must change food production to save the world, says leaked report » (nous devons modifier la production alimentaire pour sauver le monde, dit un rapport fuité) et en chapô « Cutting carbon from transport and energy ‘not enough’ IPCC finds » (réduire le carbone des transports et de l'énergie n'est « pas assez » selon le GIEC).

 

Sauver le monde... sus à l'agriculture...

 

Parmi les assertions :

 

« Among the measures put forward by the report is the proposal of a major shift towards vegetarian and vegan diets. “The consumption of healthy and sustainable diets, such as those based on coarse grains, pulses and vegetables, and nuts and seeds … presents major opportunities for reducing greenhouse gas emissions,” the report states. »

 

En français (notre traduction, y compris pour la citation du GIEC) :

 

« Parmi les mesures avancées par le rapport, il y a la proposition d'un changement majeur vers les régimes végétariens et véganes. "La consommation de régimes alimentaires sains et durables, tels que ceux basés sur les céréales secondaires, les légumineuses et les légumes, et les noix et les graines … offre des opportunités majeures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre", indique le rapport. »

 

Avez-vous remarqué les points d'omission ? Voici le paragraphe dans son intégralité et sous sa forme finale :

 

« B6.2. Diversification in the food system (e.g., implementation of integrated production systems, broad-based genetic resources, and diets) can reduce risks from climate change (medium confidence). Balanced diets, featuring plant-based foods, such as those based on coarse grains, legumes, fruits and vegetables, nuts and seeds, and animal-sourced food produced in resilient, sustainable and low-GHG emission systems, present major opportunities for adaptation and mitigation while generating significant co-benefits in terms of human health (high confidence). By 2050, dietary changes could free several Mkm2 (medium confidence) of land and provide a technical mitigation potential of 0.7 to 8.0 GtCO2e yr-1, relative to business as usual projections (high confidence). Transitions towards low-GHG emission diets may be influenced by local production practices, technical and financial barriers and associated livelihoods and cultural habits (high confidence). {5.3, 5.5.2, 5.5, 5.6} »

 

Notre traduction (littérale) :

 

« B6.2. La diversification dans le système alimentaire (par exemple, la mise en œuvre de systèmes de production intégrés, de ressources génétiques à base large et de régimes alimentaires) peut réduire les risques liés au changement climatique (niveau de confiance moyen). Des régimes équilibrés, comprenant des aliments à base de plantes, tels que ceux à base de céréales secondaires, de légumineuses, de fruits et légumes, de noix et graines, et des aliments d'origine animale produits dans le cadre de systèmes résilients, durables et à faibles émissions de GES, offrent des opportunités majeures d'adaptation et d'atténuation tout en générant d'importants avantages connexes en termes de santé humaine (niveau de confiance élevé). D'ici 2050, les changements alimentaires pourraient libérer plusieurs Mkm2 (confiance moyenne) de terres et offrir un potentiel d'atténuation technique de 0,7 à 8,0 GtCO2e année-1, par rapport aux projections établies dans l'hypothèse de politiques inchangées (confiance élevée). Les transitions vers des régimes à faibles émissions de GES peuvent être influencées par les pratiques de production locales, les obstacles techniques et financiers ainsi que les moyens de subsistance et les habitudes culturelles associés (confiance élevée). {5.3, 5.5.2, 5.5, 5.6} »

 

 

 

 

 

Qu'a donc fait le Guardian ? Il a caviardé ce qui est devenu dans le texte final :

 

« and animal-sourced food produced in resilient, sustainable and low-GHG emission systems »

 

« et des aliments d'origine animale produits dans le cadre de systèmes résilients, durables et à faibles émissions de GES »

 

On imagine mal que le projet de texte qui a fuité ait pu se référer à autre chose que la viande. Là, dès lors, on n'est plus dans le cadre de la bœuferie, mais de l'escroquerie.

 

Des médias français se sont livrés au copier-coller ou au pomper-paraphraser... Par exemple le Huffington Post avec « Contre le changement climatique, le rapport du Giec préconise un régime végétarien » publié le 5 août 2019, alors que le GIEC n'a rendu sa copie que le 8... Et que le GIEC ne présente aucune préconisation, mais des faits (allégués).

 

 

(Source)

 

 

Une fake news donne aussi l'occasion de publier des articles pour rétablir les faits, par exemple pour 20 Minutes avec « Non, le Giec ne recommande pas un régime végétarien pour lutter contre le réchauffement climatique » ou le Parisien avec « Demain, tous végétariens ? Ce que dit vraiment le Giec sur l’alimentation ». À nous aussi du reste...

 

La vie médiatique est belle, n'est-il pas ?

 

Décernons une mention spéciale à Libération et son « Climat : être ou ne plus être, le cheptel est la question ». Il précède aussi la publication du résumé à l'intention des décideurs...

 

Alors, comme il n'y a rien de bien concret à se mettre sous la dent – hormis quelques chiffres effrayants – Libé convoque « Tim Searchinger, chercheur au think-tank World Resources Institute et coauteur du rapport "Créer un futur alimentaire durable" publié en juillet par l’ONU Environnement et la Banque mondiale » (ce qui est faux : c'est un  document du WRI présenté en couverture de manière extrêmement fallacieuse avec les logos de cinq institutions venant après une mention peu visible : « avec des contributions techniques de » ; cette mention est absente de la page d'accueil du WRI – reste une organisation non gouvernementale).

 

On convoque aussi « Laure Ducos, chargée de mission agriculture pour Greenpeace France ».

 

Et on produit une référence à un rapport de « [l]’Institut du développement durable et des relations internationales [qui] a publié un plan détaillé, appelé Ten Years for Agroecology in Europe ("dix ans pour l’agroécologie en Europe"), revu en avril pour le rendre cohérent avec l’objectif de zéro émission nette en 2050 » (notre analyse du complément de ce « rapport », de quatre pages, ici).

 

 

 

 

Il n'est pas inintéressant, cet article, car il nous confronte à quelques élucubrations des sauveteurs auto-proclamés de la Planète. Il manque cependant la Commission EAT Lancet qui a proposé en janvier 2019 « un régime alimentaire sain, tout en définissant des systèmes alimentaires durables qui minimisent les dommages causés à notre planète. » Selon elle, « le régime quotidien idéal serait 300 grammes de légumes, 200 de fruits, 200 de céréales complètes, 250 de lait entier, mais seulement... 14 grammes de viande rouge, soit dix fois moins qu'un steak classique » (rapporté par Terre-Net.

 

En fait, on peut aussi s'interroger sur le résumé à l'intention des décideurs du GIEC. Est-ce bien sérieux d'évoquer une « confiance élevée » pour « un potentiel d'atténuation technique de 0,7 à 8,0 GtCO2e année-1[...] », un rapport de 1 à 11 ?... De plus précédé par un conditionnel ?

 

 

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Olivier BONNAL 13/08/2019 07:58

Un lien concernant la forêt et l'agriculture :
https://globalecoguy.org/farming-our-way-out-of-the-climate-crisis-c235e1aaff8d

Seppi 13/08/2019 09:46

Bonjour,

Merci pour votre commentaire et le lien.

Faudra que j'explore https://www.drawdown.org/ ...

jean 11/08/2019 14:44

Votre texte montre que pour le GIEC les efforts a demander aux transports ne seront pas suffisants.Alors il faut en demander plus a l'Agriculture.L'aviation n'est pas concernée par le GIEC et les objectifs des accords de Paris.vous avez trouvé une reconnaissance de ma petite analyse où ce sont les compagnies aériennes qui ont lancé le fait que les ruminants produisaient du méthane.Un ex ministre de l'environnement c'était recyclé en communiquant pour la fédération internationnale du transport aérien Mr Brice Lalonde.Pour permettre aux nobles de voler pour pas cher il faut supprimer nos vaches.Allons nous prendre nos fourches pour dénoncer ces pourritures royales......

Seppi 12/08/2019 16:28

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non, selon ma lecture en diagonale du résumé pour les décideurs, ce rapport fait état d'efforts à faire dans tous les domaines.

Mais je m'interroge sur la pertinence de leur analyse -- qui n'est après tout qu'une synthèse de ce qui a été publié. Ont-ils vraiment compris les spécificités de l'agriculture ? Je m'interroge… je m'interroge…

Je préfère un Brice Lalonde devenu communicant pour les transports aériens à un Yves Cochet devenu prédicateur de la fin du monde.

Et puis non, il ne faut pas prendre les fourches :

http://seppi.over-blog.com/2019/07/ne-degradez-pas-les-permanences-des-deputes.html

Notre démocratie est en grand danger :

https://www.lopinion.fr/edition/politique/permanences-degradees-systeme-terreur-qui-ne-dit-pas-nom-194789