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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le fait scientifique remplace la fiction au Théâtre National Ougandais

15 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Le fait scientifique remplace la fiction au Théâtre National Ougandais

 

Isaac Ongu*

 

 

Photos Isaac Ongu

 

 

Science Stories Africa (SSA), une idée originale de la communicatrice scientifique émergente Patricia Nanteza, a remplacé les récits de fiction habituels présentés au Théâtre National Ougandais par des récits remplis de faits racontés par les scientifiques locaux eux-mêmes.

 

L’événement, le premier du genre dans l’histoire du théâtre vieille de 60 ans, a été créé pour offrir aux scientifiques africains une plate-forme permettant de raconter comment la technologie offre des solutions aux défis de l’Afrique.

 

« L'Occident est le chef de file en matière de création de contenu, et l'Afrique a simplement tendance à consommer et à croire tout récit qui vient de là-bas », a déclaré Nanteza, une Ougandaise. « Cela a été évident dans le débat sur les OGM, certains pays africains ayant dit non aux plantes génétiquement modifiées tout simplement parce qu'une partie très active de l'Occident était contre. »

 

Lorsque Nanteza a pris conscience de cette pratique de « fourguer des opinions », elle a voulu trouver un moyen. « Je pourrais contribuer à changer le discours sur l’adoption de la technologie, en particulier dans l’agriculture. C'est à ce moment-là que j'ai eu l'idée de Science Stories Africa. Nous voulons permettre au public d'apprécier les innovations et de les adopter progressivement. »

 

Patricia Nanteza, communicatrice scientifique

 

Nanteza a commencé l'aventure avec cinq scientifiques qui cherchent activement des solutions aux problèmes de leurs propres communautés. Étaient de la partie Priver Namanya, biotechnologue aux Laboratoires Nationaux de Recherche Agricole (NARL) de Kawanda ; Wilberforce Tushemereirwe, chercheur principal dans le secteur de la banane et directeur des NARL ; Allan Muhumuza, ingénieur électricien chez Kiira Motors Corp. ; Alphonse Candia, ingénieur au Centre de Documentation sur la Mécanisation du Ministère de l’Agriculture à Namalere ; et Martin Tumusiime, étudiant en informatique à l’Université de Makerere et cofondateur de Yo-Waste, une application mobile d’élimination des déchets.

 

Le thème de l'événement était « j'ai failli abandonner » et Namanya a décomposé la science des plantes compliquée qui sous-tend ses recherches en une histoire à laquelle le public pourrait se raccrocher.

 

Priver Namanya raconte son histoire sur scène.

 

« Le bananier était en train d'être éliminé par toutes sortes de parasites et de maladies », a-t-elle déclaré. « Les charançons, les nématodes, les champignons, les bactéries ont provoqué des dégâts à différents degrés mais d'ampleur considérable dans les plantations en Ouganda. L'amélioration des plantes conventionnelle avait apporté certaines solutions, mais les défis émergents nécessitaient une meilleure technique, comme le génie génétique. Des scientifiques en Ouganda avaient commencé à manipuler génétiquement des bananiers pour les protéger des nématodes et du flétrissement bactérien du bananier, mais les cellules du matooke ougandais (le bananier des hauts plateaux d’Afrique de l’Est) ne pouvaient pas se régénérer facilement. »

 

Selon l’étude publiée par Namanya, bien que le matooke « n’obéisse pas normalement aux instructions conventionnelles », il peut maintenant être amélioré grâce au génie génétique. Cependant, son succès avec le matooke n’a pas été facile.

 

« Mon équipe et moi avons essayé plusieurs fois de régénérer des cellules de matooke et avons échoué. J'ai atteint un point de frustration totale et postulé pour un emploi dans une autre organisation », a rappelé Namanya. La personne qui la considérait pour ce nouveau poste suivait ses travaux de recherche sur le bananier et lui avait donné quelques conseils : « Vous êtes une femme brillante, mais je ne vous donne pas ce poste. Retournez à Kawanda. c’est là que se trouve votre carrière. »

 

Elle s'est également inspirée d'un dicton qui faisait partie de sa jeunesse.

 

« Quand j'étais enfant, ma mère m'a envoyé chercher du sucre dans le placard et je n'ai pas réussi à l'ouvrir. Quand je lui ai rapporté cela, elle m'a dit : "Qu'est-ce que le placard t'a dit ?" » Avant que Namanya n'ait pu répondre, sa mère a ajouté : « Ce qui ne parle pas ne devrait pas te vaincre. »

 

Cet enseignement l'a amenée à créer un système de cellules en suspension pour régénérer l'EAHB [bananier des hauts plateaux de l'Afrique de l'Est] à partir d'une cellule, car elle a décidé que les cellules du matooke qui ne parlaient jamais n'allaient pas la vaincre.

 

Grâce aux travaux de Namanya, des scientifiques en Ouganda et ailleurs sont maintenant en mesure d’améliorer l'EAHB grâce au génie génétique. Tushemereirwe est l’un des scientifiques qui s’est appuyé sur ses recherches pour développer un matooke produisant plus de bêta-carotène que les variétés de bananes actuelles en Ouganda.

 

 

Le public était captivé par les Science Stories Africa.

 

 

Le bêta-carotène aide le corps à produire de la vitamine A, qui est déficiente dans le régime alimentaire de ceux qui vivent dans sa région de l'ouest de l'Ouganda. Les données de l'UNICEF montrent qu'une carence en vitamine A entraîne des décès par des maladies infantiles évitables, telles que la diarrhée, et que jusqu'à un tiers des personnes nécessitant une supplémentation en vitamine A n'y ont pas accès.

 

« Quand j'étais enfant, beaucoup d'enfants mourraient dans ma communauté », se souvient Tushemereirwe. « La première sépulture à laquelle j'ai assisté était celle d'un enfant que je connaissais. Je n'arrêtais pas de me demander pourquoi seuls les enfants mouraient et non les adultes. » Il a découvert par la suite que des enfants de son village mouraient en raison de la faiblesse de leurs défenses immunitaires résultant d'une trop grande dépendance alimentaire du matooke, pauvre en bêta-carotène.

 

« Quand j'ai appris que la carence en vitamine A avait causé la mort de mon ami, j'ai senti que mon utilité pour la société se concrétiserait si je fournissais une solution », a déclaré Tushemereirwe. Sa chance est venue lorsque la Fondation Bill & Melinda Gates a lancé un appel à propositions pour apporter des solutions aux plus grands défis du monde, notamment la carence en vitamine A. « Ce fut une excellente opportunité pour nous. Avec des collègues de l'Université de Queensland en Australie, nous avons réussi à développer une banane enrichie en bêta-carotène. »

 

Tous les scientifiques qui ont raconté leurs histoires ont été inspirés par le besoin urgent de résoudre les problèmes de leurs communautés. Muhumuza, ingénieur électricien, fait partie d’une équipe qui a mis au point le premier bus électrique ougandais visant à réduire les embouteillages et la pollution de l’air dans les villes. Père pour la première fois, il souhaite que sa petite fille de trois mois grandisse dans un environnement moins pollué.

 

Candia, un ingénieur en mécanique, a expliqué comment il avait grandi en mangeant du poisson fumé, car sa mère lui avait dit que le fait d'en manger avait contribué à l’excellence académique de son frère aîné, un médecin. Il a appris par la suite que la méthode de fumage utilisée pour préparer cette friandise exposait les consommateurs à des substances cancérigènes. Il a ensuite développé un four de fumage du poisson qui filtre la fumée et élimine les composés cancérigènes.

 

Tumusiime, écoeuré par toutes les ordures non collectées chez sa tante, où il passait les vacances scolaires, a conçu une application mobile permettant de garantir que les déchets sont récupérés par des collecteurs spécialisés qui recyclent le plastique et utilisent les déchets organiques à la ferme comme fertilisant.

 

Ces histoires scientifiques convaincantes seraient probablement restées entre les mains des inventeurs ou cachées quelque part dans des revues, sans le nouveau concept de Science Stories Africa. Au lieu de cela, ils ont diverti et éduqué les gens ordinaires qui viennent généralement au théâtre pour y voir une fiction.

 

_____________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/06/science-fact-replaces-fiction-ugandas-national-theatre/

 

 

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I
Ala lecture de cet article je me demande une chose

Quand est ce qu on developpe ces procedes en Occident ?
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Bonne question…

Mais notez bien que ces procédés sont largement utilisés par les "antis" de tous poils.