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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La nécessité d'un registre de transparence… POUR LES JOURNALISTES !

23 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger

La nécessité d'un registre de transparence… POUR LES JOURNALISTES !

 

Risk-monger*

 

 

 

 

La deuxième partie de cet article a été initialement publiée le 6 août 2014, peu de temps après que l'université où j'ai enseigné a interrompu un programme destiné aux étudiants en journalisme. Après avoir vu des choses terribles commises contre de vrais journalistes par des activistes qui se disent journalistes (des gredins journalistes), il peut être judicieux de revenir sur une ancienne idée.

 

 

US Right to Know, un groupe de militants anti-industrie américain, a orchestré trois articles contre Monsanto (ici, ici et ici [ma note : les articles ou les gazouillis de leurs auteurs sont consciencieusement répercutés par des journalistes du Monde Planète sur Twitter.]) à la veille de l'annonce de l'US EPA [voir, sur ce blog, ici] selon laquelle la Californie ne pourra pas continuer à exiger que les produits à base de glyphosate soient considérés comme cancérigènes (ces articles sont un écran de fumée classique du lobbying et une tactique miroir pour cacher les nouvelles dérangeantes). La relation chaleureuse du groupe de lobbyistes avec certaines entités médiatiques qui s’épanouissent dans la narration anti-industrie est un sujet pour un autre article, mais ce qui est curieux à propos de ces trois articles, c'est le peu d’informations dont dispose le lecteur sur les véritables motivations des auteurs.

 

[Ma note : Le Monde a évidemment aussi été de la partie avec un billet de blog, « L’arsenal déployé par Monsanto contre ses détracteurs, y compris des journalistes » (l'équipe habituelle de la page Planète et de la Ligue de l'Anti-gly était manifestement en vacances). Et, bien sûr, il n'a publié aucune information sur la décision de l'EPA.]

 

Non Carey, vous êtes une lobbyiste rémunérée

 

  • Carey Gillam, par exemple, gagne près de 100.000 dollars par an en tant que lobbyiste pour mener des campagnes anti-ag-tech pour US Right to Know, mais elle a commencé une de ses diatribes anti-Monsanto publiées par The Guardian avec ces trois mots trompeurs : « Je suis une journaliste ». C'est un mensonge – Carey est une lobbyiste achetée et payée grâce aux dons de l'industrie des produits biologiques.

     

  • Paul Thacker prend habituellement le matériel de campagne d'US Right to Know et le mouline en éditoriaux mal écrits (ce que le groupe d'activistes USRTK a lui-même qualifié de « ghost-writing », d'activité d'auteur à gages). La semaine dernière, il a utilisé le matériel publié par l’ONG pour rédiger un article qui constitue une agression ad hominem contre l’un des rares journalistes indépendants américains à déclarer ses financements. Motivation ? La journaliste attaquée par Paul est perçue comme une menace pour US Right to Know. [ma note : on peut lire ce fil Twitter et une réponse de Mme Tamar Haspel ici.]

     

  • US Right to Know a indiqué dans sa déclaration IRS en 2018 avoir versé 134.000 USD à une entité non identifiée de l'UE pour qu'elle les redistribue pour la production d'articles. Depuis maintenant six mois, son directeur, Gary Ruskin, rejette mes demandes de déclaration de l'identité du destinataire. Typique.

 

 

Une organisation à but non lucratif américaine devrait-elle financer des auteurs à gages dans l’UE ? Ne devraient-elle pas dévoiler l'entité des bénéficiaires ?

 

 

Il y a cinq ans, bon nombre de ces militants réclamaient un renforcement du Registre de Transparence de l'UE pour les lobbyistes (mais, curieusement, pas pour eux). Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un registre de transparence des journalistes (et oui, également des blogueurs), dans lequel ils peuvent faire la liste de leurs affiliations et de leurs soutiens financiers. Alors que de plus en plus de journalistes s'engagent dans des activités extérieures et que de plus en plus de militants se disent journalistes, la transparence nous aidera à comprendre les réseaux d'influence.

 

Au fur et à mesure que ces réseaux s'entremêlent avec les gourous des réseaux sociaux, les avocats prédateurs et les ONG au niveau mondial, il faut une meilleure compréhension (évaluation) de ces outils d’influence. Certaines entités de presse comme The Guardian fournissent désormais une couverture d'informations en échange de dons (de l'encre à louer). Un site militant comme Mamavation, qui sert de lien financier entre blogueurs et entreprises de produits biologiques, devrait être tenu de fournir ces informations à un site ou à un registre afin que chacun puisse savoir si un article du blog est ou non une annonce payante de produit. Si Corporate Europe Observatory paie une personne comme Stéphane Horel pour écrire pour eux, nous devrions savoir quelle part de ses revenus (et de son influence) provient de ce groupe d'intérêts.

 

Hypocrisie zélote : les articles financés par l'industrie des produits biologiques constituent également un financement de l'industrie

 

(Source)

 

 

Pendant ce temps, je frémis à l'idée qu'un journaliste crédible n'a aucun moyen de se défendre contre les attaques enragées de groupes d'intérêts. Lorsqu'une bande de militants glyphophobes a diffamé la journaliste française Emmanuelle Ducros, accusée d'avoir reçu une modique somme d'argent pour modérer une table ronde pour une association de boulangeries (accusée d'être une porte-parole payée par l'industrie agro-alimentaire), aucune structure n'était en place pour la protéger ou protéger d'autres des hyènes dégoulinantes de bave cherchant à détruire un ennemi. « Franc jeu » ?

 

L'influence a changé. Le journalisme a changé. L'accès à l'information a changé. Mais nous continuons de faire confiance selon une perception de l'ancienne structure d'organisation des informations.

 

 

Voici maintenant mon article de 2014 qui a initié une discussion dans le contexte européen.

 

 

Le Risk-monger était en train de prendre un café avec un ami au siège d'une association professionnelle à Bruxelles le mois dernier. Il m'a dit que plus tard dans la journée, il donnerait une interview à un journaliste. « Oh vraiment ? À qui ? » Il n’en était pas sûr. Je l'ai alors averti de faire attention, car Bruxelles regorge de loups activistes avec des caméras semi-professionnelles qui font le tour de la ville en se faisant passer pour des journalistes puis mettent en ligne leurs campagnes anti-industrie sur YouTube. Après un moment de silence « Vieux Monde/Nouveau Monde », j'ai quitté son bureau en pensant qu'il devait exister un moyen d'empêcher que des innocents ne soient agressés par des activistes sans scrupules se faisant passer pour des journalistes.

 

En quittant le bureau, j'ai croisé le « journaliste » dans la salle d'attente et j'ai frissonné. Il ne s'agissait en fait d'aucun journaliste. La semaine précédente, je l'avais déjà vu lors d'une conférence en train de sermonner des représentants de l'industrie pour ne pas se soucier des abeilles (ce jour-là, il portait une casquette différente).

 

Et c'est là le problème : tout le monde peut aujourd'hui se prétendre journaliste (même le Risk-monger), mettre en ligne sa littérature militante et prétendre que son matériel de lobbying est du journalisme objectif ayant fait l'objet de recherches responsables. Il n'y a plus de journaux pour donner de la légitimité à des journalistes qualifiés (et il y a même de moins en moins d'institutions formant des journalistes aujourd'hui). Les pigistes se démènent à Bruxelles davantage en tant qu'entrepreneurs en communication, et parmi eux se cachent les loups – les activistes dénués d'éthique qui utilisent cette zone grise pour rechercher leurs proies devant alimenter leurs campagnes. La plupart de leurs travaux sont minables et anecdotiques, puis téléchargés sur YouTube et partagés de manière virale entre leurs réseaux de militants en étant présentés comme des recherches légitimes.

 

Prenons mon amie, Stéphane Horel. Elle se dit journaliste et pourtant, elle reçoit de l'argent de groupes tels que Corporate Europe Observatory pour mener des campagnes anti-industrie. Sa page Web fait fièrement l'étalage de ses attaques militantes contre diverses industries : alimentaire, pharmaceutique, agricole… et maintenant, elle s'attaque aux industries des plastiques et des pesticides « coupables » d'avoir tenté de participer aux consultations de l'UE sur les perturbateurs endocriniens (ce qu'elle pense être totalement indécent… à moins, bien sûr, que vous travailliez pour une ONG anti-industrie – elle a avoué qu’elle n’avait pas besoin de mettre cette catégorie d'acteurs en cause). En essayant de démasquer les conflits d'intérêts, elle semble parfaitement inconsciente du fait que prendre de l'argent, des recherches et des conseils auprès de groupes de lobbying tels que Corporate Europe Observatory, tout en se qualifiant de journaliste, est en soi un conflit d'intérêts.

 

Le Risk-monger estime que l'utilisation du titre de « journaliste » tout en étant payé par des groupes pour dire ce qu'ils veulent voir dit est un défi à l'éthique. Et si une grande entreprise de produits chimiques payait un journaliste pour publier ce qu’il veulent voir dit ? Voir la capture d'écran ci-dessous où le CEO affirme que Horel est une « journaliste indépendante » alors que la réalité est : une consultante « achetée et payée ».

 

 

 

 

À quel moment Horel a-t-elle cessé d'être journaliste et a-t-elle commencé à représenter un lobby anti-industrie ?

 

Allons, allons, CEO ! Lorsque vous payez quelqu'un pour écrire ce que vous voulez qu'il écrive, vous ne pouvez pas prétendre qu'il est un journaliste indépendant, c'est malhonnête ! Je pense qu'ils se font des illusions au CEO ; qu'ils pensent que le fait de révéler ce qu'ils perçoivent comme contraire à l'éthique leur permet de se comporter de manière non éthique. Franchement, je n'ai jamais assisté à un tel manque d'intégrité dans aucune de mes expériences professionnelles dans l'industrie et les affaires publiques.

 

Si Stéphane Horel appelait un chef d'entreprise peu méfiant pour solliciter une interview, comment la victime « sur le point de se faire avoir » pourrait-elle savoir si elle a réellement affaire à une journaliste ? Comment pourrait-elle savoir qui paie Mme Horel ? Pour quelle organisation elle travaille réellement ? Un registre européen de la transparence doit être mis en place pour permettre aux gens de faire le tri entre les journalistes légitimes et les loups.

 

 

Mise à jour 2019 de Risk-monger : Martin Pigeon de Corporate Europe Observatory a depuis lors utilisé ses relations avec Stéphane Foucart pour placer Horel dans l'équipe de rédaction du Monde.

 

 

Bien sûr, les fédérations de journalistes ne soutiendraient pas cette proposition, et insisteraient sur le fait que leur système d'accréditation est suffisant. C'est ce que les associations de lobbying ont également affirmé, il y a une décennie, avant le registre européen de la transparence. Il y a des lobbyistes peu scrupuleux, tout comme il y a des loups se faisant passer pour des journalistes, et j’ai bien peur que l’argument de l’autorégulation ne fonctionne pas.

 

L'existence même d'un registre européen de transparence des journalistes serait une avancée, car les loups activistes verraient leurs manigances s'étaler au grand jour et ne se donneraient pas la peine de s'inscrire. Les décideurs et les représentants des entreprises seraient mieux protégés car ils n'accorderaient des interviews qu'aux journalistes légitimes inscrits au registre qui ne cachent pas leurs affiliations. Si un représentant de l'industrie vérifie le registre et estime que le journaliste qu'il est sur le point de rencontrer a été payé par un groupe tel que le CEO (il y en a beaucoup !), il peut alors prendre une décision plus éclairée.

 

La création d'un registre européen des journalistes est une évidence et M. Juncker devrait se concentrer sur ce problème plutôt que de céder, comme il l'a fait lors de son premier jour de travail, à ceux qui crient le plus fort (bienvenue à Bruxelles, Jean-Claude !). Si les journalistes étaient pris en train de mentir ou de ne pas déclarer leurs affiliations dans le registre (que ce soit auprès d'ONG ou de groupes industriels), ils seraient exclus du registre. Même les blogueurs devraient y participer. Comme le Risk-monger refuse de recevoir de l'argent pour écrire ses articles, il serait volontiers le premier à s'inscrire.

 

 

Quelques milliers d'euros par an peuvent acheter beaucoup d’influence (et beaucoup d’encre). Et si une grande entreprise avait lancé cette offre d'emploi ?

 

 

Le Corporate Europe Observatory n’a pas du tout honte d’utiliser une grande partie de son compte bancaire bien doté (plus de 675 000 € par an) pour racheter des journalistes et faire écrire des reportages à son avantage. Les journalistes traversent une période désespérée alors que le monde des médias s’adapte à un paysage en évolution. Le CEO peut donc facilement défier leurs normes éthiques. Le CEO fait des annonces publiques pour débaucher des journalistes (voir capture d'écran ci-dessus) et les emploie même directement (tout en les laissant prétendre qu'ils sont des journalistes – voir en bas de la chaîne de courriels : Leloup-Mack-08032010). Comme la plupart des choses que fait Corporate Europe Observatory, je trouve ce comportement totalement honteux.

 

 

La première demande d'information

 

 

Une partie de la suite de l'échange...

 

 

En guise de conclusion, le « documentaire » de Stéphane Horel dans lequel elle attaque les industries de la protection des plantes et du plastique (et probablement d’autres) parce qu'elles ont exprimé leurs positions lors de consultations publiques, sera diffusé cette semaine. Elle utilisera le titre de journaliste ce jour-là. Il convient de noter que le Risk-monger a proposé de partager librement des informations avec elle (par des discussions en ligne, par courrier électronique ou en face à face) pour ses recherches afin de l'aider à obtenir une vision plus équilibrée et objective. J'ai proposé de partager des informations sur la manière dont des scientifiques anti-industries ont tenté de dissimuler des recherches qui ont montré que le nombre de spermatozoïdes n'était pas en déclin. J'étais disposé à partager mes recherches sur les expositions relativement élevées que subissent les humains, en raison de leurs propriétés perturbatrices du système endocrinien, du fait d'aliments naturels tels que le soja ou le café. Un vrai journaliste aurait accepté une telle offre. Stéphane a même refusé de prendre en compte mes informations et a choisi de m'insulter.

 

J'ai hâte d'apprendre les faits à la sauce Horel !

 

_______________

 

David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et la page Facebook de Risk-monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2019/08/14/a-transparency-registry-for-journalists/

 

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jp 23/08/2019 14:48

je suis tout à fait d'accord sur ce qui est dit sur les journalistes et leur non objectivié en ce qui concerne les biotechnologies ,mais je ne suis pas d'accord pour dire que les matiéresplatiques et les pesticides ne sont pas dangereux.quand aux OGM je lis beaucoup sur le sujet et je trouve très difficile de se faire une opinion tranché j'ai une formation horticole viticole, espaces verts

Seppi 01/09/2019 18:24

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Où est-il écrit que les matières plastiques et les pesticides ne sont pas dangereux ?

Si vouv vous référez à "David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides", c'est une explication sur les ordres de priorité.

Tout est dangereux, ou presque. Mais il y a des niveaux de danger et surtout des niveaux de risque.