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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Ces innovations écologiques qui gagnent du terrain chez les agriculteurs » dans le Figaro : bof et zut !

12 Août 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

« Ces innovations écologiques qui gagnent du terrain chez les agriculteurs » dans le Figaro : bof et zut !

 

Glané sur la toile 382

 

 

« Ces innovations écologiques qui gagnent du terrain chez les agriculteurs », de M. Pierre Zéau, publié dans le Figaro, nous arrive en ces jours qui suivent la publication du résumé à l'intention des décideurs du rapport du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC) intitulé « Changement climatique et terres émergées : rapport spécial du GIEC sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des sols, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ».

 

Et les admonestations intimant à l'agriculture – aux agriculteurs – de se réformer... comme si cela pouvait se faire comme on change une donnée dans un tableur...

 

 

 

Des innovations, mais « écologiques » ?

 

On peut donc être ravi de voir un article qui parle d'innovations... même si le mot « écologiques » dans le titre fait fondamentalement tache ; car il ne s'agit pas d'écologie mais, pour les choses sérieuses, d'agriculture. Ravi de voir :

 

« De nombreux experts s’accordent à dire que l’agriculture est officiellement entrée dans sa quatrième révolution: celle de la technologie. En quelques années, les investissements dans ce que l’on appelle l’"AgTech" ont été multipliés par plus de douze. De nombreux objets connectés aident les agriculteurs dans la gestion de leur stock, d’une part mais aussi dans leurs prises de décision. Progressivement, l’intelligence artificielle se crée même une place dans le domaine. »

 

Enfin, c'est vague... Mais il est question d'imagerie aérienne et de drones ; de robots désherbeurs pour « en finir avec les produits chimiques », mais aussi « faciliter la tâche de l’agriculteur » ; de capteurs pour la gestion des ressources ; de goutte-à-goutte enterré. De quoi montrer que la pratique de l'agriculture n'est pas statique et que le développement technologique apporte des solutions à des enjeux de grande ampleur.

 

 

Surfer sur la vague climatique...

 

L'article s'inscrit dans le brouhaha actuel. En chapô :

 

« De nombreux acteurs du secteur agricole, qui représente 24% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle internationale, s’engagent dans la lutte contre les mutations climatiques. »

 

Admettons... La réalité est que le premier objectif est de répondre à des besoins de l'agriculture – celle qui nous nourrit et ne se complaît pas dans des options du style Martine à la ferme.

 

Mais dès la première ligne on tombe dans les approximations, certes tellement rabâchées qu'elles sont devenues des vérités. Les 24 % – 23 selon le GIEC – se rapportent à la catégorie AFOLUAgriculture, Forestry and Other Land Use – ou AFAUT – agriculture, foresterie et autres utilisations des terres.

 

 

 

Étonnamment, il n'y a pas de données pour les émissions de CO2 de l'agriculture. (Source)

 

 
Surfer sur l'utilisation de l'eau...

 

Les histoires d'eau sont aussi au rendez-vous :

 

« L’eau agricole représente 70% du total d’eau douce prélevé par les hommes, selon un rapport gouvernemental français de 2017. Face aux épisodes caniculaires des deux derniers mois, la question de sa préservation a ressurgi à plusieurs reprises. [...] »

 

C'est curieux. Selon Eaufrance,

 

« Les prélèvements réalisés pour les usages agricoles représentent environ 8 % des volumes d’eau douce et saumâtre prélevés chaque année en France, soit environ 2,8 des 38,5 milliards de mètres cubes prélevés en 2013 (d’après AFB, 2017). »

 

 

(Source)

 

 

En fait, les 70 %, c'est dans le monde et pas en France comme le laisse entendre le télescopage des deux phrases de la première citation.

 

 

Surfer sur une théorie du complot...

 

Avec « l’agronome Philippe Ouaki Di Giorno » nous embarquons pour une belle théorie du complot :

 

« [Il] a mis au jour une sorte de granulé, le Polyter, qui permet de faire pousser des plantes en utilisant un minimum d’eau. Ces granulés, organiques, hydrorétenteurs et entièrement biodégradables, permettent aux plantes de vivre dans n’importe quelles conditions climatiques, expliquait il y a quelques mois le chercheur au Figaro . Il assure que si sa graine n’a pas encore pu révolutionner l’agriculture, c’est parce qu’elle "pourrait faire couler certaines industries du monde agricole". »

 

L'article mis en lien était pourtant dithyrambique : les granulés peuvent contenir jusqu'à 300 fois leur poids d'eau et « [à] titre d'exemple, en Bolivie on augmente de 300% les rendements de culture de quinoa, et au Paraguay de 60% ceux du soja ». Ces industries qui empêchent une telle révolution doivent être vraiment puissantes...

 

L'explication est plus prosaïque, mais hors de portée de la gent journalistique. Une tonne de granulés « permet 8 à 25 hectares de cultures ». Cela correspond à  40 à 125 kilos de granulés à l'hectare, vendus selon une publicité sur Internet à 20€ le kilo par sac de 25 kg. Cent kilos à l'hectare (un modeste investissement de 2000€/hectare) retiendraient 30 mètres cubes, soit une hauteur d'eau de 3 millimètres.

 

 

Surfer sur la vague de l'« agriculture urbaine »

 

Deux paragraphes sont consacrés à l'« agriculture urbaine » – les guillemets s'imposent car il s'agit principalement de jardinage :

 

« Selon un récent rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’agriculture urbaine est devenue "un outil déterminant pour des villes durables". Cultiver au sein même d’une ville pourrait permettre de nourrir jusqu’à 15% de la population française et jusqu’à 10% des Parisiens. »

 

Du CESE, on n'aura retenu que le titre du rapport, « L’agriculture urbaine : un outil déterminant pour des villes durables ».

 

Dans un Paris de 105,4 kilomètres carrés et 2.190.000 habitants (arrondis), chaque parisien ainsi nourri le serait avec près de 500 mètres carrés en moyenne. Où trouvera-t-on une telle surface disponible ? Mais la formulation est doublement conditionnelle... le lecteur attentif comprendra ; le bobo, surtout parisien, s'ébaubira d'admiration.

 

Et le bémol est cependant dans le texte :

 

« Pascal Mayol, l’un des auteurs du rapport du Cese, nuance cependant en indiquant au Figaro que ce n’est pas la rentabilité qui doit être avant tout recherchée dans ce modèle, mais l’aspect "communautaire", pointant le coût de cette méthode d’agriculture. »

 

Pourquoi, alors, avoir insisté sur cette activité qui ne saurait que rester marginale en termes de production alimentaire, alors qu'on est censé être informé sur de « nombreux acteurs du secteur agricole [qui] s’engagent dans la lutte contre les mutations climatiques » ?

 

 

En conclusion : un article pour bobos

 

C'est tout compte fait un article pour bobos, fait de bric et de broc grâce à quelques clics de recherche, avec tri sélectif car « L’agriculture urbaine, entre belles promesses et déceptions » pourtant récent (1er août 2019) a été occulté.

 

Il ne rend service ni aux lecteurs, ni aux acteurs du secteur agricole, ni à ceux qui s'intéressent aux changements cl

 

 

 

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Philippe (alsace) 12/08/2019 16:31

Bonjour Seppi
Merci pour cette nouvelle analyse d’un article de propagande écologique
Au sujet du polyter normalement ce produit n’ est Autorisé en France que pour les cultures non alimentaires information datant de 2017
J’avais questionné l’anses il y a un an pour savoir si cela avait changé mais je n’a Pas eu de réponse

Seppi 12/08/2019 16:59

Bonjour,

Merci pour ce commentaire et ce complément d'information.

C'est apparemment toujours le cas :

https://www.zimmersa.com/plantation/4082-polyter-hydroretenteur-fertilisant.html

"POLYTER est homologué en France, sauf sur les cultures alimentaires
POLYTER est homologué en Autriche, pays le plus bio de l'UE, sur toutes les cultures"

Moyennant quoi, il y a une photo avec des tomates sur le site précité.

La partie "engrais" est aussi intéressante… 0,5 % minimum d'azote total...