Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Quand une revue scientifique tombe dans le caniveau...

5 Juillet 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique

Quand une revue scientifique tombe dans le caniveau...

 

 

Globalization and Health semble être une revue scientifique de bonne réputation. Elle vient pourtant de publier « Are industry-funded charities promoting “advocacy-led studies” or “evidence-based science”?: a case study of the International Life Sciences Institute » (les organisations caritatives financées par l'industrie encouragent-elles des « études dirigées par un plaidoyer » ou une « science fondée sur des preuves » ?Une étude de cas de l'Institut International des Sciences de la Vie) de Sarah Steele, Gary Ruskin, Lejla Sarcevic, Martin McKee et David Stuckler.

 

Gary Ruskin ? Co-fondateur et co-directeur d'U.S. Right to Know, une entité en principe à but non lucratif qui sert de sicaire pour le business du bio, des compléments alimentaires, du « bien être », etc.

 

L'Institut International des Sciences de la Vie ? Une organisation internationale à but non lucratif qui fait le bonheur du militantisme « altermondialiste » et dont Wikipedia précise d'entrée qu'elle « est financée par des sociétés telles que Coca-Cola, Nestlé, McDonald's et PepsiCo ». Selon lui, sa « mission est de fournir une science qui améliore la santé et le bien-être humains et protège l'environnement ». Il réunit selon son chapitre Nord-Américain « des scientifiques des gouvernements, des universités et du secteur privé pour défendre l'intégrité et l'objectivité scientifiques de la science de la nutrition et de la sécurité des aliments, afin que les données obtenues et leurs applications soient utilisées de manière éthique pour améliorer les systèmes alimentaires pour l'amélioration de la santé publique ».

 

Mais l'ILSI a aussi un « casier », notamment en ce qui concerne le tabac. Et, en Europe, d'aucuns se sont employés à monter en épingle des situations de proximité, rapidement qualifiées de conflits d'intérêts, entre l'ILSI et l'EFSA.

 

On voit d'entrée que qualifier l'ILSI d'« organisation caritative » est particulièrement audacieux. Connaissant l'inclination de M. Gary Ruskin et de l'USRTK – et des autres auteurs car ils n'en sont pas à leur première collaboration – il est évident qu'il s'agit d'une tentative de dénigrement par association.

 

En voici le résumé :

 

Contexte

 

Un intérêt croissant est porté au financement de la recherche en santé publique par l'industrie et, par conséquent, de nombreuses sociétés multinationales, telles que The Coca-Cola Company et Mars Inc., se sont engagées à assurer la transparence de leurs financements et des résultats de la recherche financée. Cependant, ces multinationales financent souvent des œuvres de bienfaisance, nationales et internationales, qui soutiennent ensuite la recherche et promeuvent des positions politiques favorables aux industriels auprès des dirigeants. Nous cherchons à savoir si un organisme de bienfaisance financé par l'industrie, l'Institut International des Sciences de la Vie (ILSI), est un organisme scientifiquement objectif, non lobbyiste et crédible sur le plan international, comme il le suggère, afin d'aider les communautés scientifiques et de la santé internationales à juger les productions de l'ILSI.

 

 

Méthodes

 

Entre juin 2015 et février 2018, l'U.S. Right to Know, un groupe de défense des consommateurs et de la santé publique à but non lucratif, a soumis cinq demandes d'accès à l'information (FOI) aux États-Unis afin d'explorer l'engagement de l'ILSI auprès de l'industrie, des décideurs et/ou des chercheurs ; elles ont permis de recueillir un total de 17.163 pages pour analyse. Deux chercheurs ont exploré ces documents pour évaluer les activités et la conduite de l'ILSI par rapport à ses objectifs proclamés.

 

 

Résultats

 

Dans les documents reçus, nous avons identifié des exemples de cas où l'ILSI a cherché à influencer des recherches, des conférences, des messages publics et des politiques, y compris des cas de sanctions contre des organismes de l'ILSI n'ayant pas réussi à promouvoir des messages favorables à l'industrie. Nous avons trouvé l'ILSI faisant la promotion de son programme auprès des organismes nationaux et internationaux pour influencer les politiques et le droit, ce qui a fait que l’Organisation Mondiale de la Santé s'est retirée des relations officielles avec ce qu’elle considère désormais comme une entité du secteur privé.

 

 

Conclusions

 

L'ILSI cherche à influencer les individus, les positions et les politiques, aux niveaux national et international, et ses entreprises membres l’utilisent comme un outil de promotion de leurs intérêts à l’échelle mondiale. Notre analyse de l'ILSI met en garde les acteurs de la gouvernance mondiale de la santé et les invite à se méfier des groupes de recherche soi-disant indépendants et de faire preuve de diligence raisonnable avant de s'appuyer sur leurs études financées et/ou de nouer des relations avec de tels groupes. »

 

Les quatre auteurs découvrent donc par l'analyse de plus de 17.000 pages de documents que l'ILSI défend et promeut les intérêts de ses membres... grandiose nouvelle !

 

L'histoire des relations entre l'ILSI et l'OMS ? Contrairement à ce qui est dit dans le résumé, la raison n'est pas une mauvaise conduite alléguée, sur un plan général, mais l'affaire des entreprises du tabac parmi ses membres qui ont utilisé l'ILSI pour répondre à leurs intérêts dans le tabac. Le courriel cité dans l'article en principe scientifique est parfaitement clair : l'OMS a modifié le statut de l'ILSI en son sein – par une décision du reste non motivée et portant sur les relations « officielles » – bien que l'ILSI se fût séparée précédemment de ces entreprises. Cet article contient donc un mensonge flagrant !

 

 

 

 

Plus généralement, les auteurs ont-ils produit des preuves convaincantes à l'appui de leurs allégations ? Nichées dans un texte qui rabâche des conclusions préétablies, on trouve... douze citations de courriels, dont une partie consiste en une sorte de remue-méninges pour savoir comment établir (ou rétablir) un dialogue avec l'OMS de la directrice générale de l'époque, Mme Margaret Chan :

 

« Bonjour Alex – vous avez absolument raison sur la nécessité d'engager un dialogue avec Margaret Chen [sic]. Quand elle est venue au Sommet de la Santé du Pacifique à Seattle il y a quelques années, elle a dit qu'elle était prête à être "à la table -- mais pas au lit – avec l'industrie" (sa propre phrase). Depuis lors, sa position s'est considérablement durcie. Nous devrions lui rappeler sa propre phrase et l'amener à la table.

 

Maintenant, stratégiquement, nous devrions commencer par un problème sur lequel l'ILSI et l’OMS sont d’accord. Quel serait-il ? Qu'en pensez-vous ?

 

Cordialement, Adam »

 

C'est suivi de :

 

« Cher Junshi, C'est une excellente réponse d'Adam à mon courriel sur l'OMS. Puisque vous connaissez si bien l'OMS, j'ai pensé que vous pourriez avoir une suggestion quant à la meilleure façon de gérer cette situation. Qui recommanderiez-vous comme personne ou organisation qui pourrait lui rendre visite et discuter de la science ? Chaleureuses salutations. Alex »

 

Ce sur quoi nos auteurs concluent :

 

« Ce qui ressort clairement des courriels et des messages transférés, c’est que l’ILSI est considéré comme un élément essentiel pour faire passer le contenu pro-industrie aux organisations internationales dans la perspective d’approches davantage soutenues par l’industrie qui dissocient les aliments sucrés et l’obésité. »

 

Un banal remue-méninges pour définir la meilleure façon de renouer le contact avec l'OMS devient donc la preuve d'un complot pour exonérer les aliments sucrés de leur responsabilité en matière d'obésité.

 

Cette bouse – qui devrait faire rougir de honte l'éditeur de la revue – a au moins le mérite de résumer les accointances de l'USRTK :

 

« GR est co-directeur de U.S. Right to Know, une organisation à but non lucratif d’intérêt public, de défense des consommateurs et de la santé publique. Depuis sa création en 2014, l'USRTK a reçu les contributions suivantes des principaux donateurs (dons de 5.000 USD ou plus) : Organic Consumers Association $587.500 ; Laura and John Arnold Foundation : $382.600 ; Dr. Bronner’s Family Foundation : $300.000 ; CrossFit Foundation : $50.000 ; Westreich Foundation : $40.000 ; Panta Rhea Foundation : $20.000 ; Community Foundation of Western North Carolina (Little Acorn Fund – M) : $15.000. »

 

Il va de soi que l'étude examinée ici, menée par un membre d'une entité largement financée par une Organic Consumers Association elle-même largement financée par le biobusiness – directement ou par l'intermédiaire de ses fondations – n'entre pas dans la catégorie des « études dirigées par un plaidoyer » financées par « des organisations caritatives financées par l'industrie » (ironie)...

 

Cet article n'aurait pas vu le jour si un gazouillis d'un chercheur de l'INRA (sociologue et politiste... c'est important à l'INRA) n'avait pas été retransmis par un certain journaliste...

 

 

Notez aussi les destinataires (source originale)

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article