Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les « faucheurs volontaires » vandalisent, le Monde « propagandise »...

23 Juillet 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #critique de l'information

Les « faucheurs volontaires » vandalisent, le Monde « propagandise »...

 

 

 

Cet emplacement est réservé à un gazouillis de soutien aux "fauchés" de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation

 

 

 

Les faucheurs ont fauché la science et les connaissances

 

Dans la nuit du 17 au 18 juillet 2019, une cinquantaine de personnes ont arraché deux hectares de tournesol d’une plateforme d’essais d'Héliantis Expérimentations (entreprise de prestation de services en essais agronomiques) à Saint-Paul-lès-Romans, dans la Drôme.

 

C'est devenu une routine : le militantisme s'en prend maintenant à la science et aux connaissances, et le vandalisme ne se préoccupe pas de la nature exacte du matériel végétal qui est vandalisé, et encore moins des conséquences.

 

Les faucheurs ont affirmé s’attaquer aux variétés de tournesol rendues tolérantes à des herbicides par mutagenèse (VTH), en mentionnant notamment les variétés Clearfield et Express’Sun. Mais les deux hectares arrachés ne sont pas des tournesols obtenus par mutagenèse.

 

« La plate-forme a pour thématique la valorisation et la promotion de variétés autorisées dans le catalogue officiel ou en N-1 et N-2, c’est-à-dire qui le seront après un ou deux ans d’essais, pour des coopératives et négociants locaux et des semenciers. Ce ne sont pas des variétés en cours de recherche, encore moins des OGM. Ils ont tout confondu. Je comprends les idéologies mais là ils se sont trompés de destinataire », a déclaré M. Xavier Neyron, cogérant de l'entreprise, selon un article de la France Agricole.

 

 

Les faucheurs ont aussi fauché la science et les connaissances

 

L'« exploit » précédent s'était déroulé au matin du 21 juin 2019 à Pusignan dans le Rhône, avec la destruction d'un champ exploité par le Centre d’expérimentation agricole de Saint-Exupéry (Creas).

 

« La destruction de la plate-forme d’essais de tournesol du CREAS [...] la nuit dernière est incompréhensible et montre à nouveau l’obscurantisme des militants environnementalistes radicaux qui ont opéré », a déclaré un porte-parole de BASF. « Ce type d’essais entre en effet dans le cadre du développement de l’agroécologie souhaitée par le gouvernement. Il permet aux agriculteurs de réduire l’utilisation de produits phytosanitaires tout en luttant contre l’ambroisie. […] Les variétés de semences utilisées pour cet essai sont classiques. Elles ont été obtenues par une technique de sélection et de production utilisée en agriculture bio comme en agriculture conventionnelle : la mutagenèse, mise au point par la recherche publique française il y a plus de 50 ans. »

 

 

L'objectif, c'est le vandalisme

 

Mais qu'importe si les destructions – déjà juridiquement et moralement répréhensibles – sont injustifiables.

 

Le collectif Marre des Faucheurs a rappelé que « la Cour de justice de l’Union européenne a clairement statué que les tournesols issus de la mutagenèse sont exemptés de l’application des exigences de la directive 2001/18 qui régit les OGM. »

 

 

(Source)

 

 

Oui, mais ce sont des OGM au sens de cette directive dont on mesure aujourd'hui la stupidité. Et l'agriculture biologique utilise aussi des espèces et variétés issues de la mutagenèse (l'ancienne, celle qui provoque généralement des ravages dans le matériel génétique). Problème... On s'invente donc une autre justification :

 

« C’est une fuite en avant, car ces traitements pesticides se rajoutent à ceux appliqués au moment du semis. C’est une aberration agronomique, car ils provoquent la résistance de plantes adventices, notamment l’ambroisie qu’ils sont censés détruire, ce qui à moyen terme obligera les producteurs à utiliser encore d’autres formulations chimiques ou à abandonner la culture de tournesol », ont écrit les « faucheurs » dans un communiqué envoyé au Progrès (communiqué que celui-ci a répercuté sans mise en perspective autre que la mise en regard de la déclaration de BASF... selon la technique « un paragraphe pour Hitler, un paragraphe pour les Juifs »).

 

Poursuivons cependant leur raisonnement jusqu'au bout : ne traitons plus, contre tout, y compris nos propres affections bactériennes (et autres), puisque les antibiotiques « provoquent » (c'est faux, mais c'est une croyance répandue) une résistance des vecteurs de maladies...

 

Ces gens réclament donc un moratoire sur les tournesols « VTR », les variétés tolérantes à un herbicide. Il importe peu que d'autres espèces comme le soja soient naturellement tolérantes à l'herbicide, en l'occurrence l'imazamox, et que les plantes adventices – les mauvaises herbes – peuvent aussi acquérir une résistance dans les champs de soja.

 

Nous somme en Absurdistan...

 

Résumé par Mme Emmanuelle Ducros dans l'Opinion : « Comment les Faucheurs volontaires sabotent la recherche d’une agriculture plus vertueuse ».

 

 

Et les « OGM » du bio ?

 

Les vandales s'opposent aux « OGM cachés » ? Le bio cultive beaucoup d'OGM cachés, en particulier du tournesol oléique (et aussi du triticale).

 

Une démonstration magistrale nous en est apportée sur un fil Twitter par M. Christophe B., alias Agritof80. Voir aussi ce fil Twitter de M. Yann Duroc.

 

 

(Source)

 

 

 

On notera bien l'irrationalité – et, pour tout dire, la dangerosité pour la santé publique – du bréviaire du bio puisqu'il revient à interdire (au moins en principe... on sait aussi faire preuve de jésuitisme dans le monde de l'idéologie du bio) aux consommateurs des « OGM » bénéfiques pour la santé.

 

Et que fait-on quand on soutient les faucheurs chez Biocoop (qui ne s'embarrasse pas du respect du droit dans cette affaire) ?

 

 

(Source – et source de la photo)

 

 
Et pendant ce temps, le Monde « propagandise »...

 

« propagandise » pour les Amis de la Terre avec « Une ONG alerte sur les retards pris en Europe dans la détection des OGM de dernière génération » (titre sur la toile, publié le 19 juillet 2019).

 

En chapô sur la toile :

 

« Des documents officiels, rassemblés par Les Amis de la Terre, montrent que les autorités européennes ont tardé à élaborer un protocole d’évaluation des produits obtenus par mutagénèse. »

 

Et dans la version papier datée du 22 juillet 2019 :

 

« Selon une ONG, l'Union européenne n'est pas en mesure de détecter si des produits importés ont été obtenus par mutagénèse ».

 

On enfonce le clou dans le texte. Dans la version électronique :

 

« L’association Les Amis de la Terre révèle, vendredi 19 juillet, que le soja et le colza qui arrivent d’Amérique du Nord ne sont pas testés aux organismes génétiquement modifiés (OGM) de nouvelle génération, et ce parce que la Commission européenne n’a à ce jour pas encore établi de protocole de test transmis aux Etats membres. »

 

Dans la version papier :

 

« L'association Les Amis de la Terre révèle, vendredi 19 juillet, que l'UE n'est pas en mesure de détecter la présence d'organismes génétiquement modifiés (OGM) de nouvelle génération dans ses importations, parce que la Commission n'a à ce jour pas encore établi de protocole de test. »

 

 

Incompétence ou mauvaise foi ?

 

Est-on sur le terrain de l'incompétence crasse ou de la mauvaise foi tout aussi crasse ?

 

Pour les révélations, on repassera : les faits sont largement connus.

 

Sur le plan technique – cela a été expliqué de manière détaillée – la détection de nombre d'« OGM de nouvelle génération » est impossible car ils sont ou peuvent être génétiquement identiques à des mutations spontanées.

 

Sur le plan juridique, la qualification des produits des nouvelles techniques génétiques assimilables à la mutagenèse en OGM soumis aux lourdes procédures d'évaluation, d'autorisation et de suivi de la législation européenne n'est venue que par un arrêt (fort malencontreux) de la Cour de Justice de l'Union Européenne du 25 juillet 2018. Il est dès lors malvenu d'incriminer la Commission Européenne, ainsi que les États membres : attendre l'explication de texte de la Cour n'était pas déraisonnable.

 

L'existence d'un problème de fond a pourtant été reconnue dans l'article sur la toile, mais sous une forme qui laisse perplexe :

 

« Pendant plusieurs années, le flou a été entretenu sur le statut juridique des produits issus de ces nouvelles techniques. »

 

Nous décodons : on s'est ingénié... il y a eu un complot...

 

La balance penche vers la mauvaise foi – ou peut-être l'incompétence journalistique – lorsqu'on lit les deux paragraphes suivants :

 

« L’association s’est procurée des documents montrant qu’en avril 2017, la direction générale (DG) de la santé n’a pas jugé utile de coordonner et de développer une procédure commune pour détecter les produits issus des nouvelles techniques de mutagénèse (NBT pour "new breeding techniques").

 

Selon le compte rendu d’une réunion organisée entre la DG santé et des représentants du Réseau européen des laboratoires d’OGM (ENGL), pendant laquelle la question d’établir une méthodologie d’évaluation a été soulevée, "la DG santé a expliqué qu’ENGL était un réseau très important, mais que la Commission a décidé d’avoir un débat plus ouvert sur la question des OGM 2.0 et d’examiner les perspectives d’avenir de façon plus large.»

 

Premier paragraphe, donc : la DG Santé « n'a pas jugé utile »... deuxième paragraphe : la DG Santé veut une large consultation...

 

Et la traduction de la citation est manifestement cavalière : « OGM 2.0 » – qui est une caractérisation partisane des produits en cause – ne figure pas dans l'original, dont le lien a été fourni, ni dans le texte de Friends of the Earth qui a fidèlement reproduit l'original... On ne se refuse rien au Monde...

 

Nous n'avons pas non plus le souvenir d'une vague de vociférations de la part des « ONG »... elles étaient bien contentes que le flou sur le statut juridique des produits issus des nouvelles techniques génétiques fût maintenu. Il en était de même des États membres. La saisine de la Cour de Justice de l'Union Européenne par le Conseil d'État de la France a été pain bénit pour toutes les parties.

 

 

Se repasser la patate chaude...

 

Donc,

 

« A la suite de l'arrêt de la CJUE, la DG santé a finalement chargé en octobre 2018 le réseau ENGL et le laboratoire de référence européen d'établir un protocole commun, mais selon Mute Schimpf, chargée de campagne alimentation et agriculture des Amis de la Terre, "un temps précieux a été perdu, et aujourd'hui, des produits obtenus par mutagénèse peuvent rentrer illégalement sur le territoire européen." »

 

Du temps perdu quand une initiative a été prise quelque trois mois après un arrêt de la CJUE qui pose quelques redoutables problèmes ? Une initiative précédée d'une décision de principe annoncée le 11 septembre 2018, sept semaines après l'arrêt de la Cour (dont le mois d'août, mort dans les instances européennes bruxelloises).

 

C'est trop facile (et, après tout, pourquoi Friends of the Earth se gêneraient-ils). Et pourquoi Friends of the Earth – et le Monde – ne relatent-ils pas la suite des événements ? C'est encore trop facile... il n'y a que quelques blogueurs pour aller vérifier l'honnêteté de l'information.

 

 

(Réunion du 3 décembre 2018 – source)

 

 

Dans cette affaire, toutefois, chacun s'est ingénié à faire de la procrastination et à repasser la patate chaude à un autre. Mais il reste un fait incontournable, que l'on trouvera aussi dans des documents soigneusement occultés (ainsi que dans la littérature grand public non militante et pour spécialistes) : l'affaire est loin d'être simple.

 

 

(29e réunion ENGL, 2-4 octobre 2018 – source – voir aussi le compte rendu de la 30e session, des 19 et 20 février 2019)

 

 

Le Monde n'est pas avare de déclarations des États membres qui :

 

 

« ont soulevé des difficultés à identifier et à quantifier les produits issus de techniques de mutagénèse et ont souligné l'importance de récolter des informations sur les produits susceptibles d'entrer sur le marché européen. »

 

Suit une longue description dans le Monde des récriminations – appelons-les ainsi – des États membres. Ainsi, la France demande le 17 octobre 2018 que :

 

« l'interprétation de l'arrêt de la ClUE soit déclinée de manière opérationnelle» et qu'un « registre contenant des informations précises sur les produits susceptibles d'être commercialisés » soit mis en place. « II importeque l'UE [construise] une expertise publique impartiale sur Ies bénéfices et les risques inhérents à ces technologies. »

 

Parole, parole...

 

Mais pour Friends of the Earth, in fine,

 

« Le retard pris fait porter un risque au public et au secteu agroalimentaire. »

 

Faisons peur !

 

Faisons peur avec des importations illégales de produits qui pourraient être dangereux pour les consommateurs européens mais dont les autorités du pays d'origine – pas moins protectrices de la santé et du bien-être de leurs citoyens – auront considéré qu'ils ne présentent pas de risque inacceptable, voire sont sûrs.

 

Agiter des épouvantails, alors que la Commission explique que :

 

« La charge de la preuve que les importations ne contiennent pas d'OGM non autorisés incombe aux opérateurs économiques. »

 

 

(Réunion du 11 septembre 2018 source)

 

 
Quel est le but de la manœuvre ?

 

L'article du Monde s'inscrit de but en blanc dans la problématique du CETA, Friends of the Earth s'étant fait plus discret en pointant le doigt vers l'Amérique du Nord :

 

« En plein débat à l’Assemblée nationale sur le CETA, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Canada, soumis au vote des députés le 23 juillet, voilà de quoi donner du grain à moudre à ceux qui s’inquiètent des contrôles sanitaires sur les produits importés en Europe. »

 

Pour la théorie du complot, c'est toutefois un peu difficile : l'Assemblée Nationale devait voter sur la ratification du CETA le 17 juillet 2019, et le communiqué de Friends of the Earth a été publié le 19 juillet... tout comme l'article du Monde (mais celui-ci l'a été à à 01h27 avec une mise à jour à 06h32, ce qui démontre une sorte de connivence ou de collusion).

 

Mis le vote a été reporté au 23 juillet, et on peut supposer que c'est un coup monté d'urgence pour influer sur lui (tout comme la lettre de M. Nicolas Hulot aux députés).

 

Une chose est cependant sûre : avec des coups comme celui-ci, Friends of the Earth et leur idiot utile le Monde ne peuvent que conforter les « faucheurs » dans leur délire.

 

 

Ajouts du 23 juillet 2019 à 14 heures

 

La dernière "sortie" des "faucheurs :

 

https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/clermont-ferrand-des-faucheurs-volontaires-manifestent-contre-les-agissements-occultes-de-limagrain-1563811971

 

La fauchosphère est aussi financée par une bière :

 

https://drive.biocoop-rouen.fr/biere-blonde-des-faucheurs-75-75-cl_2564.html

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
ils ont répondue à la tribune nofakescience dans les décodeurs. Je pense que le terme mauvaise foi à été inventé pour eux.<br /> https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/07/26/les-evidences-relatives-de-la-tribune-de-no-fake-science-sur-l-information-scientifique_5493749_4355770.html
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> En fait, il faudrait inventer un nouveau terme...
M
Absolument consternant, la France s'enfonce dans l'obscurantisme, j'imagine la tristesse des chercheurs dont des années de travail sont foutues en l'air en quelques minutes. Et en plus ces sagoins ne risquent que des peines symboliques comme les militants de Greenpeace qui pénètrent sur les sites nucléaires tout en ayant quelques minutes avant téléphoné à la police "vous inquiétez pas, ça n'est que nous, surtout pas de bavure!" et qui clament au retour que nos centrales sont des passoires. Aussi terribles encore sont les avis de lecteurs lobotomisés par les sinistres Lucet, Robin, Wallecks et consorts et pour qui nos paysans sont des feignants empoisonneurs dopés au subventions européennes tout comme les éleveurs se plaignant des ravages des prédateurs (ours, loups) et qui ne sont même pas capables de travailler 24h/24 et surveiller le troupeaux la nuit. Le pire je crois c'est celui qui a traité les scientifiques d'église et la science de religion. L'agriculture que souhaitent ces citadins tranquillement assis dans leur fauteuil, lisant Télérama et regardant ARTE, c'est celle qui faisait des générations prématurément usées par un travail éreintant et des millions de morts lors des grandes famines. Un peu de respect pour ceux qui nous nourrissent (et plutôt bien) et pour les chercheurs qui préparent l'agriculture de demain. Un petit coup de gueule de temps en temps ça défoule et si je peux me permettre d'être flagorneur je trouve, M. Heitz, que votre barbe est magnifique.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Oui, c'est consternant.<br /> <br /> Elle a fait l'objet d'un sérieux élagage, la barbe...
J
Les faucheurs volontaires se sont retournés contre cette invention de faux OGM parce qu'ils n'avaient plus d'OGM.Les premières destructions ont ete faites sur des champs d'expérimentations de Tournesol pour pouvoir lutter contre l'ambroisie.En RhôneAlpes les voix vertes nécessaire a Queyranne ont fait couler beaucoups de subventions du conseil régional pour ces mouvements.Alors que la mutagénése est utilisée pour les semences depuis les années 1930 j'ai été étonné de voir des personnes censées bien connaitre le sujet participer a ce mouvement de menteurs
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Je ne sais pas si ce sont les "faucheurs volontaires" ont inventé la notion d' "OGM cachés" ou si quelqu'un l'a inventée pour eux. Le fait est cependant que des gens ont placé quelques mines anti-OGM dans la législation européenne (au Parlement ? Des représentants d'Etats membres ?). Et on en paye le prix.<br /> <br /> Oui, Queyranne quasi-otage de la minorité qui lui a apporté l'appoint…<br /> <br /> Des personnes censées bien connaître ? L'idéologie prend le pli sur la rationalité.<br /> <br />