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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Farm Babe : des enclos à bétail négligés – que se passe-t-il vraiment ?

1 Juillet 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

Farm Babe : des enclos à bétail négligés – que se passe-t-il vraiment ?

 

Michelle Miller (Farm Babe), AGDAILY*

 

 

Combien de fois avons-nous été invités chez quelqu'un et la conversation s'est-elle déroulée comme suit :

 

Personne A : « Waouh, j'aime ta maison ! »

 

Personne B : « Merci bien ! Mais elle est dans un tel désordre en ce moment. »

 

Ça arrive tout le temps, non ? De manière générale, lorsque vous savez que des invités vont arriver, vous voudrez faire de votre mieux pour créer une atmosphère chaleureuse et une bonne première impression. Avoir une maison propre fait du bien à la plupart des gens, mais parfois… la vie n'est pas un fleuve tranquille. Les enfants sèment le désordre ! La vie est agitée et peut être tellement bouleversante et chaotique !

 

Parfois, le même scénario se produit dans les fermes. De manière générale, les agriculteurs souhaitent également que leur exploitation soit perçue comme une zone propice à l’élevage du bétail, propre et sans cruauté. Mais en dehors de la simple perception qu'en a le public, il y a de nombreuses autres raisons de s’assurer que les enclos soient propres (ou pas vraiment propres !). Et nous ne devrions pas juger à quoi ressemble la ferme au premier coup d'œil, car on ne sait jamais pourquoi les choses sont comme elles sont.

 

De nombreux facteurs peuvent affecter la propreté des enclos. L'utilisation des équipements, la santé et le confort des animaux, ou le plus gros problème – les conditions météorologiques – ne sont que quelques-uns des défis auxquels les agriculteurs sont confrontés de manière régulière. Jetez un coup d'œil à l'un de nos enclos à bétail et voyez à quel point ils sont différents en fonction de la météo !

 

 

Image reproduite avec l'aimable autorisation de Michelle Miller

 

 

Image reproduite avec l'aimable autorisation de Michelle Miller

 

 

Quelle différence, hein ? Ces images proviennent du même troupeau de bovins dans le même enclos et sont prises au même endroit. Idéalement, les enclos devraient être tous les jours comme sur la première photo. Litière propre, corps propre, beau temps par une journée ensoleillée de juillet. Pour un œil entraîné, l'enclos de la deuxième photo n’a pas l’air si mal. Ce sont des animaux. Ils vivent à l’extérieur, ils sont supposés se salir un peu !

 

Un journaliste était sur notre ferme l’autre jour et je lui ai dit que je ne voulais pas qu’il prenne des photos, car je pensais que notre bétail avait l’air un peu boueux ce jour-là. Il s'est mis à rire et a dit : « L'article ne s'adresse qu'aux éleveurs de bétail. Si les bœufs avaient l'air trop propres, les lecteurs deviendraient méfiants ! » Ha ! Il marque un point. Nos amis éleveurs l’ont parfaitement compris.

 

La photo du bas, présentée ici, a été prise au début du printemps, après la fonte des neiges par temps maussade. Même l'aspect du bétail élevé dans les pâturages ou fini à l'herbe peut parfois paraître vraiment inacceptable, si le temps est particulièrement mauvais. Les agriculteurs se considèrent parfois comme des « agriculteurs de la boue » lorsque le temps ne veut pas coopérer ou lors des changements de saison.

 

Et il y a d'autres facteurs. Parfois, les agriculteurs ne raclent pas les enclos en fonction des prévisions météorologiques. Si nous sommes supposés avoir beaucoup de pluie, par exemple, ça n’a pas de sens de nettoyer et d'épandre une nouvelle litière si elle va se gâcher rapidement de toute façon. De même, lorsque nous nettoyons les enclos, nous devons avoir un endroit où mettre le fumier ! Sur notre ferme de l'Iowa, nous aimons épandre le fumier en hiver, lorsque le sol est gelé. Ainsi, l’épandeur de fumier ne s'enfoncera pas dans le sol et ne restera pas coincé dans la boue. Nous pouvons mettre le fumier dans une zone de stockage temporaire jusqu'à ce que les conditions météorologiques s'améliorent et que nous ayons besoin de ses nutriments dans les champs.

 

Vous pouvez également ignorer ce qui se passe sur la ferme quand vous la visitez. Peut-être que son épandeur est temporairement en panne ou qu'un voisin l'a emprunté. Peut-être l'éleveur attend-il que quelqu'un vienne faire le travail, ou que c'est sur sa liste de choses à faire dans les prochains jours – on ne sait jamais. Les grandes exploitations sont également soumises à de nombreuses réglementations en matière de conformité concernant le moment où elles peuvent transporter et épandre du fumier en fonction des programmes obligatoires auxquels elles doivent adhérer par le biais des départements des ressources naturelles, des divisions de la qualité de l'eau ou de l'Agence fédérale de la Protection de l'Environnement, pour n'en nommer que quelques-uns.

 

Un autre facteur à prendre en compte est ce que l’on appelle un « pack ». Lorsque les enclos ont une couche de fumier saine, les bovins préfèrent en fait se coucher dessus car cela les garde au frais et permet de réguler leur température corporelle. Quand ils marchent sur leur propre fumier, il est bien compacté, ce qui leur permet de se reposer dessus et leur évite de glisser et de se blesser ! Ainsi, les enclos « en désordre » peuvent parfois être justifiés pour des raisons de santé et de sécurité du bétail. Si, par une chaude journée d’été, les bovins ont le choix de coucher sur une litière très propre, ils choisiront généralement celle qui a été salie pour leur confort.

 

Bien sûr, la filière n’est pas parfaite. Oui, certains agriculteurs sont meilleurs que d’autres, et il arrive que des fermes soient plus sales que d’autres. Cependant, il ne faut pas juger une ferme par sa couverture médiatique. Il peut être facile de juger en fonction de ce que vous voyez, mais avez-vous déjà demandé à l’agriculteur ce qui se passe réellement ?

 

Par exemple, il y a une ferme dans ma région devant laquelle je n'ai jamais aimé passer. J’ai toujours pensé, sur la base des apparences, que l'éleveur maintenait ses animaux à l'étroit, mais ce n’est pas avant que je lui ai demandé ce qui se passait que j’ai réalisé que les enclos que je voyais n'étaient que des enclos temporaires. C’est le genre de gars qui achète du bétail en gros et vend quand le prix monte un peu. Pensez-y comme à un courtier en actions qui ne fait qu'acheter et vendre. Donc, ce n’est pas comme si les animaux vivaient toute leur vie comme ça ; ce n’est qu’une situation temporaire jusqu’à ce que le camion arrive pour acheter et vendre. Encore une fois, vous ne connaissez jamais la situation et il est préjudiciable de simplement supposer.

 

Parfois, le bétail peut aussi paraître à l’étroit à cause du nettoyage des enclos. Par exemple, les vaches laitières sont peut-être temporairement déplacées d’un côté de l’étable pendant qu'on nettoient l’autre côté.

 

Parfois, le bétail peut sembler à l’étroit à cause des photos. J'ai moi-même essayé cette expérience photo. Nous avons environ 400 têtes de bétail sur notre ferme, et si le bétail est regroupé dans une même zone, une photo pourrait donner l’impression que les animaux sont entassés, mais cela ne dit pas tout – qu'il y a une acre d'espace juste à côté d'eux, hors du champ de l'appareil photo.

 

Alors vous voyez… vous ne savez jamais. Bien entendu, cet article n’est pas destiné à défendre les agriculteurs qui ont des raisons légitimes de s’améliorer, mais c’est aussi un bon rappel de la raison pour laquelle les choses sont ce qu’elles sont. Les profits d’un agriculteur dépendent de la santé et du bien-être de ses animaux ; les animaux propres rapportent plus d’argent quand il est temps de les vendre, il est donc dans l'intérêt de l'éleveur de les traiter avec le plus grand soin. Mieux nous les traitons, mieux ils nous traitent ! Ne jugez pas avant de connaître toute l’histoire et assurez-vous de demander à l'agriculteur ce qui se passe pour éviter un malentendu potentiel.

 

______________

 

* Michelle Miller, Farm Babe (@thefarmbabe, www.facebook.com/IowaFarmBabe) est une agricultrice, conférencière et auteure de l'Iowa. Elle vit et travaille avec son compagnon dans une ferme qui comprend des cultures, des bovins et des moutons. Elle pense que l'éducation est essentielle pour réduire l'écart entre les agriculteurs et les consommateurs.

 

Source : https://www.agdaily.com/livestock/farm-babe-sloppy-livestock-pens-whats-really-going-on/

 

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M
Ça montre comment des assos comme L214 ou des personnes comme Hugo Clément peuvent manipuler avec des images bien choisie et bien sur hors contexte. Et aussi que la réalité est toujours plus compliqué que ce que nous présentes les médias, ONG et politiques.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Et pourtant… quand on jette l'éponge, ils auront définitivement gagné. Bon courage !
I
@Seppi<br /> <br /> J'aimerai être d'accord avec vous, après tout moi-même j'étais anti OGM, anti nucléaire et anti Glyphosate avant de changer d'avis en me renseignant sur l'avis des sciéntifiques à ce sujet.<br /> <br /> Mais ne suis-je pas un cas très rare ? Car j'essaye de défendre l'avis de la communauté scientifique autour de moi mais ca nemarche pas : je suis vu comme un manipulé, un mouton, un lobbyste, un ennemi de la planète etc .... J'en ai tellement ras-le-bol que j'ai déjà songé faire un suicide social.Mais je ne le fais pas.<br /> <br /> Et cela lié au fait que je continu de prôner une consommation, certes plus modéré que maintenant, de viande n'arrange pas toujours (enfin ça dépend avec qui car les anti viandes sont encore minoritaires). Maisquand je vois que des gens très intelligents et parfois plus que moi me disent qu'ils préfèrent écouter des journalistes que des scientifiques.... Brrrr. Vraiment je ne sais pas quoi faire car pour une bonne partie des gens, répondre ne sert à rien.
S
@Il est là le ‎mardi‎ ‎02‎ ‎juillet‎ ‎2019‎ ‎20‎:‎56<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Oui, ça marche… reste à savoir sur qui au juste et pour quel résultat. Ce qui doit nous inquiéter, ce ne sont pas les bobos, mais les décideurs.<br /> <br /> Que peut-on faire ? Répondre, répondre, répondre...
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Pour les vaches à hublot, ils ont trouvé une vache un peu sale…<br /> <br /> La télévision suisse a passé un reportage en février 2014... leur vache était parfaitement propre :<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=3ZQgMkOI2NI<br />
I
Mais le pire, monsieur Max, c'est que ça marche, leurs images choquent les foules qui sont promptes à soutenir leurs actions contre l'élevage tout en continuant de manger de la viande. Mais, je vous le demande, que peut-on faire contre cette propagande ? Que peut-on faire pourdéfendre la raison ?
H
Excellent article, tout à fait juste pour qui connait la vie à la ferme, les aléas climatiques et la gestion du fumier. <br /> J'élève, entre autres, des volailles en liberté (et pour de vrai), même si les parcours sont verdoyants, les abords des poulaillers à la saison des pluies (je vis sous les tropiques), c'est gadoue et compagnie quoi que je fasse. Inutile de répandre des litières s'il n'y a pas quelques jours sans pluie.<br /> Et la gestion du fumier... et le bon moment pour l'épandre... tout un programme ! Heureusement là où je vis, il n'y a pas de citadins pour venir me plomber la vie.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> C'est effectivement un excellent article… je peux l'affirmer puisque je n'ai fait que le traduire.