Dans le Monde : la « fausse science » selon Mme Dominique Méda
La « fausse science » a pignon sur rue ces derniers temps. L'Opinion en France, la Libre en Belgique, le Soleil au Canada et Heidi News en Suisse ont publié les 14 et 15 juillet 2019 une tribune et un appel, « La science ne saurait avoir de parti-pris ». En conclusion :
« Il est urgent que la place de l’information scientifique dans nos médias et dans le débat public soit revue, pour éviter de creuser le fossé entre scientifiques et journalistes. Réfléchissons ensemble à la façon de rendre à la science la place qu’elle mérite. Pour un débat public apaisé et rationnel, pour le bien de notre vie politique, pour nos concitoyens. »
En décembre 2017, Medium avait publié une autre tribune, « Les fausses informations scientifiques sont des “fake news” comme les autres ». En conclusion :
« Il appartient donc à tout média sérieux de vérifier qu’il ne propage pas du baratin pseudo-scientifique, en particulier sous couvert de vulgarisation. Une information scientifique fausse est une “fake news” comme une autre.
Le Monde s'y est mis aussi, le 13 juillet 2019 (date sur la toile), avec une plus grande ambition encore : « Dominique Méda : "Rendre inopérante la production de fausse science" ». C'est plus modeste dans l'édition papier, « Combattre la "fausse science" ».
Rappelons que Mme Dominique Méda est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, directrice de l'Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales et que ses orientations sociopolitiques sont fort tranchées.
De fait, nous avons droit dans cette chronique à une longue introduction qui nous renvoie à l'incontournable Bible du militantisme « écologiste » et anticapitaliste :
« Un livre publié en 2010 par Naomi Oreskes et Erik M. Conway, traduit en 2012 sous le titre Les Marchands de doute (éditions Le Pommier), a magistralement démontré, au terme de plusieurs années d’enquête, comment de grandes entreprises, souvent soutenues par des groupes d’intérêt et des organisations farouchement hostiles à l’idée même de régulation, étaient parvenues à mettre massivement en doute les résultats scientifiques les mieux établis, qu’il s’agisse des méfaits du tabagisme, des agents chimiques (CFC) responsables du trou d’ozone, ou du CO2. »
Et cela vient inévitablement avec d'autres références : Coca-Cola et la pandémie mondiale d’obésité et de diabète, les « méfaits du tabagisme, des agents chimiques (CFC) responsables du trou d’ozone, ou du CO2 », l'amiante.
C'est que, selon le chapô :
« Seuls des chercheurs indépendants et bien payés peuvent s’opposer aux "marchands de doute" qui dissimulent la nocivité de produits industriels pour la santé et l’environnement, explique la sociologue dans sa chronique au "Monde". »
Ah bon ! Personne d'autres ? À tout hasard, des journalistes du Monde seraient-ils impuissants – même ceux qui bénéficient des « informations » livrées clés en main par l'U.S. Right to Know, ou celle qui a collaboré avec Corporate Europe Observatory ?
Il ne saurait venir à l'esprit de l'auteure que l'inverse existe aussi, et qu'il devient de plus en plus prégnant, perturbateur et destructeur de nos sociétés : des chercheurs, se prétendant indépendants (pour leur rémunération, nous nous abstiendrons de commenter), se font aussi « marchands de doute » sur « la nocivité » – faussement alléguée – « de produits industriels pour la santé et l’environnement ». Ils le font même, quelquefois, pour le compte d'agents économiques concurrents. Et ils le font surtout alors que le consensus scientifique – souvent sanctionné par les évaluations des agences de protection de la santé et de l'environnement – conclut, avec les précautions de langage requises, à une absence de nocivité...
Idéologie quand tu nous tiens...
Mais l'argumentation de Mme Dominique Méda est fort pertinente :
« Dans tous les cas, les méthodes des semeurs de doute sont les mêmes : profiter du fait qu’il n’est scientifiquement pas toujours possible d’affirmer qu’un fait A est de manière absolument certaine, exclusivement et à 100 %, la cause d’un fait B [...], c’est-à-dire profiter de ce qui caractérise précisément l’éthique scientifique pour remettre massivement en cause les résultats de la science. Il suffit alors de disposer des voix de quelques scientifiques égarés, non spécialistes de la discipline, aveuglés par une idéologie ou plus rarement corrompus, qui soutiendront des positions contraires immédiatement sur-médiatisées, de requalifier l'ensemble en "controverse" au sein de laquelle les différentes positions apparaîtront pourvues de la même légitimité, puis de focaliser l'attention, grâce au financement de chercheurs embarqués dans ces croisades, sur d'autres causes probables des problèmes [...] »
Formidable ! Ça colle (presque) parfaitement pour les controverses sur certains médicaments, les vaccins, les champs électromagnétiques de radiofréquence (les compteurs Linky, la 5G...), les perturbateurs endocriniens allégués, les pesticides, les OGM, etc.
Il n'est pas « possible d’affirmer [...] de manière absolument certaine, exclusivement et à 100 % » que l'alimentation avec un maïs GM NK 603 ne présente aucun effet nocif – car l'inexistence d'un effet nocif est aussi indémontrable que l'inexistence des anges. « [I]l suffit alors de disposer des voix de quelques scientifiques égarés [oups... nous n'oserons pas citer la suite...] pour pouvoir titrer dans l'Obs : « Oui, les OGM sont des poisons », produire dans la foulée quatre documentaires et deux livres..., affirmer quelques années après dans un scandaleux Envoyé Spécial que « nos recherches nous permettent de savoir que le Roundup est de manière chronique et à très faible dose un produit mortel, même à la dose autorisée dans le robinet » (cité dans un fil Twitter de Medicus qui vaut le détour).
Et si, au lieu de faire preuve d'hémianopsie, de nous rabâcher sans cesse « amiante, tabac, Monsanto… », le Monde s'intéressait à l'intégralité du problème ?
Oui, également aux « marchands de doute » et « semeurs de doute » qui produisent de la « fausse science » – ou simplement des « alertes » reposant sur des hypothèses extravagantes – spécialement pour polluer la place publique, corrompre le débat et interférer dans les processus décisionnels aux fins de l'avancement de causes militantes (et parfois lucratives) ?
Ah ! On me dit que cela perturberait la ligne éditoriale du Monde, notamment de sa section Planète...
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