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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un produit de bio-contrôle aide les agriculteurs à lutter contre une toxine mortelle dans le maïs

2 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #Afrique

Un produit de bio-contrôle aide les agriculteurs à lutter contre une toxine mortelle dans le maïs

 

Verenardo Meeme*

 

 

Said Karogo, un agriculteur de la région côtière de Tana River au Kenya.

 

 

Des scientifiques kényans proposent une solution innovante pour la lutte biologique qui aide les petits exploitants agricoles à combattre le fléau de l'aflatoxine.

 

La solution se présente sous la forme d'un produit appelé Aflasafe KE01TM, qui, selon les scientifiques, peut réduire considérablement la contamination des cultures par les aflatoxines, une toxine naturelle produite par des champignons présents sur diverses cultures.

 

Selon le Dr Eliud Kireger, directeur général du Kenya Agricultural and Livestock Research Institute (KALRO – institut kényan de recherche pour l'agriculture et l'élevage), les scientifiques affirment que près de 70 % des Kenyans courent un risque d'exposition chronique à ces toxines, qui ont tué 150 personnes originaires des plaines orientales du Kenya ayant consommé du maïs hautement contaminé au cours des campagnes 2004 et 2005.

 

En outre, le gouvernement a déclaré au moins 2,3 millions de sacs de maïs [ma note : de 90 kilos] impropres à la consommation humaine et animale en raison de la contamination par l'aflatoxine en 2010, a déclaré Kireger. En 2014, 155.000 sacs supplémentaires ont été déclarés impropres.

 

Ces événements ont mis en évidence la nécessité de se concentrer sur la maîtrise de l'aflatoxine, qui, en plus de présenter un risque pour la santé, reste un défi majeur pour la production de maïs et diminue considérablement la qualité de la récolte, a-t-il déclaré. Les aflatoxines ont été classées comme cancérogènes et pourraient contribuer à l'augmentation du nombre de cas de cancer signalés au Kenya.

 

Aflasafe semble être le meilleur espoir de contrôler la production de toxines sur le terrain. Le biopesticide est appliqué deux à trois semaines avant la floraison du maïs afin de remplacer les souches fongiques productrices d'aflatoxine connues sous le nom d'Aspergillus flavus.

 

« L’adoption de cette technologie de lutte biologique associée à d’autres pratiques de gestion par les agriculteurs permettra de réduire de plus de 70 % la contamination par l’aflatoxine du maïs et des arachides, d’accroître la valeur des récoltes d’au moins 5 % et d’améliorer la santé des consommateurs », a déclaré Kireger.

 

Les agriculteurs doivent également suivre les bonnes pratiques agricoles en matière de récolte, de séchage et de stockage afin de minimiser la contamination par l'aflatoxine et de limiter les pertes alimentaires générales, a-t-il déclaré. Les changements climatiques et les conditions météorologiques extrêmes qui les accompagnent, de la sécheresse aux pluies excessives, créent des conditions favorables au champignon qui produit l'aflatoxine. Toute augmentation de la contamination par les aflatoxines menace la sécurité alimentaire.

 

Une usine de fabrication d'Aflasafe – financée par la Fondation Bill & Melinda Gates et l'USAID, entre autres partenaires – a été créée en 2015 au Kenya. Elle a la capacité de produire 10 tonnes par jour dans la première phase actuelle et pourrait encore augmenter sa production si la demande augmente. Les bailleurs de fonds ont construit une usine de fabrication similaire au Nigeria.

 

Le produit a été testé dans le secteur d'irrigation de Galana Kulalu, une zone productrice de maïs sujette aux aflatoxines. Les premiers tests ont confirmé la présence dans le sol de la souche pathogène Aspergillus flavus S-, ce qui indique un niveau d'exposition potentiellement élevé à la contamination par l'aflatoxine. Mais après l'application du produit, 100 % de la récolte a été déterminée comme étant sans risque pour la consommation humaine.

 

« S'il est correctement appliqué et associé aux bonnes pratiques agricoles, Aflasafe contrôle efficacement l’aflatoxine pendant la croissance des plantes et après la récolte », a déclaré le Dr Charity Mutegi, coordinatrice Aflasafe pour l’Afrique de l’Est et lauréate du prix Borlaug 2013 pour ses recherches sur le terrain et ses applications.

 

 

Asha Bakari, associée de recherche sur l'aflatoxine à l'IITA.

 

 

La consommation continue d'aliments contaminés par des aflatoxines diminue la productivité des hommes et des animaux, et peut parfois entraîner la mort, a déclaré Mutegi. L'aflatoxine peut causer le cancer du foie, supprimer le système immunitaire et retarder la croissance et le développement des enfants, entre autres problèmes de santé.

 

« On ne peut pas voir, sentir ou goûter l'aflatoxine, même lorsque le niveau de contamination est mortel. Il faut un test de laboratoire pour déterminer les niveaux d’aflatoxine dans les aliments », a-t-elle déclaré.

 

Au Kenya, les aliments ne devraient pas contenir plus de 10 parties par milliard d’aflatoxines, a expliqué Mutegi. Le niveau admissible d'aflatoxine dans le maïs pour l'alimentation humaine et celle des vaches laitières est fixé à 20 ppb par le Département de l'Agriculture des États-Unis (USDA). [Ma note : une norme plus sévère se justifie au Kenya par le fait qu'il y a des populations grandes consommatrices de maïs.]

 

Les recherches de Gong et al. suggèrent que l'exposition humaine se produit in utero, via le lait maternel, pendant le sevrage et de manière constante tout au long de la vie d'un individu. D'autres expositions directes à l'aflatoxine, telles que le contact avec la peau, l'inhalation et la consommation de produits d'origine animale contaminés, peuvent également être nocives, ont déclaré des experts. L’aflatoxine constitue également un fardeau économique important, entraînant la destruction d’au moins 25 % des cultures vivrières dans le monde.

 

Selon Raphael Wanjogu, responsable de la recherche au Conseil National de l'Irrigation, Alfasafe débarrasse le sol de l'aflatoxine. Avant le développement d’Aflasafe, la première récolte de maïs du Kenya avait été refusée par le Programme Alimentaire Mondial en raison de la forte teneur en aflatoxine. Wanjogu a rappelé que sur les 60.000 sacs de maïs produits, environ 80 % avaient plus de 10 ppb, ce qui a entraîné leur rejet. Ces pertes ont abaissé le moral des petits exploitants et ont réduit leur zèle pour la culture.

 

En réponse, les agriculteurs ont essayé de contrôler l'aflatoxine en faisant attention à la propreté dans la conduite des cultures et en récoltant le maïs dans des sacs à dos. Mais Aflasafe a donné de meilleurs résultats.

 

« Avec l'introduction d'Aflasafe, nous avons assisté à une augmentation de la production », a déclaré Wanjogu. « La production moyenne est actuellement de 20 sacs par hectare » [18 quintaux, en France : 91-92 quintaux en moyenne quinquennale]. Les producteurs de semences ont également augmenté leurs revenus, car la récolte de semences a plus de valeur qu'un produit commercial.

 

« Avec l'introduction d'Aflasafe en collaboration avec la KALRO et l'IITA, le maïs a été accepté sur le marché et nous pouvons maintenant nous ouvrir à d'autres partenaires comme le Programme Alimentaire Mondial pour acheter du maïs à nos agriculteurs », a-t-il ajouté.

 

« Nous introduisons également une corrélation entre les pasteurs et les cultivateurs, une relation qui réduit les conflits entre communautés », a déclaré James Kirimi, responsable du secteur de Galana Kulalu. « Nous ne pouvons pas tout maîtriser, mais Aflasafe peut atténuer les niveaux d'aflatoxine dans la chaîne alimentaire », a-t-il déclaré.

 

John Asumbi, dirigeant des agriculteurs du programme d’irrigation de Hola, a rappelé son parcours dans l’agriculture depuis 2009. « Nous produisons des cultures vivrières, principalement du maïs commercial. Nous produisons également des semences de maïs. En 2012-2013, l'infestation par l'aflatoxine s'est aggravée. Nous avons été affectés car nous avions du maïs et l'espoir de trouver un marché. Lorsque nous avons récolté et que des scientifiques ont testé l'aflatoxine, nous avons découvert que notre maïs était contaminé. »

 

 

John Asumbi, agriculteur et président de la Hola Irrigation Scheme Water Users Association.

 

 

« Même si les agriculteurs ont continué à pratiquer l'agriculture au cours des saisons suivantes, malgré un moral bas, la plupart de leur maïs n'était pas propre à la consommation », a-t-il poursuivi. « À l'époque, j'avais personnellement récolté 38 sacs de maïs dans ma ferme de trois hectares. Près de 60 % d'entre eux n'étaient pas adaptés à la consommation, car ils contenaient de fortes concentrations d'aflatoxines. »

 

« Vous pouvez donc imaginer le niveau de gaspillage que les agriculteurs ont subi au cours de cette période. Nous n'avons pas abandonné et nous avons poursuivi l'agriculture », a déclaré Asumbi. « La saison suivante, nous avons appliqué Aflasafe conformément aux instructions des agronomes. Les agriculteurs ont semé du maïs sur plus de 2.500 hectares. Le maïs était exempt d'aflatoxine et les meuniers ont acheté du maïs aux agriculteurs. »

 

Asumbi a déclaré que les bons résultats se poursuivent, les agriculteurs ayant récolté plus de 2.000 sacs de maïs exempt d'aflatoxines qu'ils ont vendus au gouvernement du comté.

 

Joel Ochieng, responsable du programme de biotechnologie agricole à l'Université de Nairobi, a déclaré à l'Alliance Cornell pour la Science que, bien que les infections fongiques soient courantes par temps chaud et humide, les mycotoxines peuvent également se produire dans des environnements frais et secs, et chauds et secs.

 

Les mécanismes antérieurs de prévention de l'aflatoxine impliquaient la sélection de plantes résistantes aux champignons, la lutte biologique avec des souches de champignons atoxigènes, l'amélioration des méthodes de stockage post-récolte et l'utilisation d'agents de piégeage pour bloquer l'absorption d'aflatoxines.

 

Cependant, des millions de tonnes de grains continuent d'être perdues à cause de l'aflatoxine chaque année, ce qui suggère la nécessité de compléter ces efforts avec d'autres technologies, a déclaré Ochieng.

 

À ce jour, les produits Aflasafe ont été homologués au Nigeria et au Kenya, selon Ochieng. Des recherches sont en cours pour obtenir l'enregistrement de produits Aflasafe sur mesure au Burkina Faso, au Burundi, au Ghana, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda, en Tanzanie et en Zambie.

 

______________

 

* Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/04/bio-control-product-helps-farmers-fight-deadly-corn-toxin/

 

 

Compléments

 

https://aflasafe.com/wp-content/uploads/pdf/Aflasafe-Q&A-Fr.pdf

 

https://aflasafe.com/aflasafe/

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=r_p4cZpFWYc&t=25s

 

 

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jp 02/06/2019 15:11

cela prouve que dans les plantes il y a aussi des subtances toxiques qui peuvent étre cancérogène ce que beaucoup de personne ignore (j'ai eut des exemples dans ma famillequi ont était étonne )ce qui est bien c'est d'avoir trouvé un produit biocontrole pour lutter contre

Seppi 02/06/2019 17:29

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Cet article porte sur les aflatoxines, effectivement des cancérigènes redoutables.