Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Nouvelle étude sur le glyphosate : on n'aura pas les foies !

8 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Nouvelle étude sur le glyphosate : on n'aura pas les foies !

 

 

Ce n'est pas tous les jours que l'on voit une étude sur les effets de la salsepareille, l'aliment favori des Schtroumpfs, sur leur santé. Ni une étude portant sur une substance naturelle à laquelle nous sommes régulièrement confrontés, les cochonneries produites par l'encens et les autres « sent bon » par exemple. Mais le glyphosate...

 

« Glyphosate Excretion is Associated With Steatohepatitis and Advanced Liver Fibrosis in Patients With Fatty Liver Disease » (l'excrétion de glyphosate est associée à la stéatohépatite et la fibrose hépatique avancée chez les patients atteints de maladie du foie gras) de Paul J. Mills, Cyrielle Caussy et Rohit Loomba est une récente. Elle a été mise en ligne le 4 avril 2019, avant publication dans Clinical Gastroenterology and Hepatology,

 

 

Que dit l'étude ?

 

Il n'y a pas de résumé pour cet article plutôt bref. Les résultats sont à tirer – partiellement – d'un assez grand tableau et sont résumés en une phrase, dans la partie « discussion » :

 

« Nous rapportons que l’excrétion de glyphosate est significativement plus élevée chez les patients atteints de NASH [stéatose hépatique non alcoolique] par rapport aux patients sans NASH. En outre, nous rapportons également une augmentation dose-dépendante significative de l'exposition au glyphosate avec l'augmentation des stades de fibrose. »

 

 

 

 

C'est un peu short ! Les patients « sans NASH » (34 au total) sont atteints de maladie du foie gras non alcoolique. Il n'y a pas de témoins en bonne santé.

 

Les auteurs se font plutôt modestes sur les conclusions. Selon le titre de leur article, ils rapportent deux « associations ». Pour « les mécanismes potentiels du glyphosate sur le foie », ils renvoient à Mesnage, Renney, Séralini, Ward, et Antoniou ainsi qu'à Bonvallot et al.

 

Les premiers (une « intéressante » liste d'auteurs...) ont administré du glyphosate formulé (Grand Travaux Plus), donc avec adjuvants, à leur groupe de 10 rats femelles du traitement. Les seconds ont travaillé sur « un mélange de pesticides représentatif de la contamination environnementale en Bretagne », huit au total, dont du glyphosate à la dose – importante par rapport à ce que rapportent les « pisseurs involontaires de glyphosate » – de 12 µg/kg p.c./jour, et un groupe traitement de 10 rates gestantes. Pertinence des références ? Douteuse.

 

 

Que tirer de cette étude ?

 

Pas grand chose ! Les auteurs rapportent deux associations trouvées pour un nombre limité de patients, avec deux orientations différentes : l'excrétion de glyphosate augmente avec la gravité de la maladie du foie gras ; et, indépendamment de la gravité de la maladie, avec l'augmentation de la fibrose.

 

Le tout sur un nombre limité de patients et à partir, si nous avons bien compris, d'un dosage unique du glyphosate et de l'AMPA dans l'urine ; un dosage effectué alors que la ou les maladies sont installées ; un dosage qui est donc non représentatif de l'exposition qui, si l'on admet la théorie d'un lien plus fort que la simple association, aurait provoqué la ou les maladies.

 

Les auteurs ont aussi relevé ceci :

 

« L'excrétion de glyphosate était élevée chez les femmes, ce qui reflétait probablement une exposition accrue au glyphosate. »

 

Quelle explication pour l'exposition accrue des femmes ainsi suggérée ? La seule hypothèse plausible serait un régime alimentaire très différent avec des denrées bien plus chargées en glyphosate. Ce n'est pas impossible (une étude allemande avait cependant trouvé des résultats inverse), mais c'est à notre sens bien capillotracté et suggère un biais.

 

C'est évidemment sans compter tous les facteurs de confusion possibles... pesticides ou pas pesticides.

 

 

Un auteur...

 

Nous avons déjà rencontré M. Paul J. Mills – voir « Encore une histoire de glyphosate dans le pipi ». Faisons court : il est lié à des mouvements ésotériques et de médecine alternative et contribue à des articles hilarants, style « The role of gratitude in spiritual well-being in asymptomatic heart failure patients » (le rôle de la gratitude dans le bien-être spirituel chez les patients atteints d'insuffisance cardiaque asymptomatique)... co-écrit avec le gourou Deepak Chopra...

 

Cela ne dit rien, en première approche, sur la qualité de l'étude examinée ici ; mais cela constitue un sérieux signal d'alerte. On peut aussi se demander comment des chercheurs mainstream peuvent s'associer à un personnage aussi sulfureux.

 

 

...et un financement...

 

Cette étude a aussi été financée (en tout ou en partie) par le Solomon Dutka Fund in the New York Community Trust, la Caroline McKissick Young Foundation, et la Westreich Foundation.

 

La Westreich Foundation ? Voir « Étude post-séralinienne GMO90+ : mute news, fake news, fourberie, complaisance et autosatisfaction ». Une source de financement pour les « sciences » alternatives...

 

Et le lieu où M. Gilles-Éric Séralini s'est vu remettre le 30 octobre 2018, des mains de Mme Zen Honeycutt, présidente de Moms Across America, le « Healthy Communities Hero Award » 2018, « pour son courage extraordinaire et son engagement pour promouvoir la santé et la liberté pour tous. »

 

Là encore, cela ne dit rien, en première approche, sur la qualité de l'étude examinée ici, car on peut chercher des financements chez les amis ; mais cela constitue un autre sérieux signal d'alerte.

 

 

Revisitons « Encore une histoire de glyphosate dans le pipi »...

 

Il s'agissait, rappelons-le, d'une étude qui comportait aussi M. Paul J. Mills comme co-auteur. Nous avions un tableau présentant l'évolution de l'excrétion de glyphosate et d'AMPA entre 1993-1996 et 2014-2016.

 

 

 

 

Que constatons nous ? Sur cette dernière période, les valeurs mesurées – a priori sur des personnes en bonne santé (100 au total) – sont en moyenne, sur les 100 personnes, du même ordre que celles de l'étude examinée ici – se rapportant à des personnes malades ; et elles sont en moyenne largement supérieures si elles sont rapportées aux seules personnes « positives ».

 

Les malades excrètent moins que les bien-portants ! Et comme le glyphosate ne se bio-accumule pas, il est raisonnable de penser que les malades sont moins exposés que les bien-portants. C'est évidemment à l'aune de cet article – qui est fondé sur un dosage unique, non représentatif de l'exposition – pris à sa valeur faciale, c'est-à-dire avec l'hypothèse exposée en introduction que :

 

« Parmi les contributeurs environnementaux potentiels à la physiopathologie de la NAFLD il y a l'exposition aux pesticides et herbicides. […]

 

Des rongeurs chroniquement nourris avec une faible dose de glyphosate présentent des signes d'hépatotoxicité, de congestion du foie, de nécrose et de dommages à l'ADN des cellules du foie. »

 

En d'autres termes, ces deux articles, toujours pris à leur valeur faciale, infirmeraient la thèse d'un glyphosate facteur de stéatohépatite avec ou sans NASH, voire de troubles hépatiques !

 

En contradiction apparente avec les études sur les rats, pour lesquelles trois références sont proposées (Mesnage et al. et Mesnage et al. portant sur la même cohorte de rats qui a biberonné au Roundup et non au glyphosate seul – la fameuse, celle des infâmes photos –, et Milić et al., qui rapportent un ensemble de modifications biologiques et génétiques après 28 jours d'administration de glyphosate).

 

Insistons : « Excretion of the Herbicide Glyphosate in Older Adults Between 1993 and 2016 » (excrétion de l'herbicide glyphosate chez des adultes âgés entre 1993 et 2016) fournit à la fois des valeurs de références historiques et un groupe témoin de personnes a priori en bonne santé. Dans la période 2014-2016, les 70 participants (sur 100 – âge moyen : 77,7 ans) « positifs » excrétaient en moyenne 0,449 µg de glyphosate par litre d'urine (IC : 0,352-0,547). Dans l'article examiné ici (âge moyen : 50,5), la moyenne s'établit à 0,308 µg/L (0,241 sans NASH, 0,344 avec NASH), grosso modo un tiers en moins. L'image est similaire pour l'AMPA.

 

 

La machine à buzz se met en route

 

L'Université d'affiliation des auteurs, UC San Diego, à La Jolla (Mme Cyrielle Caussy a aussi une affiliation française), s'est évidemment mise en branle avec « It’s in the Weeds: Herbicide Linked to Human Liver Disease » (c'est dans les mauvaises herbes : herbicide lié à une maladie humaine du foie), répercuté par Eurekalert :

 

« Les résultats, combinés à des études antérieures sur les animaux, indique Mills, suggèrent un lien entre l'utilisation du glyphosate du commerce dans nos approvisionnement alimentaire, qui a considérablement augmenté au cours des 25 dernières années, et la prévalence de la NAFLD [maladie du foie gras non alcoolique] aux États-Unis, qui est elle aussi à la hausse depuis deux décennies.

 

"Il y a eu une poignée d'études, toutes citées dans notre article, où des animaux ont été ou n'ont pas été nourris avec du Roundup ou directement avec du glyphosate, et ils vont tous dans le même sens : le développement d'une pathologie du foie", a déclaré Mills. "Alors, j’ai naturellement pensé : 'Eh bien, pourrait-il y avoir une association entre ce même herbicide et la maladie du foie aux États-Unis ?'" »

 

Notons que l'article cite huit références, dont trois sur des expériences sur des rats, dont deux issues d'une étude mondialement connue (pas en bien...).

 

Après le forte, le piano :

 

« […] Mais, selon les chercheurs, cette étude suggère un lien d'observation entre l'exposition à l'herbicide et les maladies du foie chez l'homme, M. Mills a précisé que beaucoup de travail reste à faire.

 

"Il y a tellement de substances chimiques de synthèse auxquelles nous sommes régulièrement exposés", a-t-il déclaré. "Nous n'en avons mesuré qu'un seul."

 

Pourquoi n'en avoir mesuré qu'un, alors qu'il y a « tellement de substances chimiques »... évidemment « de synthèse » ? On est dans le domaine de la recherche dévoyée. On ne cherche plus à savoir, mais à incriminer... avec un simple « lien d'observation ».

 

 

Petits échos en France...

 

Cet article ne semble pas (encore ?) avoir fait l'objet d'une campagne de propagande anti-glyphosate. En France, l'article – ou plutôt le communiqué de presse – a été remarqué par deux sites.

 

Santé Magazine titre le 16 mai 2019 : « Glyphosate, un herbicide mis en cause dans la maladie du foie gras humain (NASH) », avec en chapô :

 

« Déjà pointé du doigt pour sa cancérogénicité potentielle, le glyphosate pourrait également être associé à la maladie du foie gras humain, ou stéatose hépatique non-alcoolique (NASH), selon une nouvelle étude scientifique. »

 

Médisite abonde le lendemain avec « Glyphosate : un désherbant augmente les risques de maladie du foie » et en chapô :

 

« Le glyphosate, ingrédient principal du Roundup, tueur de mauvaises herbes produit par l’enseigne Mosento, vient d’être associé à des effets très négatifs sur le foie. »

 

Ni l'un, ni l'autre n'ont consulté la publication et vérifié leurs affirmations – bon nombre au conditionnel journalistique. Ni l'un, ni l'autre n'a compris que l'étude portait sur une comparaison, non pas entre personnes malades et personnes en bonne santé, mais entre deux types de personnes malades.

 

 

...sans oublier un journaliste scientifique

 

A-t-il lu la publi ? Voyez aussi les réponses...

 

 

 

 

 

Intéressant, cet article d'UPI...

 

« Mills a déclaré: "Compte tenu de ces questions, j'aimerais que l'EPA dise : 'nous allons réexaminer la question.'" »

 

[…]

 

Le meilleur moyen de vous protéger serait d'adopter un régime bio, en ne mangeant que des aliments non cultivés avec des herbicides ou des pesticides, a-t-il expliqué. »

 

Il suffit de chercher un peu pour confirmer le conflit d'intérêts intellectuels – le parti pris philosophique – d'un chercheur qui cherche à susciter le doute plutôt qu'à élargir le cercle des connaissances.

 

Et la réaction de M. Robin Mesnage à un gazouillis contestable fait beaucoup de bien.

 

« C'est une corrélation qui peut être due à beaucoup de facteurs différents. Certainement intéressant et cela vaut la peine de continuer à creuser, mais pas suffisamment conclusif pour allumer un voyant rouge. »

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article